‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 29 sur 347 · LIVRE 1, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE VIII

le tribunal du souverain Juge , et dire avec l'Apôtre à ceux qu'ils auront instruits : « Quelle est donc notre espérance, notre joie, et la couronne de notre gloire? N'est-ce pas vous qui l'êtes, et qui le serez devant Notre-Seigneur Jésus-Christ au jour de son avènement ' ? »

Il sera encore avantageux que le prédicateur considère bien la raison pour laquelle il est appelé, par Jésus-Christ même, «pécheur d'hommes -; » car comme un pêcheur qui jette son filet dans l'eau ne pense qu'à faire en sorte de ne pas l'en retirer vide, et de ne pas s'en retoui^ner sans quelque capture, ainsi un pêcheur d'àmes doit uniquement employer ses soins et tous ses efforts à jeter si bien le fdet évangélique de la sainte parole, qu'il fasse d'heureuses captures, c'est-à-dire qu'il gagne et ramène à Jésus- Christ les âmes de ceux qui sont en danger de se perdre. Or c'est ce qu'il fera heureusement, sïl dit les choses qu'il faut dire et de la manière dont il faut les dire, pour toucher et ébranler les cœurs endurcis, et pour ramener à la connaissance de la vérité, par la lumière de sa doctrine, les pécheurs qui sont comme ensevelis dans les ténèbres et plongés dans la profonde et affreuse nuit du péché.

Et pour cela il faut leur mettre souvent devant les yeux l'inévitable nécessité de mourir et de rendre compte à Dieu de toute sa vie, l'incertitude de l'heure de la mort, la redoutable sévérité du jugement; les flammes horribles et l'effroyable éternité des peines de l'enfer. Mais il ne faut pas tourner toujours contre eux tous ses discom-s ; car tout ministre de la parole divine « est redevable aux savants et aux ignorants 3, » comme dit saint Paul, aux gens de bien et aux méchants. Il doit pousser les uns avec force et avec véhémence à la piété et à la justice, et instruire les autres avec beaucoup de douceur et de modération. Et comme un pêcheur de poissons, après avoir jeté ses fdets sans rien prendre, s'en fait un sujet de chagrin et de tristesse; ainsi, lorsqu'un pêcheur

1 QuEe est nostra spes, aut gaudiuin, aut corona gloriœ? Nonne vos ante Dominum nostrum Jesuin Christum estis in adventu ejus? I Thess., ii, 19. '^ Piscatores hominum. Mai(h.,ïv, 19.

3 Sapientibua et insipientibus débiter sum. Rom., i, 14.

d'âmes s'est comporté d'une manière si molle et si languissante dans ses fonctions, qu'il peut aisément juger qu'il n'a rien pris, il doit se faire un sujet de douleur et de tristesse de cette perte, bien plus que de la confusion que méritent sa mollesse et sa négligence.

Ce n'est pas non plus un léger aiguillon pour exciter l'ardeur et le zèle des prédicateurs, que d'avoir déjà retiré quelques âmes des flots et des éeueils de cette vaste et orageuse mer du monde. Et de même qu'Agésilas, roi des Lacédémoniens, pour animer ses soldats au combat, leur mettait devant les yeux les riches et éclatantes dépouilles qu'ils avaient déjà remportées en d'autres occasions, il est bon aussi que les ministres de l'Évangile se remettent devant les yeux les riches et saintes dépouilles des âmes qu'ils ont délivrées de la puissance du démon, afin que cette vue les rende plus ardents et plus zélés dans les fonctions de leur sainte mission. Et certes, quiconque a une fois ofiert au Seigneur ces sortes de dépouilles, c'est-ù-dire, quiconque, avec le germe de la parole, a produit des enfants spirituels à Jésus-Christ, peut toujours se glorifier avec Lia, en disant après elle ces paroles : « Maintenant mon époux sera plus uni avec moi, puisque je lui ai donné trois fils'. » Mais ce qui sert merveilleusement à attirer dans les cœurs des prédicateurs cet esprit de charité, c'est le saint exercice de la prière et de la contemplation des choses divines et spirituelles, dont nous allons parler dans le chapitre qui suit.

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