‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 294 sur 347 · LIVRE YI, CHAPITRE IV, § III. 48b · texte numérisé non relu

LIVRE YI, CHAPITRE IV, § III. 48b

' La preuve ou la confirmation. ,

(Cette partie demande d'ordinaire une action très-diversifiée ; car dans la preuve il faut d'ordinaire une prononciation prompte, vive et pressante ; elle demande aussi un geste convenable à la diction, c'est-à-dire fort libre et dégagé. On doit insister sur certaines chos8s,>et rallier pour cela les forces du discours; falors c'est comme une nécessité de donner plus d'étendue à la voix, d'en forcer le ton ordinaire, et de parler un peu haut,\ en sorte que la prononciation puisse suivre et égaler la force du discours dans toutes ses variations.

La manière d'affirmer ce que l'on emploie pour preuve dans la confirmation, a quelquefois plus de force sur les esprits que les preuves mêmes. (il faut donc montrer de l'assurance et de la fermeté, particulièrement lorsqu'on est appuyé sur l'autorité de l'Église ou de la sainte Écriture. Au reste, quand les preuves et les raisons sont tirées du fond de la philosophie ou de la théologie, et difficiles à entendre, on doit alors modérer l'impétuosité du discours, prendre une action tranquille, une voix claire et distincte, et s'arrêter par intervalles, afin de faire mieux envisager les choses, et de donner aux auditeurs le loisir de les comprendre ; car la vitesse, la volubilité de la langue est ce qui empêche nonseulement les esprits les plus lents, mais les plus vifs et les plus éclairés même, de bien entendre ce que l'on dit. Ainsi cette manière d'établir et de confirmer par raisonnement approche plus de l'exposition que de la preuve.

§ ni.

! L'amplification. \ *

L'amplification, qui renferme la troisième partie du discours,

(a principalement lieu dans les mouvements des passions et des

affections de l'âme, qui demandent, comme on l'a dit, une action

4Sr> RHÉTORIQUE ECCLÉSIASTIQUE.

aussi diversifiée qu'ils le sont eux-mêmes. Nous devons donc faire en sorte que nous soyons nous-mêmes émusV^t animés des mêmes sentiments et des mêmes afTections que nous voulons exciter dans les autres ; car c'est alors que les mouvements inspirés par le cœur animent véritablement l'action et la voix, et font comme d'euxmêmes, par leur force propre et naturelle, de vives impressions dans l'esprit des auditeurs. Aussi l'art ne fait qu'imiter la nature -j^t quelque excellent et consommé qu'il soit, il ne peut pas atteindre à la dernière perfection. C'est pourquoi les orateurs ne feront jamais ce qu'ont pu faire par leurs discours des hommes vraiment saints, poussés et animés de l'esprit de Dieu, et excités par de véritables mouvements de zèle et de charité. Quiconque sera ému et animé de cette sorte^ connaîtra par ses sentiments et ses affections mêmes, par combien de différents tons de voix on doit remuer les cœurs et les passions des hommes. (« Car la nature, dit Cicéron, a donné à chaque passion sa physionomie particulière, son accent, son geste. Notre corps tout entier, notre regard, notre voix résonnent comme les cordes d'une lyre, au gré de la passion qui nous ébranle; et comme tous les tons de l'instrument varient sous la main qui le touche , ainsi l'organe de la voix produit des sons aigus et graves, vifs et lents, hauts et bas, et toutes les nuances intermédiaires. \De là naissent les différents tons , doux ou rudes , rapides ou prolongés , entrecoupés ou continus, mous ou heurtés, affaiblis ou pleins : toutes ces inftexions de la voix ont besoin d'être employées avec art et ménagement. Elles sont pour l'orateur comme les couleurs qui servent au peintre à varier son tableau. La colère a son accent, qui est prompt, vif et coupé. La douleur et la pitié ont un autre ton; il est plein, touchant, entrecoupé, mêlé de gémissements. La craiute s'exprime d'un ton bas, tremblant, soumis. Le ton de la violence est énergique, impétueux, précipité, menaçant. L'accent de la satisfaction est doux, tendre et plein d'abandon ; il respire la joie et le calme. La douleur qui ne cherche point à inspirer la pitié, s'énonce d'un ton grave et uniforme. » \

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