‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 83 sur 347 · LIVRE II, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XII

l'opprimé, faites justice à l'orphelin, défendez la veuve, et après cela venez et soutenez votre cause contre moi *. » Jésus-Christ notre divin Maître en use de même dans l'Évangile. Après avoir prédit beaucoup de choses touchant le jour terrible du dernier jugement, il en tire des instructions salutaires qu'il nous donne par ces paroles : « Prenez donc garde à vous , de peur que vos cœurs ne s'appesantissent par l'excès des viandes et du vin et par les inquiétudes de cette vie, et que ce jour ne vienne tout d'un coup vous surprendre; car il enveloppera comme un filet tous ceux qui habitent sur la face de la terre. Veillez donc en priant toujours, afm que vous soyez rendus dignes d'éviter tous ces maux qui arriveront , et de comparaître avec confiance devant le Fils de l'homme -. » Le Prophète royal fait encore la même chose, lorsque, après avoir exposé la puissance et la justice souveraine de Jésus-Christ, qui devait réduire toute la terre sous son empire, il fait aussitôt de cette vérité une instruction pour le règlement de la vie, en disant : «Et vous maintenant, ô rois, ouvrez votre cœur à l'intelligence; recevez les instructions de la vérité, vous qui jugez la terre. Servez le Seigneur dans la crainte, et réjouissez-vous en lui avec tremblement. Embrassez la pureté de la discipline, de peur qu'enfin le Seigneur ne se mette en colère, et que vous ne périssiez hors de la voie de la justice ^. »

Saint Grégoire le Grand expliquant cet endroit du bienheureux Job : « Si j'ai mangé les fruits de la terre sans les payer, » en a renfermé la proposition, l'ornement et l'application dans ce peu de paroles : « C'est manger les fruits de la terre sans les payer,

' Lavamini, mundi estote, auferte naalum cogitatiouum veslrarura ab oculia meis, qiiiescite agere perverse, discite benefacere, queerite judicium, subveûile oppresso, judicate pupillo, defendite viduain; et veuile, et arguite me, dicit Dominus. /■*., I, 16.

2 Attendue autem vobis ne forte graventiir corda vestra lu crapulà, et ebrietate, et curis hujus "vitse, et superveniat in vos repentina dies illa; tanquàm laqueus eniui superveniet in omnes qui sedent super faciem omnis terrae. Vigilate itaque omui tempore orautes ut digui haboamini fugere ista ouiuia quae futura sunt et stare aotc Filiuni bomini?. Luc, xxi, 34.

^ Et uunc, reges, intelligitc ; erudimini, qui judicatis terram. Servite Domino in timoré, et exultate ei cum tremore. Apprehendite discipliuam, nequandô irascatur Domiuus, et pereatis de via justà. Px. u, 10.

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que de recevoir les revenus de l'Église, sans lui en fournir le prix par le travail de la prédication. Ainsi celui-là mange les fruits de la terre sans les payer, qui applique à sa subsistance les biens ecclésiastiques, sans exercer envers le peuple fidèle le ministère dont il lui est redevable. Que dirons-nous à cela, nous autres pasteurs, qui précédant la venue du souverain Juge, avons reçu l'oftlce de précurseurs, et cependant demeurons muets en mangeant les revenus que nous fournit la libéralité de l'Église ' ? »

On trouve cette application un peu courte. Dans un sermon, nous avons traité avec plus d'étendue cette parole de saint Jean : « Il disait ceci pour le tenter -. » Après avoir montré que Dieu permet les tentations pour plusieurs raisons, et surtout afui que les hommes connaissent par ces épreuves quelle est la force, la fermeté de leur vertu, ou plutôt quelle est leur faiblesse et leur infirmité, nous avons passé au détail et conclu de cette sorte : « La parfaite et véritable vertu est celle qui, exposée à l'épreuve de la tentation, ne se laisse point abattre; qui, assaillie de tous côtés, demeure invincible contre toutes sortes d'attaques ; qui ne sait ce que c'est ni de s'é. lever dans la prospérité la plus riante, ni de se décourager dans la plus pressante adversité ; et qui enfin a jeté de si fortes et si profondes racines dansl'àme, que comme le feu agité d'un vent impétueux, bien loin de s'éteindre, en devient plus ardent et plus enflammé : ainsi quelque diversement battue et agitée qu'elle soit, bien loin d'être vaincue et de succomber, les plus rudes coups, comme dit élégamment un sage, ne font que renouveler et qu'affermir de plus en plus sa vigueur. De là il est aisé de conjecturer quelle est la vraie ou la fausse vertu, la vertu solide et consommée, ou la vertu apparente et imparfaite. Ainsi une femme à qui personne n'a jamais rien demandé contre l'honneur de la chasteté, n'est pas

' Fruclus lerrœ absque pecuiiià couiedere , est ex Ecclesià quideiu sumptus accipere, sed eidem EccleaifB prœdicaliouis pretium uou praebere. TeiTce i^itur fructiiâ absque pecuii à comedit, qui ccclesiaslica coiumoda ad usum corporis percipit, sed exhortatioiiis ministerium populo iiou impendit. Quid ad htec nos pastores dicimus, qui adventum districti judicis praecurreutes, officium quidam pracconis suscepimus, sed alimenta ecclesiastica muti manducamus? Moral , in Job, lib. XXII, cap. xxn.

* Hoc antem dicebat (Jésus) tenlans eum. Joan., vi, 6.

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