‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 132 sur 347 · LIVRE III, CHAPITRE VllI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VllI

voir aujourd'hui accablée et déchirée par vos séditions ?!Souffrirezvous que celle que ni la maligne Carthage avec toutes ses ruses, ni la superbe Numance avec toutes ses forces, ni la célèbre Corinthe avec ses arts et son adresse, n'ont pu seuleoient ébranler, soit maintenant abattue et foulée aux pieds par de vils et infâmes séditieux? » Et pour exemple de l'autre partie de sa définition, il ajoute ceci : « Que si Lucius Brutus était ici présent devant vous, ne vous tiendrait-il pas ce discours?) J'ai exterminé les rois, et vous introduisez des tyrans en leur place 1 j'ai acquis la liberté aux Romains, et vous ne la conservez pas ! j'ai délivré la patrie au péril de ma vie. et vous ne vous souciez plus d'être libres, le pouvant sans danger ! »]

La prosopopée , lors même qu'elle passe aux choses muettes et inanimées, sert merveilleusement dans les parties de l'amplification où il s'agit d'exciter des mouvements de compassion ou d'indignation, comme quand f Cicéron , dans son premier discours contre Catilina ennemi de la patrie et de ses lois, fait parler contre lui la patrie même,) en cette manière : « Point de crimes depuis tant d'années , point de forfaits dont vous n'ayez été ou l'auteur, ou le complice. Vous avez, vous seul, impunément assassiné nombre de citoyens, pillé et saccagé les alliés. Vous n'avez pas seulement enfreint les lois, mais vous êtes venu à bout d'anéantir les poursuites de la justice. Tous ces désordres que je n'aurais point dû souffrir, je les ai pourtant souiferts avec le plus d'indulgence qu'il m'a été possible; mais de me voir à cause de vous en de continuelles alarmes, de frémir sans cesse au nom de Catilina, et de vous trouver à la tête de toutes les entreprises qui se font contre moi, ma patience est outrée. Retirez-vous donc, afin que si mes craintes sont bien fondées, votre départ fasse ma sûreté, et que si elles sont vaines, j'en sois délivrée. »

Le savant et pieux évêque Osorio fait parler aussi la patrie contre les pères et mères qui négligent de réprimer par les châtiments la licence de leurs enfants et de corriger leurs mœurs corrompues : « Que répondriez-vous, dit-il, à votre patrie qui vous adresse cette plainte : D'où vient, ô homme, que vous cherchez à me perdre autant que vous le pouvez? d'où vient que vous préparez et fo-

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menteîi eontre moi une si dangereuse peste? Pourquoi entreprenez-vous de donner la mort à une si bonne mère, à qui vous devez toute votre affection, car n'avez-vous pas été mis au monde, nourri et élevé sous mes lois et mes coutumes? N'est-ce pas aussi par moi que vous avez été non-seulement retiré de la compagnie des bêtes et de leur vie farouche et cruelle, mais aussi rempli de toute humanité? N'est-ce pas enfin par mon secours que vous avez toujours passé votre vie dans une douce sécurité? En effet, si vous étiez réduit à vivre dans la solitude d'une vaste campagne ou dans des lieux déserts , non-seulement vous craindriez d'être déchiré et dévoré par les bêtes farouches, mais il n'y aurait point de différence entre votre vie et la leur ; c'est donc moi qui fais que vous trouvez du secours dans les dangers, du remède dans les maladies, de la consolation dans les travaux et les disgrâces, et du soulagement dans les inquiétudes et les peines d'esprit. Tant de choses vous étant nécessaires toutes à la fois dans la vie, ma libéralité n'a point manqué de vous les fournir amplement. Si vous en doutez, sortez de ma présence, allez vous retirer loin de moi dans quelque solitude, et voyons comment vous pourrez subsister sans mon secours et mon appui. Ainsi, que vous soyez riche et dans l'abondance, que vous ayez de l'humanité, que votre esprit soit porté à une honnête société, que la vie vous soit douce et aisée et que vous la passiez dans une pleine assurance, ce sont des dons et des bienfaits dont vous m'êtes redevable, comme les ayant reçus de moi; c'est pourquoi. vous devez reconnaître que je suis plus que votre mère, que celle même qui vous a enfanté, et qu'ainsi si vous me donnez la mort, vous êtes non-seulement un méchant homme, mais un scélérat et un parricide. Vous direz peut-être que, bien loin de me donner la mort, vous n'avez jamais seulement pensé à nuire. Mais avez-vous assez peu d'esprit et de lumière, vous qui avez des enfants, pour ne pas voir que si, étant mal élevés, ils parviennent à la force de l'âge et qu'ils s'abandonnent à toute sorte de crimes et de désordres, c'est une nécessité que mon sort, par leur mauvaise vie, devienne très-funeste et très-misérable ? Ne considérez-vous point que si vous avez des enfants, c'est plus pour moi que pour vous-même? Pourquoi donc souffrez-vous qu'ils se

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