‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 232 sur 347 · LIVRE V, CHAPITRE XIV, § I · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XIV, § I

plus de véhémenoe et plus de vivacité que les précédentes. Nous en commencerons l'explication par celle qui est le plus en usage, et qui produit les plus heureux effets.

De l'interrogation

Cette figure est ou simple ou figurée. La simple est une demande que l'on fait simplement en cette manière : « Bon maître, quel bien faut-il que je fasse pour avoir la vie éternelle ' ? » L'interrogation est figurée lorsqu'on l'emploie, non pas tant pour s'informer de quelque chose que pour presser plus vivement ceux à qui l'on parle. En voici quelques exemples de saint Cyprien. Ce Père, dans son traité de l'Envie, adresse cette apostrophe aux envieux : a Pourquoi vous précipitez-vous dans les ténèbres de l'envie ? pourquoi vous enveloppez-vous dans les noirs tourbillons de ce vice? Pourquoi éteignez- vous le flambeau de la paix et de la charité? pourquoi retournez- vous au démon, à qui vous avez renoncé ? pourquoi vous rendez-vous semblables à Caïu - ? » Voici encore une interrogation, tirée du même saint, qui n'est pas moins pressante : « Pensez-vous pouvoir bientôt fléchir le Seigneur, après l'avoir renié lâchement, après lui avoir préfé^'é un peu de bien, après avoir violé son temple ? pensez-vous qu'il vous pardonne aisément, après que vous l'avez désavoué pour votre Dieu 3? » Et un peu auparavant, il pousse l'interrogation avec plus de véhémence, en cette sorte : « Peut-on croire que celui-là s'affhge de tout son cœur, et qu'il implore la clémence de Dieu par des jeûnes, par des soupirs et des larmes, qui, depuis qu'il a commis le crime, n'a cessé de prendre le bain tous les jours, de se traiter splendide-

1 ^îagister bone, quid boni faciam ut bab^ara vitam œternam? Mo.ith.. six, IG.

2 Quid in zeli tenebras ruis? quid te nubilo livoris invoUis? quid invidiœ ceecitate omne pacis et charitatis lumen exlinguis? qnid ad diabolum^ ciii rennntiaveras. iterùm redi;? quid Gain similis existis?

3 Putasne tu Dominum citô posse placari, quera verbis perfidis abnuisti, cui patrimonium prœpouere maluisti, cujus templum sacrilegà contagione violaiti? Putasne eum facile misereri tuî, quem tuum non esse dixisli? De Lai>sis.

ment, de se remplir de vin et de viande avec excès, sans donner la moindre partie de ses biens aux pauvres? Comment celui-là pleure- t-il la mort de son âme, qui porte toujours la gaieté sur son visage, qui peint sa barbe, qui se farde et qui tâche de plaire aux hommes, tandis qu'il déplaît à Dieu? Cette femme-là gémitelle, qui peut encore songer à se vêtir magnifiquement, et qui ne songe point qu'elle est dépouillée de Jésus-Christ, dont elle était revêtue, qui se pare d'ornements précieux et de riches colliers, et qui ne pleure point la perte qu'elle a faite des ornements célestes et divins ' ? »

Tous ces exemples sont propres à exciter de l'indignation, et en marquent dans celui qui parle. C'est pourquoi il faut en joindre ici quelque autre, qui serve plus à l'admiration et au souhait. Tel est celui-ci du même saint Cyprien : « Quelle sera la gloire de ceux qui exercent des œuvres de charité !; dans quel excès de joie ne seront-ils pas plongés, lorsque le Seigneur faisant la revue de son peuple, et récompensant selon ses promesses nos mérites et nos bonnes œuvres, nous donnera des biens célestes pour des biens terrestres, des richesses éternelles pour des passagères, et beaucoup pour très-peu ^ ! » Tel est encore celui-ci : « Qui est l'étranger qui n'ait point d'empressement de retourner dans sa patrie, quel est le passager qui ne désire avec ardeur un bon vent, pour revoir au plus tôt ses parents et ses amis ? Nous croyons tous que le Paradis est notre patrie, nous y avons les saints patriarches qui sont nos parents, pourquoi donc ne courons-nous pas dans la carrière, pour

1 Lamentari eum putainus ex toto corde, jejuniis, fletibus, planctibus Dominum deprecari, qui ex primo crimiuis die lavacra quotidie célébrât, qui epulis affluentibus pastus et sagiua largiore distentus cruditates suas postridiè ructat, nec cibos et potus sucs cum pauperum necessitate communicat? Qui hilaris ac laetus incedit, quomodô mortem suam deflet? Gùmque scriptum sit : « Non corrumpetis effigiem barbât vestrae, » barbam vellit et faciem suam comil? Et placere nunc cuiquam studet, qui Deo displicel? An illa ingemiscit et plangit, oui vacat cultum pretiosîe veslis induere, nec iudumeiitum Cliristi quod perdidit cogitare, accipere preliosa ornamenta et mouilia elaborata, nec divini et cœlestis oniatus damna deflere. Cyp., de Lapsis.

2 Quœ illa erit, fratres charissimi, operantium gloria, quam grandis etsumœa laelitia, cùm populum suum Dorainus cœperit recensere, et meritis atque operibus nostris praemia prouiissa conlribuoûs, pro terrenis cœlestia, pro temporaiibus sempiterna, pro modicis magoa prseitare. De Eleemos.

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