‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 295 sur 347 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

De la manière de prononcer les diverses propositions ou sentences particulières, et les termes dont elles sont composées.

Il s'agit à présent d'observer quelle est la manière de prononcer les Ipropositions ou sentences particulières, qui entrent dans chacune des trois principales parties du discours. Nous en avons déjà dit quelque chose en expliquant la manière de prononcer avec bienséance : mais parce que cette partie renferme la plus importante qualité de la prononciation, nous en traiterons plus amplement dans les chapitres suivants, par une diversité d'exemples qui nous en rendront la connaissance et la pratique plus aisées.

Venons maintenant à ce qui nous reste à observer sur la prononciation des termes ou des mots particuliers ; car il faut nonseulement dans les sentences, mais souvent aussi dans les mots particuliers dont elles sont formées, varier les inflexions de la voix, tantôt d'une manière et tantôt d'une autre.» Par exemple, dit Quintilien, quand nous disons : Ce misérable^ ce pauvre homme, est-ce que ces mots ne demandent pas un ton de voix humble et soumis ? Quand au contraire nous disons : Un audacieux, un voleur, un brigand, est-ce que nous ne prononçons pas d'une voix plus forte et plus animée? Cette conformité de prononciation donne aux choses un degré de force et d'efficacité qu'elles n'ont point autrement; sitôt qu'elle manque, nous ne parlons plus que du bout des lèvres, et le cœur dément la bouche,

r « Ajoutez qu'un même mot, selon qu'il est prononcé différemment, indique, nie, affirme, reproche, marque de l'étonnement, de l'indignation, du mépris ; par exemple :

Si je règne eu ces lieux, c'est par vous (jue j'y règne. Vous, avoir mérité par vos chants un tel prix ! Quoi! vous, ce même Enée*...? j (

rTous ces vous-lk ont des tons différents ; et pour ne pas perdre

1 Tu mihi quodcunque hoc regni. {.Eneid., 1. I.)

Gantando tu illum! (Eclog. m.) Tune ille ^neas? {Mneid., 1. I.)

du temps inutilement, chacun peut en soi-même examiner ces exemples, ou d'autres, s'il veut, en les appliquant à toutes les sortes de sentiments ; il verra que ce que je dis est vrai. »

On peut voir dans l'Écriture sainte beaucoup de termes et d'expressions que l'on doit prononcer de ce ton de voix menaçant. Telle est celle-ci : « Ma fureur s'est allumée comme une flamme impétueuse; elle pénétrera jusqu'au fond des enfers; elle brûlera la terre avec son germe ; elle embrasera les montagnes jusque dans leurs fondements ' . » Et cette autre : « J'enivrerai mes flèches du sang des hommes, et mon épée se rassasiera de leur chair -. » Chacune de ces paroles demande une étendue de voix particulière et poussée avec force. Tel est aussi cet endroit de saint Jean Chrysostome : « Nous sortons de la table sacrée de la communion, comme des lions enflammés et respirant un feu qui nous rend terribles aux démons mêmes ^. » Mais il faut prendre garde en cela de ne pas affecter de se faire une grosse voix, comme en beuglant, jusqu'à forcer le ton ordinaire et naturel ; car rien ne plaît de tout ce qui est affecté.

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