‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 84 sur 347 · LIVRE II. CHAPITRE XII. i · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE XII. i

parfaitement chaste pour l'avoir gardée ; mais c'est celle qui ayant été tentée, pressée et sollicitée en diverses manières, l'a conservée entière et inviolable contre tous les attraits et les efforts de la tentation. L'homme parfaitement doux n'est pas celui qui ne se met point en colère quand personne ne l'ofTense, mais celui qui insulté par des outrages et des injures, ne répond rien de dur ni de fâcheux. Ce n'est pas celui qui ne désire point les honneurs, qui est parfaitement humble; mais c'est celui à qui on les ravit, et qui les perd sans en concevoir de lïndignation contre personne. Celui qui a une parfaite patience, ce n'est pas celui qui ne se plaint de rien, quand tout lui réussit à souliait ; mais c'est celui qui, au milieu des afflictions et dans le fort des souffrances, peut dire avec le saint Prophète : « Vous avez mis mon cœur à l'épreuve, et vous l'avez visité durant la nuit ; vous m'avez examiné en m'éprouvant par le feu des afflictions, et l'iniquité ne s'est point trouvée en moi ', etc. » On n'est pas parfaitement obéissant pour ne pas pécher contre l'obéissance; mais on l'est quand on suit en toute chose la volonté et le jugement d'autrui, malgré toute la répugnance de sa propre volonté et de son propre jugement "-. » On voit par cet exemple combien il est avantageux de descendre dans ce détail particulier, pour rendre plus claires et plus utiles à chacun les vérités que l'on prêche ; car par ce moyen ceux qui les entendent savent sonder le fond de leur cœur, et juger quels sentiments ils doivent avoir d'eux-mêmes.

[ Le prédicateur doit descendre ainsi dans le détail des choses, non- seulement lorsqu'il a rapporté ses preuves et achevé son raisonnement, mais souvent aussi dans les autres endroits de son discours et dans toutes les occasions qui se présentent d'en tirer des instructions particulières ;] car quiconque veut travailler sincèrement et du fond du cœur à se rendre utile aux autres par la prédication, doit suivre principalement cette manière d'enseigner les vérités du salut. C'est pour cela que saint Paul, l'apôtre et le docteur des nations, propose et recommande aux fidèles tant de

1 Probasli cor meum , et visitasli nocte ; igné me esamiuasli, et non est inventa in me iniquitas. Ps. xvi, 4.

- Concio IV, in dominicâ 4 Quadrag,

devoirs particuliers dans ses É pitres. Combien n'en a-t-il pas accumulé dans le seul chapitre xn de son É pitre aux Romains, où il dit d'abord : « Je vous conjure donc, mes frères, par la miséricorde de Dieu, de lui offrir vos corps comme une hostie vivante, sainte et agréable à ses yeux, pour lui rendre un culte raisonnable et spirituel ; ne vous conformez point au siècle présent, . . ' , » et le reste qui suit jusqu'à la fin. Et cet homme tout divin, sans aucun secours de l'éloquence humaine, traite néanmoins si éloquemment toutes ces instructions particulières qu'il donne à chacun, il les relève par l'éclat et l'ornement de tant de brillantes figures, qu'il semble qu'on ne pouvait rien dire avec une plus abondante variété. Mais pour ne pas nous borner aux seuls exemples de l'Écriture sainte, j'en ajouterai ici deux autres tirés d'une homélie d'un ancien évêque -, qui, exphquant l'endroit de l'Évangile où il est dit quelles Mages s'en retournèrent en leur pays par un autre chemin, '\^ l'applique et l'adapte ainsi aux actions et à la conduite particuUère de chacun : « Nous devons penser, dit-il, que le retour des Mages en leur pays par un autre chemin , nous marque un devoir fort important pour l'affaire de notre salut ; car que devons-nous entendre par ce changement de chemin, sinon le changement de vie ' qui doit se faire en nous? Ainsi nous changeons de chemin et marchons véritablement dans d'autres, voies lorsque, dépouillant le vieil homme avec ses œuvres, nous nous revêtons du nouveau; lorsque mettant sous nos pieds tout ce qui peut nous enfler, nous embrassons l'humilité ; lorsqu'éloignant de notre esprit tout mouvement de colère, nous nous établissons solidement dans l'exercice de la patience.; lorsque nous condamnons les inclinations de la nature corrompue, nos mauvaises habitudes, et tous les plaisirs criminels que nous recherchions auparavant; enfin nous passons de l'égarement dans le bon chemin, quand nous foulons aux pieds tous nos désirs terrestres par un sincère amour de la continence et de la pauvreté, quand nous éteignons en nous le feu des passions impures,

' Obsecro itaque vos, fratres, per misericordiam Dei, ut exhibeatis corpora vesira hosliam viventem, sanctauj, Deo placentem, rationabile obsequium vestrum; et nolite conformari huic saeculo.

ï Voyez ci-desous, la note de la page 114.

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