‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 24 sur 347 · LIVRE I. CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE VII

chesses, d'un ambitieux pour les honneurs, d'un conquérant pour les victoires et les triomphes, ne doit être qu'une faible image de la vivacité des sentiments avec lesquels un prédicateur doit aimer la conversion des âmes et déplorer leur perte. Ce brûlant désir qui nait de la charité est si nécessaire aux ministres de la parole de Dieu, pour exercer utilement leur ministère, que quiconque en est destitué ne doit point, à mon avis, entrer dans ce saint emploi.

C'était de ce désir que brûlait la sainte femme dont il est dit dans V Apocalypse, « qu'elle criait comme étant en travail et sentant les douleurs de l'enfantement ' , » parce qu'elle désirait si ardemment donner des enfants à son époux, qu'elle ne craignait ni les douleurs du corps, ni les supplices des tyrans, pourvu qu'elle pût accroître le nombre de ses enfants spirituels pour la gloire de ce divin Epoux ; et cet ardent désir de l'Église a été autrefois figuré par l'empressement excessif avec lequel Rachel disait à Jacob son mari : « Donnezmoi des enfants, ou je mourrai ^. » Le roi David a parfaitement exprimé ce même désir , lorsque , brûlant d'ardeur pour le salut des âmes et déplorant leur perte, il disait : « J'ai vu les prévaricateurs de votre loi, et je séchais de douleur, parce qu'ils ne gardaient pas vos paroles ^ Le zèle delà gloire de votre maison m'a dévoré, et les outrages de ceux qui vous insultaient sont tombés sur moi *. » Par ces paroles, il montre assez qu'il n'était pas moins touché de tous les outrages et de toutes les profanations qui se commettaient contre la gloire de Dieu, que s'il avait été lui-même chargé d'opprobres et de malédictions.

Et l'apôtre saint Paul, en combien d'endroits n'a-t-il pas fait paraître l'ardeur de son cœur, son zèle et sa charité pour les âmes ! « Qui est faible, qui est affligé, dit-il aux Corinthiens, sans que je m'affaiblisse, ou que je m'afflige avec lui "'? » — « Mes enfants,

' In utero heibens, clamabat parturiens, et cruciabatur ut pariât. Apoc, xii, 2.

* Da mihi liberos, alioquin moriar. Gènes., xxx, 1.

3 Vidi praevaricantes, et tabescebam , quia eloquia tua non custodierunt. Ps. cxvni, 157.

'* Zelus domûà tuae comedit me. et opprobria exprobrantium tibi ceciderunt super me. Ps. Lxviii, 12.

s Quis iufirmatur, et ego non infirmer? Quis scandalizatur, et ego non uror? Il Cor., XI, 29.

dit-il encore aux Galates, pour qui je sens de nouveau les douleurs de l'enfantement, jusqu'à ce que Jésus-Christ soit formé dans vous ' . » C'est-à-dire : l'extrême douleur dont mon cœur est pressé à cause de votre chute (ils étaient retombés dans le judaïsme), me fait renouveler avec ardeur tous mes efforts pour vous enfanter de nouveau et vous rendre à Jésus-Christ. C'est aussi du feu intérieur de cette même charité , que sont sorties ces paroles enflammées du saint Apôtre : « Je voudrais maintenant être avec vous et changer ma voix (c'est-à-dire, diversifier mes paroles, et user dans mes discours de différentes expressions, selon vos besoins); car je suis en peine pour vous comment je dois vous parler ^. » Je ne sais que faire dans l'accablement de tristesse et d'afffiction où je suis à votre sujet; je ne sais où me tourner, ni quelle résolution je dois prendre. Dans quelle douleur et quel serrement de cœur, et avec quelle abondance de larmes ne dit-il pas encore qu'il avait écrit sa première Lettre aux Corinthiens, lorsqu'il eut appris qu'ils s'étaient éloignés de la simplicité chrétienne ^ ! Enfin qui ne reconnaîtrait le zAle et la charité extraordinaires du grand Apôtre dans ces autres paroles : « J'endure tout pour l'amour des élus , afin qu'ils acquièrent le salut qui est en Jésus-Christ avec la gloire éternelle "^ ; » et dans celles-ci encore : « Je me suis fait tout à tous afin de les gagner tous ^ ; » et dans sa Lettre aux Thessaloniciens, lorsqu'il dit : « Nous aurions souhaité, dans l'affection que nous sentions pour vous, de vous donner non-seulement la connaissance de l'Évangile de Dieu, mais aussi notre propre vie, tant était grand l'amour que nous vous portions "^ 1 » Et que personne ne m'objecte ici que cet esprit de zèle et de cha-

• * Filioli mei, qnos iteriiin partiirio^ donec foraiPtur Christus in vobis. Gai., iv,

^ Vellem esse apud vos modo, et toutare vocem mcam, quoiiiam confundor iu vobis. Ihid., 20.

3 Ex mullà tribulatione et angustià cordis scripsi vobis per mulias lacrymas. Il Cov., II, 4.

* OiDuia sustineo propter electos, ni et ipsi salutem consequautur, quai est in Christo Jesu, cum glorià cœlesti. II Tim., n, 10.

* Omnibus omnia factus sum, ut omues facerem salvos. I Cor., ix, 22.

* Cupide volebamus tradere vobis, non solùm Evangelium Dei, sed etiam animas nostras, quoniam cbarissimi uobis facti eslis. l Thess., ii, 8.

Page 1