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De l'anlithèse dans les pensées.
Il y a encore une espèce d'antithèse appelée/en latin contrarium in sententiis^ le contraire dans les opposés, que les dialecticiens mettent au rang des arguments qui se tirent des contraires.] Mais parce que cette sorte de raisonnement a plus de grâce et d'ornement que les autres, on la rapporte ici au nombre des figures d'éloquence, fîelle^st celle-ci : « Pourquoi pensez-vous que celui que vous avez reconnu capable de trahison et de perfidie dans l'amitié, même, puisse jamais avoir de la fidélité dans la division et dans les inimitiés qu'il entretient ? » On rapporte aussi trèsbien à ce genre d'antithèse les arguments qui se tirent des choses inégales , c'est-à-dire du plus ou du moins , en cette manière : « Craignons -nous d'en venir aux mains dans la plaine avec des gens que nous avons battus dans les collines, et chassés de leurs retranchements? craignons-nous que ceux qui étant en plus grand nombre n'ont pu soutenir l'effort du peu que nous étions, soient plus forts que nous, maintenant que nous les avons réduits à un moindre nombre ? »
• « Il est essentiel à un prédicateur d'éviter le trop fréquent uîage des antithèses. L'agrément de cette figure est remarquable et saillant; mais toutes les choses qui causent un plaisir plus vif sont précisément celles dont on se dégoûte plas aisément. Aussi l'éloquence de Fléchier, quoique solide et judicieuse, est un peu déparée par ce tour uniforme d'antithèse qu'il donne presque à toutes ses pensées. Ce tour, en même temps qu'il est agréa'nle, a quelque chose de petit. 11 donne à penser que l'attention de celui qui parle ou qui écrit, se porte beaucoup vers les mots; et c'est des choses que le ministre de Jésus-Christ doit s'occuper.! Un peu de négligence dans le style avec un fonds de pensées vraies et nobles, marque dans l'orateur un esprit élevé/: c'est le caractère de l'éloquence de Bossuel. » Rhét. de Crévier, citée par le trad.
§iv.
De l'application par comparaison des contraires.
Cette figure (en latin contenjio] est encore considérée comme une espèce d'antithèse fort approchante de la précédente, en ce qu'elle ne consiste pas autant dans la comparaison des choses contraires que desi. circonstances inégales dont elles sont revêtues^, Elle est, comme elle, bien pltis une figure de pensée que de mot ; mais parce qu'elle a une grande ressemblance avec l'antithèse, nous l'avons aussi jointe à ce dernier genre de figure.
On se sert ordinairement de cette figure,|îorsque voulant prouver quelque chose ou l'amplifier par comparaison ou par l'exemple d'une autre, on examine et l'on expose les circonstances de chacune, afin de montrer que celle que nous voulons persuader est ou égale, ou moindre, ou plus grande.; En voici un exemple tiré de/Cicéron : « Vos ancêtres ont souvent fait la guerre, pour venger des marchands ou des bateliers maltraités ; vous donc, à la nouvelle de tant de milliers de citoyens romains égorgés sur un seul ordre en un seul jour, quels doivent être vos sentiments et vos résolutions ! Parce qu'on avait parlé avec trop de hauteur aux ambassadeurs de la république, vos pères crurent devoir éteindre le flambeau de la Grèce, la ville de Corinthe ; et vous laisseriez impunie la barbarie d'un roi qui, après avoir chargé de chaînes un consulaire député parle peuple romain, l'a fait périr à coups de verges et par toute sorte de supplices ! Vos ancêtres n'ont pas souffert qu'on donnât la moindre atteinte à là liberté des citoyens romains ; et vous verriez d'un œil indifférent qu'on leur arrache la vie! Vos ancêtres tirèrent une vengeance solennelle d'une parole par laquelle on avait violé le droit de vos ambassadeurs ; et vous laisseriez impunie la mort d'un ambassadeur qu'on a fait périr au milieu des tortures ! craignez qu'autant il fut honorable pour vos aïeux de vous transmettre tant de gloire et un empire si florissant, autant il ne soit honteux pour vous de ne pouvoir soutenir et conserver ce que vous avez reçu*. »
* Majores nostri saepè; mercatoribus, aut naviculatoribus injuriosiùs tractatis,