‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 199 sur 347 · LIVRE V, CHAPITRE VI, § VII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE VI, § VII

j'admire et que je déplore en même temps, c'est qu'un homme soit tellement porté à médire et à mordre, que plutôt que de s'en empêcher, il aime mieux couler à fond son propre vaisseau *. )AElle est mêlée dans cet autre passage : « Véritablement pour les autres tempêtes, j'ai toujours cru que Milon ne devait les craindre que dans cette mer orageuse et dans les flots de l'assemblée du peuple -. » S'il n'avait pas ajouté de l'assemblée du peuple, c'aurait été une allégorie pure; mais de cette manière il la mêle; et le trope, par ce mélange, reçoit de la grâce des termes empruntés, et de la

/" clarté de ceux qui sont propres.

f (« Mais rien n'embellit le discours comme de joindre ensemble l'allégGrie, la similitude et la métaphore : « Quel détroit, quel mer, pensez-vous, Messieurs, qui soit aussi orageuse que l'assemblée du peuple? Non, Messieurs, Tune dans son flux et son reflux n'a pas plus de flots, de changement et d'agitation, que l'autre dans ses suffrages a d'inconstance, de trouble et de mouvements divers. Souvent il ne faut qu'un jour ou qu'une nuit pour donner une nouvelle face aux aflaires. Quelquefois même la moindre nouvelle, le moindre bruit qui se répand, est un vent subit qui change les esprits et renverse les délibérations ^. » Il faut finir par le genre de figure qu'on a employé au commencement. Cependant plusieurs, après avoir fait rouler leurs métaphores sur une tempête, finissent par des ternies pris d'une ruine ou d'un incendie. C'est un manque de jugement et une irrégularité des plus grossières ''. »

Au reste, si les livres des saints prophètes sont remplis, comme il a déjà été dit, de l'éclat des métaphores, ils ne brillent pas moins par la multitude des allégories et par ces merveilleuses suites de paroles qui, par la liaison ingénieuse qu'elles ont entre elles,

1 Hoc mirùr enim, qnerorquo, quemquam hominem ità pesoumdare alterum verbis velle, ut etiam uavem perforet, iu quà ipse uaviget.

* Equidem caeteras tempestatcs et procellas in illis duntaxat fluctibus concio- Dum semper Miloni putavi esse subeundas.

3 Quod fretum, quem Euripuin, lot motus, tantas, tàm varias babere creditis agitationes, commutationes, fluctus, quantas perturbatioues, et quantos sestus habet ratio comitiorum? Dies intermissus unus, aut nox interposita sœpè et perturbât omnia, et totam opinionem parva nomiunquàm commutât aura rumoris.

'■* Quinlil.

prennent une signification différente de celle qui leur est propre. Telle est dans Isaïe l'allégorie de la vigne plantée par le Bien- Aimé, sur un lieu élevé, gras et fertile ', que David a aussi employée d'une manière qui n'est pas moins élégante, dans ce passage : « Vous avez transporté votre vigne de l'Egypte, et après avoir chassé les nations, vous l'avez plantée à leur place. Vous avez affermi ses racines^ et elle a rempli la terre. Elle a couvert les montagnes de son ombre, elle a étendu ses branches jusqu'à la mer, et ses rejetons jusqu'aux fleuves. Pourquoi avez-vous donc détruit la muraille qui l'environnait-? »

§ yill.

De l'ironie.

L'ironie, /ou dérision, est une espèce d'allégorie par laquelle, en disant une chose, on fait entendre tout le contraire. •; C'est une adroite et fine dissimulation qui se connaît par la nature de la chose même, ou par l'état et le caractère de la personne dont on parle, ou par la manière même de prononcer ; car si l'une ou l'autre de ces choses ne s'accorde pas avec les paroles qu'on prononce, c'est une marque que l'orateur pense toute autre chose que ce qu'il dit. Par exemple,; quand Cicéron dit à Labiénus : « Ce sont là vos manières; elles plaisent à un homme comme vous, plein de douceur et de bonté : vite, huissier, prenez ce malheureux , qu'on lui lie les mains, qu'on lui bande les yeux, et qu'on le pende au premier arbre ^. » Cet ordre si évidemment cruel marque assez dans quelle pensée Cicéron appelle ce Labiénus homme plein de douceur et de bonté. \

1 Viaea facta est dilecto meo in cornu filio olei; et sepivit eam, et lapides elegit ex illâ, et plantavit eam electam, et aedificavit turrim ia medio ejus, et torcular extruxit in eâ, et expectavit ut faceret uvas, et fecit labruscas. Is., v,l.

* Vineam de ^gypto transtulisli; ejecisti gentes, et planlasti eam Plan-

tasti radiées ejus, et implevit terram; operuit montes umbra ejus, et arbusta ejus cedros Dei ; extendit palmites suos usque ad mare, et usque ad flumeu propagines ejus; ut quid deîtruxisti maceriam ejus? Ps, LXXix, 9.

* Haec tua, quœ te hominem clementem et popularem délectant : i, lictor, colliga manu?, caput obnubilo, arbori infelici suspendito. Orat. pro Cat. Rabirio.

Page 1