‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 73 sur 347 · LIVRE IL CHAPITRE X, § IL H · texte numérisé non relu

LIVRE IL CHAPITRE X, § IL H

extérieurs, comme des ressemblances ou des différences; des proportions du moindre au plus grand, du plus grand au moindre, de l'égal à l'égal, des convenances et des répugnances, des exemples et des divers témoignages de différents auteurs. Pour qu'il y ait de l'érudition et de la solidité dans un discours, il faut avoir soin de l'appuyer et de l'enrichir par ces sortes de lieux autant qu'on en est capable. Car la principale différence entre les prédications savantes, et celles qui ne le sont pas, est que celles-ci ne sont remplies que de propositions et de raisons que chacun trouve facilement, et que les autres sont soutenues et appuyées par des preuves et des sentences choisies de l'Écriture et des saints Pères. Il faut, comme il a été dit plus haut, qu'un prédicateur s'applique à s'en faire une riche et abondante provision par une lecture et une étude continuelle, et à les rédiger en heux communs, en sorte qu'il les ait toujours prêts et comme sous la main, dans toutes les occasions qui se présentent. Pour moi j'estime extrêmement ces sortes de lieux particuliers , et je trouve qu'ils sont sans comparaison plus nécessaires et plus propres au prédicateur que tous ces autres Ueux universels qu'on appelle topiques; car ceux-ci ont une trop vaste étendue, pour pouvoir aisément fournir ce qui est propre et convenable à notre sujet; mais ces autres touchent de beaucoup plus près la chose même.

De l'ornement.

Nous avons dit que la quatrième partie de l'argument oratoire, c'est l'ornement, que d'autres appellent aussi embeUissement. L'un et l'autre de ces noms lui sont justement donnés, parce qu'elle orne et embellit le discours par des figures de sens et de diction, comme par autant de pierres précieuses , et que, c'est en elle particulièrement que paraît la force de l'art et de l'esprit de l'orateur): car pour l'élocution ou la diction des autres parties, elle dépend de la prudence de chacun ; mais l'ornement ne peut venir que d'un orateur vraiment disert et éloquent.

H4 RHÉTORigUE ECCLÉSIASTIQUE.

Cette partie du raisonnement oratoire a lieu principalement quand la confirmation, ou même la proposition, renferme en soi quelque force de sentiment ou de pensée cachée, qui ne peut s'exprimer ni se faire entendre en peu de paroles ; car c'est alors que l'orateur sage et prudent , qui a su découvrir et pénétrer, par l'adresse et par la vivacité de son esprit, tout ce qu'il y a de force et de grâce dans chacune de ces parties, l'éclaircit, l'expose et le met pour ainsi dire devant les yeux de ses auditeurs. On en trouve une infinité d'exemples dans les Pères et les saints Docteurs de l'Église ; j'ai cru devoir en insérer ici quelques-uns, afin de rendre la chose plus claire fit plus intelligible.

- Un ancien auteur, dont les sermons ont été imprimés sous le nom d'Eusèbe, évêque d'Émèse *, parlant du meurtre des saints Innocents, propose d'abord le fait en cette manière : « Ces enfants si petits et si tendres sont égorgés pour Jésus-Christ : l'innocence meurt pour la justice; » puis il donne à cette proposition son ornement: « Qu'ils sont heureux, dit-il, d'être trouvés dignes de souffrir la mort pour Jésus-Christ, dans un âge où ils ne peuvent pas encore prononcer son adorable nom. A peine sont-ils susceptibles de plaies, qu'ils sont appelés à la gloire du martyre. Que ces petits innocents sont heureusement nés^ puisque, dès leur entrée en ce monde, ils rencontrent la vie éternelle qui vient au-devant d'eux ! Il est vrai qu'ils n'ont pas plutôt commencé de voir la lumière, qu'elle s'éteint pour eux ; mais la fin de leur vie est le commencement d'une éternelle félicité. A peine ont-ils goûté la vie présente , qu'ils passent à la vie future ; et ils ne sont presque pas encore entrés dans le berceau de l'enfance, qu'ils se trouvent avoir heureusement fourni leur carrière, remporté le prix et gagné les couronnes. On les arrache, à la vérité, du sein de leurs mères, mais c'est pour les placer dans le sein des anges -. »

* Notre auteur dit : Eusèbe, évoque d'Emèse; mais il se trompe. Oa convient aujourd'hui que la plupart des homélies qu'on lui avait attribuées ont été composées par des évèques français dans les premiers temps de l'Eglise gallicane. On croit que plusieurs sont de saint Patient, évêque de Lyon. Diction, de Feller, article Eusèbe Einissène.

* Occiduntur pro Cliristo parvuli; pro justitià moritur innocentia. Quàm heata «etas ! uecdùm Clnistum polest eloqui, et jàm pro Ghristo meretur interfici .-

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