‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 133 sur 347 · LIVRE m. CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE m. CHAPITRE VIII

plongent dans les vices? pourquoi les épargnez-vous dans leurs désordres? pourquoi leur laissez-vous perdre toute honte, en les entretenant par une lâche condescendance dans les dérèglements de leurs passions? pourquoi enfin leur permettez-vous de négliger les devoirs de la vertu, et de vivre dans le libertinage et la débauche, asservis à leurs désirs corrompus ? Car quelle autre cause y a-t-il de la perte et de la ruine des États, que la mauvaise éducation des citoyens? Ce sont donc ceux qui élèvent et instruisent mal leurs enfants, qui me préparent véritablement une peste, et qui cherchent à me ruiner et à me perdre. Après cette plainte si juste de votre patrie contre ceux qui ont tant de mollesse et de lâcheté en ce qui regarde l'éducation de leurs enfants, quelle raison trouverez-vous pour excuser ceux qui négligent un si important devoir, et ne doivent-ils pas être condamnés comme coupables d'un crime très-grand et très-énorme ' ? »

Cette ligure est aussi très-fréquente dans l'Écriture sainte. Par exemple, la Sagesse publie ses louanges, parlant à elle-même et aux hommes et les invitant à l'aimer et à s'attacher à elle, comme dans cet endroit des Proverbes : a 0 hommes ! c'est à vous que je crie, et ma voix s'adresse aux enfants des hommes. Écoutez-moi, car je vous dirai de grandes choses -, » etc. Et dans cet autre du même livre : La Sagesse enseigne au dehors , elle fait entendre sa voix dans les grandes places ; elle crie à la tête des assemblées du peuple, elle fait retentir ses paroles aux portes de la ville, et elle dit : 0 enfants, jusqu'à quand aimerez-vous l'enfance? jusqu'à quand les insensés aimeront-ils ce qui les perd ^ ? » On peut voir sur ce sujet un Traité du combat des vices et des vertus, que quelquesuns attribuent au pape saint Léon, et d'autres à saint Augustin, où l'on introduit les vices comme des créatures raisonnables, disant tout ce qui peut servir à les insinuer dans les afTections des hom-

1 Lib. VII, de Instit. prini.

2 0 viri, ad vos clamito, et vox mea ad tilios hominum Audite, quoniam

de rébus inagnis locutura sum. Prov., viii, 4.

3 Sapieutia foris prœdicat, in piateis dot vocem suam, in capite turbarum clamilat, in foribus portarum urbis profert verba sua, dicens : Usquequo^ parvuli, diligilià iiifanliam, el stulti, ea quœ sibi sunt noxia? Ibid., i, 20.

mes, et les vertus répondant pour défendre leur cause, et soutenir leur dignité contre les vices.

Saint Cyprien reprenant les femmes qui se fardent et se déguisent le visage, fait parler Dieu contre elles, en cette manière : « Ne craignez-vous point qu'au jour de la résurrection votre Créateur ne vous reconnaisse plus, et qu'il ne vous rejette lorsque vous viendrez pour jouir de ses promesses et de ses récompenses? N'appréhendez-vous point qu'il ne vous dise d'une voix de juge et de censeur : Ce n'est pas là mon ou vrage, ce n'est pas notre image. Vous avez souillé votre corps par des drogues étrangères ; vous avez altéré la couleur de vos cheveux par de fausses couleurs ; vous avez déguisé et déliguré votre visage, c'en est un autre que celui que j'ai formé. Vous ne pourrez voir Dieu, puisque vous n'avez plus les yeux que Dieu a faits, mais les yeux que le diable a corrompus. C'est lui que vous avez suivi; vous avez imité les yeux rouges et peints du serpent. Vous vous êtes parée des livrées de votre ennemi, vous serez donc brûlée avec votre ennemi. Des servantes de Dieu ne devraient-elles pas penser à ces choses et les craindre * ? »

Le même saint Cyprien voulant décrire la corruption et l'inhumanité des riches qui faisaient des dépenses prodigieuses pour des divertissements très-vains et même très-cruels, et ne voulaient rien donner à Jésus-Christ en la personne des pauvres, introduit pour cela le démon, et le fait parler en ces termes : « Mais afin de faire plus de confusion à ceux qui, possédés de l'amour des richesses, ne s'en servent point pour leur salut, et qu'ils rougissent de leur lâcheté, imaginons-nous que le démon, environné de ses esclaves et de ses suppôts, vienne en la présence de Jésus-Christ,

^ Non rnetuis, oro, qiiee taiis es, ne cùm resurrectionis dies venerit, artifex tuus te non rtcoguoscat, et ad sua pitemia et prouiissa venientem removeal et excludat, incrcpaus vigore censoris et judicis dicat : Opus hoc meum non est, nec imago iisec noslra est. Cutem falso medicaniiue polluisti, crinem aduUero colore mutasti, expugnata est mendacio fades, figura corrupta est, vultus alieuus est. Deum videre non poleiis, quandù oculi tui non suul quos Deus fecit, sed quos diabolus infecit. Illuni tu seclata es, lutilos atque depictos oculos serpenlis imitala es, de iuimico tuo compta, cum illo pariter et arsura Haec, oro, cogilauda non sunt Dei servis, non die seniper ac nocte metuuuda? S. Cyp., de Habit u virginum.

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