LIVRE II, CHAPITRE XIII
ribles les péchés que nous commettons directement contre notre Père céleste, que nous sommes obligés d'aimer sur toutes choses, en qui nous devons mettre toute notre espérance et toute notre félicité, dont nous devons honorer et glorifier le saint nom par une humble et fidèle obéissance et par de continuelles actions de grâces, pour les dons et les bienfaits inestimables que nous avons reçus de sa miséricorde, et que nous devons toujours avoir dans la bouche, dans le cœur et dans la pensée le jour et la nuit! Mais que l'on voit aujourd'hui un grand éloignement de l'observation de tous ces devoirs dans la plupart des chrétiens, qui, selon l'expression de l'Apôtre, semblent « vivre comme étant sans Dieu en ce monde * ! » ■
Que le prédicateur pense donc que la plupart de ceux qui l'entendent sont frappés de ces diverses maladies, qui aboutissent toutes à la mort, et à la mort étemelle; et que, dans cette vue, il reconnaisse qu'il n'y a rien de plus indigne d'un ministre de la parole divine, appelé pour guérir des maux si dangereux, que de s'amuser en quelque sorte à faire la chasse aux mouches qui volent dans l'air, lorsqu'il s'agit d'appliquer les remèdes célestes à des maladies si multipliées.
Et comme il est de la piTidence d'un habile médecin, non-seulement de traiter avec soin les malades, mais aussi de donner à ceux qui jouissent de la santé des règles et des ordonnances pour la leur conserver, le prédicateur se fera un devoir d'imiter le médecin , d'autant plus que, pour la parfaite justice, il faut, non-seulement éviter le mal, mais faire le bien. Il doit donc, et détourner du mal, et porter aux bonnes œuvres , c'est-à-dire à tous les devoirs de vertu . puisqu'on ne peut bien surmonter les vices que par des actions contraires; mais il aura soin pour cela d'exciter surtout à celles qui sont non-seulement excellentes en elles-mêmes, mais encore d'un grand secours pour l'acquisition des autres. Les premières et les principales en ce genre , c'est l'assiduité à la prière , la méditation journahère sur le mystère de la passion et de la mort de notre Sauveur, et sur les autres inestimables bienfaits de notre
* Qui eratis... sine Deo in hoc mundo. Eph., ii, 12.
rédemption ; le fréquent usage des sacrements ; la lecture des livres de piété ; l'application constante à se mortifier, c'est-à-dire à châtier sa chair, à réprimer ses désirs, à veiller à la garde de son cœur, à régler ses sens extérieurs, et principalement ses yeux et sa langue, à pratiquer toutes les œuvres de miséricorde, soit corporelles, soit spirituelles, que la charité veut que l'on exerce envers le prochain.
Enfin le prédicateur évangélique doit, à l'exemple de l'apôtre saint Paul, « se faire tout à tous pour les sauver tous '. » Il doit effrayer les uns par les menaces, inspirer la confiance à d'autres, et consoler particulièrement ceux qui sont dans la misère et dans la souffrance. Et puisque, comme dit le même Apôtre, « tout ce qui est écrit, est écrit pour notre instruction, afin que nous concevions une espérance ferme par la patience et par la consolation que les Écritures nous donnent -, » il faut que celui qui dispense cette divine parole, affermisse de plus en plus ceux qui sont debout et fermes dans la foi et la piété ; qu'il relève ceux qui sont tombés ; qu'il encourage et fortifie les faibles ; qu'il anime et qu'il pique de l'éperon, pour ainsi dire, ceux qui courent dans la carrière de la vie spirituelle ; qu'il étonne par la terreur des jugements de Dieu ceux qui sont endurcis dans leurs crimes; en un mot, il faut qu'il adapte si bien tout son discours aux divers états et aux différents devoirs de toutes sortes de professions , que chacun y trouve les remèdes convenables et proportionnés à sa condition.
C'est ce que saint Paul avait coutume de faire à la fin de ses É pitres, où nous voyons qu'il ne donne pas seulement des préceptes pour vivre chrétiennement dans toutes sortes de conditions, mais qu'il prescrit en particulier aux maîtres et aux serviteurs, aux pères et aux mères , aux enfants, aux maris et aux femmes, aux veuves, aux riches et aux puissants du siècle, ce que doit faire chacun dans son état. C'est ainsi que saint Jean-Baptiste instruisait le peuple ^ ; et c'est ainsi que nous devons prêcher, si nous
' Omnibus oinnia factus sum, ut omnes facercm salvos. I Cor., ix, 22. ^ Quaecumque euim scripta ount, ad nosiram doctriuam sciipla sunt. ut per patientiam et consolationem Scriplurarum spem habeamus. Rom., xv, 4. 3 Luc, m, 10, etc.