‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 323 sur 347 · LIVRE VI, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE XI

4° Nous avons ajouté, pour quatrième point, que celui qui entreprend d'exercer le divin emploi de la prédication, doit considérer avec attention par quel esprit, dans quelle vue et à quelle fm il s'y engage, c'est-à-dire, doit prendre garde « s'il entre par la porte dans la bergerie des brebis, ou s'il y monte par un autre endroit • . » La porte de la bergerie est, ou une très-ardente charité ou une humble obéissance; car « personne ne doit monter ce degré d'honneur, s'il n'y est appelé de Dieu comme Aaron^. » En effet, « comment les prédicateurs prêcheront-ils s'ils ne sont envoyés 3? » Or c'est être envoyé que d'être destiné de Dieu à cette sainte œuvre; mais ce n'est pas assez que l'œuvre même soit de sa nature sainte et pieuse, il faut encore que l'on ait des forces proportionnées à la pesanteur de la charge, c'est-à-dire qu'on soit revêtu des vertus dont il a été parlé un peu auparavant.

On entre encore sûrement dans le travail de la prédication par l'obéissance, qui ne forme; ni choix ni discernement sur rien, le propre de cette vertu étant, non d'examiner ce qu'on nous commande, mais de l'exécuter avec une exacte fidélité ;| toutefois cette porte même n'est pas encore si assurée, que l'on y puisse dormir fort en repos ; car Saûl ne se chargea du soin du royaume d'Israël, que par l'ordre du Seigneur même, et qu'après s'être caché pour l'éviter ; et nous voyons cependant qu'il a malheureusement fait naufrage dans le port même de l'obéissance. 11 y en a aussi plusieurs qui entrent de môme dans ce saint emploi par l'ordre de leurs supérieurs, et qui, s'en faisant ensuite un sujet de vaine présomption, ne s'étudient plus qu'à s'attirer l'estime et les applaudissements du peuple ; en sorte « qu'ayant commencé par l'esprit, ils

circumspicimus, soli ha,bemus aquas quas iu plateis dividiuius, ut nobis in eis alieni participes uou sint... Aquas ergô et iu plaleis dividll, et solus habet, qui per hoc quôd muUis prsedicat, se in cogitalioue temporalis alorife non exaltât. Tune enim possidet homo quod docet, quaudô se non gaudet innotescerc, sed prodcsse. S. Greg., in Ezech., lib. I, hom. xii, n. 12.

1 Qui non intrat per ostium iu ovile ovium, sed ascendit aliundè, ille fur est et latro. Joan., x, 1.

2 Nec quisquam sumit sibi houorem, sed qui vocatur à Deo, lanquàm Aarou. Ep. ad Hebr., v, 4.

3 Quomodô praedicabunt, nisi mittantur? Ep. ad Rom., x, 15.

o3fi RHÉTORIQUE ECCLESIASTIQUE.

finissent par la chair ', »/Au reste, ce serait un sujet inépuisable (le douleurs et de plaintes, si j'entreprenais d'exposer ici, dans un discours, en combien d'occasions et de manières toutes difTérentes on pèche en cette matière, dans quel danger d'offenser Dieu la plupart des prédicateurs sont exposés, et combien ils sont souvent trompés par l'apparente bonté de l'œuvre même qu'ils exercent; c'est pourquoi j'ai cru qu'il y avait plus de prudence et de sagesse à le passer sous silence, qu'à n'en parler que légèrement et avec sécheresse.

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