‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 26 sur 347 · LIVRE I, CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VIL

fois comme hors de lui-même, tout outré et brisé de douleur, lorsqu'il voit les dérèglements et l'impiété de la plupart des hommes , leur mépris de la rehgion, l'aveuglement de leur esprit , l'endurcissement et l'insensibilité de leur cœur, et le danger extrême où tant d'àmes se précipitent et se perdent. Les considérant comme étant déjà dans la gueule du dragon et toutes prêtes à en être dévorées, il n'y a point de pierres qu'il ne remue, point de voie qu'il ne tente, point d'efforts qu'il ne fasse pour les arracher à son pouvoir : tant est grande la force et la puissance de ce feu de la charité que l'esprit de Lieu allume dans les cœurs. Nous avons donc eu raison de dire que le zèle et l'esprit de charité sont les plus grands maîtres de l'éloquence sacrée.

C'est « cet esprit des forts, dont l'Écriture dit qu'il est comme une tempête qui vient fondre contre une muraille ', » c'est-à-dire qui fait trembler et qui brise les cœurs endurcis. « C'est cette voix du Seigneur qui brise les cèdres, qui lance des feux et des flammes comme des dards -, » et à laquelle ce qui paraît le plus élevé et le plus fort dans le monde , ne peut pas plus résister que ce qui est le plus petit et le plus faible. C'est donc cette voix, ce désir enflammé et cet esprit de zèle que doit avoir quiconque veut se mettre en état d'exercer dignement le saint ministère de la parole évangéhque.

Ce fut pour cette raison qu'un homme savant et \Taiment pieux, mais qui ne faisait que débuter dans le saint ministère de la prédication, demandant à un ancien et très-illustre maître ce qui lui était le plus nécessaire pour remplir sa mission : « Rien n'est , lui répondit-i], plus nécessaire au prédicateur, que d'avoir le cœur embrasé de l'amour du Seigneur Jésus. » En effet, quiconque a véritablement dans le cœur l'amour de Jésus, brûlera toujours d'une soif et d'un désir très-ardents de la gloire de Jésus et du salut des âmes, pour lesquelles Jésus a donné son sang et sa vie; et il aura toujours de la haine et de l'horreur de ce que Jésus a le plus haï et détesté, qui est le péché. En sorte que, lorsqu'il traitera

1 Spiritus enim robustorum, quasi turbo impellens parietem. Is., xxv, 4. * Vox Domini confriDgenlis cedros. Vox Domini iutercidentis flammam ignis. Ps. xxvxii, u et 7.

de ces choses, il ne lui arrivera pas d'en parler froidement, ni avec lenteur, ou par manit'Te d'acquit; mais il le fera toujours et d'une manière forle^ véhémente et proportionnée à la dignité des clioses ; et il imprimera ainsi dans les esprits de ses auditeurs les mêmes affections qu'il fera voir en lui-même par sa voix, par ses gestes, par ses regards , par la force et la vivacité do ses paroles , et par tous les efforts de son éloquence.

Et parce que ce zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes est, comme il a déjà été dit, un don du Saint-Esprit (car il ne vient point de la nature , mais de la grâce, et d'une grâce très-grande), le peuple qui entend parler un prédicateur avec ce zèle et cette ardeur, ne peut s'empêcher d'être frappé d'admiration, et il conçoit un profond respect pour l'orateur, parce qu'il reconnaît qu'il y a en lui quelque chose de grand et de plus qu'humain, et que le doigt de Dieu est véritablement empreint dans ses prédications. Et cette impression émeut et ébranle fortement les cœurs des hommes, soit par la connaissance qu'ils en tirent, que c'est Dieu qui leur parle et les appelle à lui par la bouche du prédicateur, soit par la force et la véhémence extraordinaires de ses discours, sur lesquelles ils jugent de l'importance et de la dignité des choses qu'il tâche de leur persuader et de leur faire embrasser pour leur salut.

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