‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 20 sur 347 · LIVRE I, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VI

servent mieux à relever la gloire du Seigneur, que les discours les mieux choisis et les plus pompeux. Ce qui est aussi très-bien marqué par cette prophétie d'Isaïe : « Il y aura dans Sion des hommes puissants en justice, qui seront des plantes du Seigneur pour le glorifier ' ; » car, qu'y a-t-il qui puisse mieux représenter la splendeur de la gloire de Dieu, que la beauté de la justice et d'une constante piété ?

Enfln, si nous parcourons et repassons dans notre mémoire les annales et les histoires des commiencements et des progrès de l'Éghse, nous verrons qu'elle s'est sans comparaison plus étendue, plus enrichie et plus multipliée par les exemples des saints que par les discours des hommes les plus éloquents. De combien de religieux et de saints anachorètes, qui vivaient sur la terre comme des anges dans des corps mortels, le grand saint Antoine, qui n'avait nulle connaissance dans les lettres humaines, n'est-il pas devenu le père ! Combien l'humble saint François d'Assise, aussi sans étude et sans science, n'a-t-il pas semé de tous côtés dans le jardin de l'Église, de ces plantes vivantes, fécondes en fruits de vertus, par les exemples si édifiants de la sainteté admirable de sa vie bien plus que par l'éloquence de ses discours ! Que ne dirons-nous pas du grand saint Siméon Stylite, dont Théodoret, qui était son contemporain et son ami intime, nous a laissé par écrit la vie et les miracles 1 Combien de peuples et de nations cet homme de Dieu, aussi extraordinaire en piété qu'il était ignorant et peu instruit dans les sciences humaines, et qui passait sa vie toujours debout, priant sur une haute colonne;, n'a-t-il pas ramenés du culte des idoles à la foi de Jésus-Christ par les exemples de sa vie toute sainte et tout admirable ! Et dans ces derniers siècles, n'a-t-on pas vu sainte Catherine de Sienne, nonobstant la faiblesse de son sexe et son ignorance dans les lettres humaines, rappeler de leur mauvaise vie tant d'hommes perdus et abandonnés à toutes sortes de crimes, et faire rentrer par une véritable conversion tant de sortes de pécheurs dans la voie de la justice et de la piété, que quatre confesseurs qu'elle avait continuellement

' Vocabuutur in eâ fortes juslitiœ, plantatio Domini ad glorificandum. Is., LXI, l<.

auprès d'elle, par une permission particulière du pape Grégoire XI, ne pouvaient suffire à entendre les confessions de tant de personnes qu'elle convertissait si heureusement, et qu'elle ramenait tous les jours dans la voie du salut bien plus par l'éclat de sa vie que de sa doctrine ?

J'ai voulu toucher ceci en peu de mots et comme en passant, non pour diminuer en aucune manière l'éclat de la doctrine et de la science nécessaire aux prédicateurs et à tous ceux qui fqnt profession d'instruire les autres, mais seulement pour relever davantage dans leur esprit l'importante obligation qu'ils ont d'édifier aussi tout le monde par les exemples de leur probité et de leur bonne vie. C'est ce que Sénèque même, tout païen qu'il était, a très-bien marqué dans une de ses lettres à Lucille par ce peu de paroles : « Attachez-vous particulièrement aux instructions de celui qui se fera plus admirer par les choses que vous lui verrez faire, que par celles que vous lui entendrez dire '. »

De là viennent aussi ces paroles de Lactance, lib. IV Divin, institutionum : « Celui qui donne des règles et des préceptes pour bien vivre, doit retrancher de sa personne tout ce qui peut être un prétexte de s'en dispenser, afin d'imposer aux hommes comme une nécessité de les suivre, non par force ni par aucune contrainte, mais par bienséance et par honnêteté. Mais comment se fera ce retranchement, sinon par le soin que doit avoir celui qui instruit les autres, de faire lui-même ce qu'il leur enseigne, de marcher le premier dans le chemin qu'il ouvre, et de tendre la main à ceux qui doivent le suivre? »

Ce que nous disons de la nécessité de la bonne vie dans les prédicateurs, était aussi ce qu'observait exactement l'apôtre saint Paul, pour ne rien dire des autres bienheureux ministres de l'Évangile, puisqu'il se proposait souvent lui-même pour exemple aux fidèles auxquels il annonçait les paroles de la vie éternelle. Il leur dit dans un endroit : « Soyez mes imitateurs, je vous en conjure, comme je le suis moi-même de Jésus-Christ -. » Et ailleurs : « Re-

1 Eum elige doctorem, quem magis admireris cùm viderisj quàm cùru audieris.

- Rogo ergù voa : imitatores mei estote, sicut et ego Gbristi. I Coi\, \\, 10.

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