‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 287 sur 347 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Des quatre qualités de la prononciation.

La prononciation doit être correcte.

« La prononciation, dit Ouintilien, doit avoir les mêmes qualités que le discours; et comme le discours veut être régulier, clair, orné, convenable, ainsi la conversation doit premièrement être correcte et régulière, c'est-à-dire exempte de défauts ; et pour cela ; il faut avoir un parler léger, facile, net, doux et poli, qui n'ait rien d'étranger ni de rustique; car ce n'est pas sans raison que l'on demande d'un homme t[m parle mal s'il est Grec ou barbare, les personnes se faisant connaître à leur manière de parler comme une pièce de monnaie au son qu'elle rend

« Il faut donc premièrement que la voix parte d'un organe bien constitué ; en second lieu, qu'elle ne soit ni sourde, ni grossière, ni effrayante, ni dure, ni raide, ni fausse, ni épaisse, ni trop déliée, ni mal articulée , ni aigre, ni faible, ni molle ou efféminée; troisièmement, que la respiration soit libre ou aisée, que les intervalles en soient raisonnalilement longs, et qu'elle puisse continuer de même un temps considérable »

*74 RIIÉTORIQI'E ECCLÉSIASTIQUE.

La proiioncialion doit être claire et distincte.

« Il ne suffît pas, continue Quintilien, que la prononciation soit correcte, il faut qu'elle soit claire. Deux choses lui donnent cette qualité. La première, c'est de Hen articuler tous les mots; car souvent on mange les uns, et l'on ne fait que glisser sur les autres; plusieurs même ne prononcent pas les dernières syllabes, pendant qu'ils se plaisent à appuyer sur les premières. Mais comme il est nécessaire de faire sonner chaque mot, aussi rien n'est plus désagréable que d'épeler toutes les lettres, comme si on les comptait les unes après les autres, d'autant plus que fort souvent les voyelles souffrent élision, et qu'il y a des consonnes qui, suivies d'une voyelle, perdent leur son propre. J'ai déjà donné des exemples de l'un et de l'autre. De plus, il faut éviter le concours de certaines lettres qui ont une prononciation rude et difficile, ce qui fait qu'on les change en d'autres, comme je l'ai dit ailleurs. C'est pourquoi on louait particulièrement Catulus de ce qu'il savait choisir des locutions infiniment douces et aisées à prononcer.

rt La seconde chose, c'est de bien distinguer toutes les parties du discours ; en sorte qu'on donne à chacune tout ce qui lui appartient,' commençant et finissant précisément où il faut. iOn doit observer aussi quand il faut soutenir ou pour mieux dire suspendre le sens, et quand il faut le terminer; par exemple, dans ces vers :

Je chante les combats, et passe aux champs de Mars, En faveur du Troyen qui, par mille hasards, Géuéroux fugitif, aborda l'Ausonie, Et, vainqueur, éleva les murs de Lavinie ;

En faveur du Troyen^ il faut soutenir, parce que ces mots se rapportent à ce qui suit; qui par mille hasards, il faut soutenir encore, et par la même raison; généreux fugitifs le sens est encore suspendu; et, vainqueur^ éleva, autre suspension; les murs de La-

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