‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 22 sur 347 · LIVRE 1, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE VI

le sien. La main qui entreprend de nettoyer ce qui est sale dans autrui, doit être pure de toute souillure, parce qu'elle ne ferait que souiller davantage ce qu'elle toucherait, si elle voulait en ôter les ordures en même temps qu'elle manierait de la boue *. »

Après cela nous devons comprendre pourquoi, dans le siècle présent, où les prédicateurs font tous les jours retentir leur voix et leurs cris dans toutes les églises, nous voyons néanmoins si peu de pécheurs qui, en étant touchés, quittent leur mauvaise vie et leur habitude invétérée dans le péché. En effet, « la parole de Dieu étant comme un feu et comme un marteau qui brise la pierre - »;, d'où vient que ce feu céleste n'embrase pas les hommes les plus froids, et que ce marteau ne brise pas leurs cœurs de pierre, sinon de ce que la plupart des prédicateurs de ce temps pressent plus cette œuvre de Dieu par leurs paroles que par leurs exemples, plus par une secrète ambition de paraître savants et habiles que par des prières et des gémissements de leur cœur, plus par les tours et les adresses de l'éloquence humaine que par de saintes et fréquentes oraisons ; et enfin de ce qu'ils ont bien plus de soin de s'attirer l'estime et les regards des hommes que d'exterminer les vices, bien plus de se faire une réputation avantageuse dans le monde que de procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes? Or, qu'est-ce que cela, sinon enfouir dans la terre le talent qu'on a reçu de Dieu, puisqu'ils ont en vue, dans les fonctions d'un ministère tout divin, non la gloire de Dieu ni le salut des âmes, mais leurs intérêts propres et des avantages tout humains, et qu'ils se proposent de vivre plus à leur aise, de s'élever dans l'estime des hommes, d'avoir les premières places et un plus gros revenu dans l'Église ?

Cependant personne n'ignore que, si nous avons en vue ces sortes de choses et si nous y attachons notre cœur, c'est comme une nécessité, ou que nous négligions la gloire de Dieu et le salut

1 Nulla hiiuc inimunditia polluât, qui hoc suscepit ofRcii, ut in alieiiis quoque cordibus pollutionis maculas tergat; quia uecesse est ut esse luunda sludeat manus quœ diluere sordes curat, ne tacta quasque deteriùs inquinet si sordida insequeus lutum leuet. Pa^tor.^ p. 11^ cap. ii.

"^ Numquid uon verba uica sunt quasi ignis, et quasi raalleus contereuo petram? Jer., xxin, 29.

des âmes, ou que nous en fassions très-peu de cas. Et comment Dieu en usera-t-il envers ces sortes d'ouvriers? C'est ce que le Prophète-Roi nous a marqué assez clairement dans ces paroles : « Pourquoi racontez-vous mes préceptes pleins de justice, et pourquoi avez-vous toujours mon alliance dans la bouche, vous qui haïssez en même temps la discipline, et qui jetez derrière vous mes paroles • ? . » Comme s'il disait : Vous vous contentez de parler des règles saintes de ma loi, qui tendent à purifier l'àme, à déraciner le vice et à établir la vertu, pour vous glorifier de l'avantage que vous avez d'être les docteurs de mon peuple, et vous négligez d'embrasser pour vous-mêmes ces vérités que vous prêchez, et qui doivent servir au règlement de votre vie. Ainsi tous ceux qui se conduisent de la sorte, sont proprement du nombre de ceux dont le Sauveur a dit dans l'Evangile : « Ils disent ce qu'il faut faire, et ne le font pas. Ils lient des fardeaux pesants et qu'on ne saurait porter, les mettent sur les épaules des hommes ; et ils ne voudraient pas les toucher du bout du doigt 2. »

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