‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 19 sur 347 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

De la vertu et de la sainteté nécessaires au prédicateur.

Il est temps de signaler les conséquences qui découlent des observations précédentes. Premièrement, si la grandeur, la dignité du ministère de la prédication est telle, qu'il ait pour auteur et pour chef le Fils de Dieu même, et que le prédicateur exerce la charge d'ambassadeur pour lui sur la terre, quelle doit être la pureté de cœur et d'esprit de celui qui est appelé à une si gi^ande charge ! La majesté de ce ministère ne permet pas que la vie d'un homme revêtu d'une si éclatante dignité soit souillée d'aucun vice. Il faut que la pureté de sa vie et l'intégrité de ses mœurs répondent à l'éclat et à la sainteté de ses fonctions. De là vient que le Seigneur ayant destiné le prophète Jérémie pour reprendre et corriger les dérèglements de son peuple, le sanctifia dans le sein même de sa mère, et le remplit de la force de son esprit avant qu'il en sortît. Il purifia de même Isaïe de toute tache de péché par un

' Dans une pareille circonstance, saint Bernard dit au démon de la vanité : « Je ue veux j Satan, ni monter en chaire pour toi, ni en descendre à cause de toi. »

séraphin qui lui toucha les lèvres avec un charbon ardent qu'il avait pris sur Fautel de Dieu même, afin que l'Auteur de toute pureté eût eu lui un ministre capable de reprocher à son peuple méchant et rebelle les crimes dont il s'était rendu coupable., et de l'en reprendre ibrtemtint. Je pourrais vous parler aussi des apôtres, que le Seigneur, au jour de la Pentecôte, remplit de tant de dons et de grâces du Saint-Esprit, pour en faire des docteurs et des maîtres capables de puijlier et de répandre dans le monde entier la doctrine sainte de son Évangile, ou en particulier du grand saint Paul, qu'il n'a pas seulement rempli de l'Esprit-Saint, mais qu'il a élevé jusqu'au troisième ciel, alin qu'il y apprît parmi les anges ce qu'il devait enseigner sur la terre parmi les hommes.

Mais tous ces exemples sont encore beaucoup au-dessous de celui que nous en avons en la personne du Fils de Dieu même, qui n'a pas voulu prêcher au peuple pour lui enseigner sa doctrine toute divine, sans s'y être préparé par une retraite, par des prières et par un jeune de quarante jours dans le fond d'un désert; non cju'il eût besoin de cette préparation, lui qui est la source de toute pureté et de toute sagesse, mais afin d'apprendre par son exemple, aux docteurs de l'Église, avec quelle innocence et quelle pureté de vie ils doivent exercer les fonctions de cette charge toute céleste ; car ce Maître souverain des hommes savait parfaitement combien les exemples de vertu sont plus efficaces que les plus beaux discours, pour faire entrer dans les cœurs la science du salut.

C'est pourquoi ce divin Sauveur , après avoir dit des hérauts de sa parole que chacun d'eux est comme « une lampe mise sur un chandelier, afin qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison de l'Éghse, » leur adresse ces mots : '( Il faut que votre lumière luise devant les hommes, afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux '. » Il montre par ces paroles combien les bonnes œuvres et les actions de vertu

1 Neque accondunt luceriiam, et ponuut eain sub modio, sed super candclabnira, ul lucoat omnibus qui iu doaio suut. Sic luceat lux vestra coràm Louiinilius, ut videaut oi)era vestra boua, et glorificoct Palrem veslrum qui in cœlib est. Mattfi., \, 15.

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