‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 89 sur 347 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Des seuteuces et des épiphnnèmes. ornenieiils du discours.

On met ordinairement au nombre des ornements de l'élocution, les sentences et les épiphonèmes, qui sont des pensées ou des réflexions courtes en paroles, mais pleines de force et de sens, (qui se tirent des choses racontées ou prouvées, et s'expriment par admiration et avec gravité pour donner plus de poids et plus d'éclat à ce qu'on a déjà dit.) Cependant ceux qui affectent d'être courts négligent d'ordinaire cette sorte d'ornement, sans considérer combien ils ôtent par là, non-seulement à la grâce et à la beauté, mais encore à la vraie utilité de leurs discours.

Il me semble qu'il y a cette différence entre le prédicateur et l'avocat, que le dernier ne se sert que rarement de ces sortes d'ornements, parce qu'il ne doit pas donner aux hommes des préceptes de morale et de vertu, mais défendre les droits de son client; tandis que le premier, chargé de rappeler les peuples dans le chemin de la sainteté, ne peut jamais être blâmé du soin qu'il prend de présenter -des maximes de morale en termes propres à les graver profondément dans les esprits. Ce qui est si vrai, que c'est en cela principalement que consistent les explications des saints Évangiles; je veux dire, en ce que nous en tirons, suivant les diverses occasions qui se présentent, des sentences et des épiphonèmes pour la conversion et le règlement de la vie des hommes, en sorte que ces vérités confirmées et soutenues par divers témoi-

gnages des Écritures et des saints Pères, donnent à nos prédications beaucoup de force et d'énergie. On ne doit donc pas s'étonner si nous nous en servons plus souvent que les avocats , et si nous les mettons au nombre des préceptes et des règles de l'invention.

§ I- Des sentences.

Ce qu'on appelle sentence est proprement ime parole grave et pleine de sens, ayant pour objet et exprimant en peu de mots ce qui est ou ce qui doit être, ce qui se fait ou ce qui doit se faire dans la vie. En voici des exemples : « Il est difficile d'embrasser la vertu, quand on a toujours été ami de la fortune. » — « On est vraiment libre, quand on n'est asservi à aucune passion honteuse. » — et Celui qui n'a rien , et celui à qui rien ne peut suffire, sont tous les deux dans l'indigence. » — « Il faut suivre constamment l'austérité de la vie la plus parfaite, l'habitude la rendra douce et aisée. » Ces sortes de sentences simples font un très-bon effet, parce que les vérités exprimées en peu de mots frappent toujours agiTablement l'esprit , lorsqu'elles n'ont besoin d'aucune raison qui les prouve.

,( Mais on ne doit point non plus négliger celles qui se confirment par quelque raison qui leur est jointe, par exemple : « Ceux qui n'ont recherché l'amitié de quelqu'un que dans la vue de sa fortune, l'abandonnent au moment qu'elle vient à changer, parce que la cause de cette amitié étant détruite , il n'y a plus rien qui les attache à lui. » Ou bien : « La vertu seule est digne d'estime, parce que c'est la seule chose qui soit en notre puissance, et que toutes les autres sont assujetties à l'empire de la fortune. »

Il y a encore une autre sorte de sentences qui ont deux parties contraires^ dont chacune s'exprime, ou sans y joindre la raison , comme celle-ci : « C'est se tromper, lorsque dans la prospérité on se croit à couvert de tous les coups de la fortune, mais c'est penser sagement que de craindre ses revers dans la plus haute faveur; » ou avec la raison, en cette sorte : « C'est une erreur que de croire qu'on doive tout excuser dans les jeunes gens, puisque leur âge

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