IX
De la périphrase.
« La périphrase hu circonlocution est, dit Quintilien, un trope qui sert à expliquer par un détour et en plusieurs paroles ce qui se pourrait dire, sinon d'un seul mot, du moins plus brièvement, et c'est ce que nous appelons un circuit de paroles. Quelquefois c'est une raison de nécessité qui fait qu'on y a recours, quand il s'agit de couvrir certaines choses qu'on ne pourrait pas dire autrement avec l)ienséance,^omme en cette expression de Salluste : «Pour quelques besoins naturels 2. »; Quelquefois aussi l'on n'y cherche que l'ornement du discours : c'est d'ordinaire tout ce que s'y proposent les poètes^ par exemple :
« Au point que le sommeil, ce doux présent des dieux. Sous ses premiers pavots appesantit les yeux 3. »
Cette figure se forme encore de trois manières ( 1° par l'étymologie, en expliquantTorigitie et la véritable signification d'un mot, comme lorsque je dis, pour désigner un parasite : Un homme qui n'aime qu'à boire et à manger, et qui use de flatterie auprès des grands pour être convié à des repas chez eux ; ou pour signifier un philosophe : Un homme studieux et amateur de la sagesse ; (2° en désignant la chose par quelque marque accidentelle , ce qui s'appelle en latin notaiio, comme si, pour exprimer la colère, je
* Integritas tua, mihi crede, te servavit ; pudor eripuit ; rectè auteacta vita liberavit.
2 Ad requisita naturee.
' Tempus erat, quo prima quies mortalibus aegris
Incipit et doao divûm gratissima serpit. Eneid., iiv. \\.
32n RHÉTORIQUE ECCLÉSIASTIQUE.
l'appelle uno bouillante ardeur d'esprit ou de bile qui rend le visage pâle,) les yeux étincelants et les membres tremblants : de là vient, pour dire des hommes mous et efféminés, cette expression :
Qui du seul petit doigt grattent souvent leur tête ' ;
^ 3" par manière de définition, comme quand on appelle la rhétorique l'art de parler éloquemment, ou là tyrannie une violente transgression des lois et de la liberté publique.
De l'usage des tropes.
Comme nous l'avons déjà dit, les figures donnent de la grâce et des ornements au discours. Elles vont toutes à remplacer le nom commun d'une chose par un nom plus relevé; maisî^il faut que ces deux nomsYsoient proches\l'un de l'autre et se tiennent en quelque sorte par là main. Or ces noms qui ont des rapports et comme une espèce d'alliance et de parenté entre eux, /ce sont les attributs des choses et des personnes; et c'est de là que viennent les topiques, c'est-à-dire les lieux ou les sources des arguments et des preuves, comme le genre, l'espèce, la défmition, les propriétés, les circonstances qui précèdent, qui accompagnent ou suivent la chose , la cause, les effets, le tout, les parties, les ressemblances, les différences, les contraires, les convenances, les répugnances et d'autres semblablesA
r Comme donc ces sortes d'attributs tiennent lieu de preuve, et en ont la force, il est de l'adresse de l'orateur de s'en servir souvent, au lieu des choses mêmes,Win que son discours en soit plus vif et plus solide. (c'est ainsi qu'une femme) dont l'Écriture loue la sagesse,(en usa pour reprocher à Joab' qu'il avait agi avec trop de précipitation en attaquant la ville d'Abéla :{« Pourquoi, lui dit-elle, précipitez-vous la ruine de l'héritage du Seigneur '? »\Par cette expression : Pourquoi précipitez-vous la ruine ? elle amplifie les
' Qui digito scaipunt uno caput.
* Quarè prsecipitas hœreditatem Domini? I Heg., xx, 10.