‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 28 sur 347 · LIVRE I, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VIII

l'homme cherche avec un cœur droit la gloire du Seigneur, et non sa propre gloire, nous est pour cela d'un merveilleux secours. Il en est de même de l'humble et véritable soumission d'esprit avec laquelle un prédicateur qui a de la piété, et qui n'exerce le ministère apostolique que par l'ordre de ses supérieurs, a soin de se mettre souvent devant Dieu dans la prière, où, reconnaissant d'un côté son indignité , et lui représentant de l'autre la nécessité où il est d'obéir, il lui demande par ses larmes et par les soupirs de son cœur cet esprit de zèle et de charité, afm de pouvoir s'acquitter utilement de ses fonctions pour la gloire divine et pour le salut des âmes.

Mais pom* bien s'établir dans cette humilité , H faut qu'il rejette toute confiance en ses propres forces, et qu'il se garde bien de croire qu'en s'appuyant sur sa science et sur son éloquence, sur la beauté de sa voix et sur les agréments de son élocution, sur sa réputation et sur la bonne estime du peuple, sur sa longue habitude et son habileté dans l'art de la prédication , il puisse y réussir, ou rien faire de bien pour la conversion des âmes , s'il n'est aidé du secours du Ciel et « revêtu de la force d'en haut '. »

Il faut encore qu'il considère souvent les difficultés de sa mission, afin que, reconnaissant par là que l'unique moyen de les surmonter est de recourir à la prière avec le saint roi Josaphat -, il n'attende que du secours de la grâce le succès de ses travaux et l'efticacité de ses discours poui' la conversion et le salut des âmes, sans rien attribuer aux secours de l'éloquence ni des sciences humaines. Car si le Fils unique de Dieu attribuait uniquement à sou Père, et la doctrine qu'il prêchait, et tout le fruit de ses prédications, en disant : « Ma doctrine n'est pas ma doctrine, mais c'est la doctrir.e de celui qui m'a envoyé ; ce que je vous dis, je ne vous le dis pas de moi-même, et la parole que vous avez entendue n'est point ma parole , mais celle de mon Père qui m'a envoyé ^ » qui

1 Induamini virtute ex alto. Luc, xxiv. 49.

2 Hoc solùm babemuâ residui, ut oculos nostros dirigamus aJ te. II Parai., XX, 12.

3 Mea doctrina uon est mea, sed ejus qui misit me... Verba quae ego loquor vobis, à meipso non loquor... Sermoneui quem audistisnou est meus, sed ejus qui misit me, Patris. Joun. xiv, 10 et 24.

aura l'imprudence et la témérité de s'attribuer le moindre succès dans la prédication? Lors donc qu'un ministre de la sainte parole est entièrement dépouillé de toute confiance en lui-même, il est aux yeux du Seigneur, qui aime robéissance et la vraie humilité, comme un fds vi'aiment humble et obéissant , auquel son père ne refuse rien.

Il sera encore fort utile, pour exciter dans son cœur cette soif et ce désir du salut des âmes, de s'appliquer à la considération des choses que nous avons dites ci-dessus , sur l'excellence, la dignité et le mérite de la prédication; car, comme c'est une maxime du grand saint Grégoire, qu'on ne peut offrir à Dieu d'hostie plus agréable que le salut des âmes, et que celui-là s'avance le plus dans l'amour divin, qui attire le plus de monde, quiconque désire fortement de se rendre digne de ce divin amour, se porte avec ardeur à y attirer les autres, afin d'arriver ainsi lui-même à ce qu'il désire.

On peut aussi très-bien joindre à la considération du mérite de l'œuvre apostolique, celle de la récompense qui est si souvent promise aux prédicateurs dans les saintes Ecritures. L'apôtre saint Jacques nous l'a très-bien marqué par ces paroles : « Mes frères, si l'un d'entre vous s'égare du chemin de la vérité et que quelqu'un l'y fasse rentrer, qu'il sache que celui qui convertira un pécheur et le retirera de son égarement, sauvera son âme de la mort, et couvrira la multitude de ses péchés '. » Car il est de la justice de Dieu, ce juge souverainement équitable, que, comme dit saint Augustin ', l'obhgation de donner qu'il impose aux ministres de sa parole , soit à ses yeux un mérite pour recevoir, quand ils s'en acquittent avec fidélité ; et que ceux qui , par leur travail et par leur doctrine, nourrissent les âmes des hommes et les enrichissent des biens spirituels, en soient aussi nourris et enrichis eux-mêmes ; en sorte qu'ils puissent paraître avec confiance devant

• Fratres mei, si quis ex vobia erraverit à veritate et converterit quis eum, Bcire débet quoniam qui couveiti fecerit peccalorem ab errore viaî suae, salvabit animam ejus à morte, et operiet multiludinem peccatorum. Jac, v, 19.

* Ollicium iaipertiendi, merilum est accipiendi. S. Aug., ep. cclxvi, ad Flor., n. 1.

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