LIVRE VI, CHAPITRE XIV. 5f
thématiques, dans la musique et la poésie, et dans tous les autres arts même les plus nobles, comme la guerre et la politique, mais qu'il s'en est peu trouvé qui aient réussi dans l'éloquence. « Rome, dit-il, a beaucoup moins produit de grands orateurs, qu'elle n'a produit de grands capitaines et d'excellents politiques ; combien n'y en avons-nous pas vus de notre temps ! il y en avait encore davantage du temps de nos pères, tandis que plusieurs siècles se sont écoulés sans produire un bon orateur, et qu'on en trouve à peine un supportable par génération ' . »
Il en rejette ensuite la cause sur la multiplicité des talents et des qualités qu'il faut posséder pour réussir heureusement dans l'art oratoire; et il compte expressément(entre ces talents celui de la prononciation et de l'action, qui doit répondre à la voix, et qui règle les mouvements du corps, de la main et du visage :) « Cette seule partie, dit-il, renferme en elle-même d'extrêmes difficultés ; et l'art frivole du comédien peut nous en donner une idée :iles acteurs passent leur vie à former leur voix, à composer leurs traits et leurs gestes; et cependant combien il en est peu dont nous soyons satisfaits! »')
Il est aisé maintenant de comprendre qu'il y a bien des choses requises dans un orateur chrétien, pour qu'il remplisse parfaitement son ministère, et que, s'il lui en manque quelqu'une, il ne peut avoir qu'une éloquence imparfaite ; puisque, si l'instrument et l'organe fout défaut, il lui est complètement impossible de faire arriver jusqu'aux oreilles de ses auditeurs le fond de sa pensée, le sens de ses paroles.
1 Dialog. de Omt.,Yih. 1.