CONCLUSION
Voilà ce que j'avais à dire de l'éloquence nécessaire aux prédicateurs, pour prêcher utilement l'Évangile. J'y aurais peut-être ajouté plusieurs choses qui me sont encore venues dans l'esprit, si mes autres occupations ne m'en avaient empêché; mais, outre qu'il ne serait pas possible d'épuiser cette matière, il me semble que ce que j'en ai dit dans ce traité doit suffire au prédicateur studieux, pour trouver lui-même parfaitement tout le reste; car c'est avec beaucoup de vérité qu'il est dit dans les Proverbes : « Donnez une occasion au sage, et il en deviendra encore plus sage *. » 'i
J'apprends aussi que d'excellents hommes de ce temps ont mis au jour de beaux ouvrages sur la manière de prêcher, et quoiqu'ils ne soient pas encore venus jusqu'à moi, je conseille à ceux qui pourront se les procurer de les lire exactement, parce que c'est par là que' ce divin talent de faire entrer la science du salut dans le cœur des fidèlesj étant augmenté et fortifié par le travail, par les recherches et par les heureuses inventions de plusieurs, se trouvera enfin porté au comble de la perfection.
Que les recherches de plusieurs soient nécessaires pour réussir dans l'emploi de la prédication, c'est ce que fait assez voir l'excellence de l'emploi même et son extrême importance, qui est telle, que vous ne sauriez bien juger en quoi elle consiste plus particulièrement, ou dans la grandeur du fruit et de l'utilité qui en revient, ou dans la grandeur des peines et des difficultés qui s'y rencontrent.
C'est ce que nous montre encore évidemment la rareté des bons prédicateurs^ qui a été grande dans tous les siècles, et ils ne sont pas aujourd'hui moins rares que l'étaient anciennement les bons orateurs ; car Cicéron même, ce grand maître de l'éloquence, remarque expressément que Rome seule a produit une infinité de grands hommes qui ont excellé dans la philosophie, dans les ma-
1 Da sapienti occasionem, et addetur ei snpienlia. Prov., ix, 9.