‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 72 sur 347 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De ia collecliou.

De toutes les sortes de raisonnement, la plus complète est la collection, parce qu'elle (donne tout ensemble et la matière et l'ordre de la preuve. C'est pourquoi il semble, et c'est mon sentiment, que cette sorte de raisonnement ne regarde pas tant l'élocution que l'invention et la disposition, comme la chose le fait assez voir par elle-même ; ' car le rai^onnement oratoire est composé de cinq parties, savoir : de la proposition, de la preuve, de la confirmation de la preuve, de l'ornement et de la conclusion.

La proposition expose et fait voir, en peu de paroles, ce que j c'est que l'on veut prouver. \

La preuve est la cause ou le principe dont on se sert, pour mon- | trer que ce qu'on a proposé sommairement est véritable. j

La conlh'mation de la preuve se compose de plusieurs argu- ' ments qui l'appuient et la fortilient.

L'ornement , qui consiste dans les figures de sens et de paroles, dans les expressions choisies, dans les liaisons et dans les tours

' Osorio, lib. I de Supient.

délicats et agréables, sert à relever et embellir les choses, et à donner plus d'éclat et de poids aux preuves dont le raisonnement est appuyé.

La conclusion, ou le résultat, est ce qui finit le raisonnement, en rassemblant toutes ses parties en peu de paroles.

On voit, par le détail de cette division , ce que le raisonnement oratoire a de plus que le raisonnement philosophique. Car le dialecticien n'emploie dans ses arguments que la proposition, la preuve et la conclusion ; c'est dans ces trois parties seules qu'il en renferme toute la force, bien quïl y joigne quelquefois des confirmations, et surtout de celles qui se tirent du lieu des autorités. Mais l'orateur insiste principalement par des confirmations de preuves qui font la force d'un raisoimement, et par des ornements qui en font l'élégance et la beauté.

Ce serait ici le lieu de traiter chacune de ces cinq parties en particulier. Mais parce que les deux premières, qui sont la proposition et la preuve, appartiennent principalement à la dialectique, nous n'en dirons rien de plus à présent.jQuant aux autres, qui regardent ce que l'orateur a de plus que le dialecticien , et le prédicateur de plus que l'orateur, comme elles sont propres et particulières à notre dessein, nous en parlerons un peu plus à fond et avec plus d'étendue.

De II confirmation de l'argument.

■ Cette troisième partie de l'argument oraton^e, qui sert a en établir et forlifier la preuve , se tire particulièrement des lieux, que les dialecticiens appellent extérieurs; car ils en établissent de trois sortes, savoir : les intérieurs, qui se prennent de la nature et de la substance de la chose ou du sujet même ; les extérieurs qui se tirent d'ailleurs, et se trouvent hors du sujet; et les mixtes ou moyens, qui se trouvent partie hors de la chose , partie dans ellemême. Les raisons ou principes se tirent le plus souvent des lieux intérieurs et des mixtes, c'est-à-dire du sujet même entièrement, ou en partie du sujet et en partie du dehors, i Mais les confirmations se prennent particulièrement des lieux

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