‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 90 sur 347 · LIVRE II, CHAPITRE XIV, § I. Ul · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XIV, § I. Ul

ne les empêche point de se porter au bien ; mais on fait sagement quand on les châtie sans les épargner, afin qu'ils se portent de bonne heure aux vertus qui doivent être l'ornement de toute leur vie. »

SaloDion se sert très-souvent de ces sentences composées de deux choses contraires, qui se confirment l'une par l'autre , comme on peut le voir particulièrement dans le dixième chapitre de ses Proverbes, qui commence par celle-ci : (( Le fils qui est sago est la joie de son père ; le lils insensé est la tristesse de sa mère ' . »! Le chapitre onzième en est aussi tout rempli , et commence ainsi : « La balance trompeuse est en abomination devant le Seigneur ; le poids juste est selon sa volonté. La simplicité des justes les conduira heureusement; les tromperies des méchants seront leur ruine -, » et ainsi jusqu'à la fin.

On distingue plusieurs sortes de sentences. Les unes regardent seulement la personne , comme : « Un prince qui veut tout connaître doit aussi fermer les yeux sur beaucoup de choses ^ ; n les autres concernent la chose, comme : « Rien ne gagne tant les cœurs que la bonté '*. » Il y en a de simples, comme celle-ci : « Un avare ne manque pas moins de ce qu'il a que de ce qu'il n'a pas ^ ; » et cette autre, de saint Augustin sur le même sujet : « Les riches avares sont pauvres dans leur abondance ^ » Il y en a qui sont exprimées par des figures, comme : « Est-ce un si grand malheur que de mourir ■'? » ce qui est plus fort et plus vif que si l'on disait simplement : « Ce n'est point un malheur de mourir; » et celle-ci : « Celui qui peut sauver un homme peut le perdre, » a bien plus de grâce et de force étant en style figuré , comme dans ce vers de la Médée d'Ovide :

Moi qui t'ai pu sauver, je ne pourrai te perdre *! \

* Filius sapiens laetificat patrem ; filins verô stultus mœstitia est matris suœ.

2 Statera dolosa abominalio estapud Deum; et pondus œquum, voluntas cjua. Simplicitas justorum dirigeteos; et supplautatio perversorura vastabit illos.

3 Princeps qui Tult omnia scire, necesse babet multa ignoscere. Quintil., de Inst. orat,, 1. VllI, cap. V.

'* Nihil est tàm populare quàm bonitas. Ibid.

5 Tarn deest avaro quod habet, quàm quod non babet. Ibid.

6 Divites plus egent quandô plus habent. ■^ Usque adeô ne mori miserum est?

8 Servare potui : perdere au possim rogas!

(il y a aussi des sentences qu'on appelle en latin universelles [catholicœ] , qui sont communément goûtées de tout le monde , comme : « L'envie est elle-même son supplice ' ; » — « La colère est une folie passagère -. » )

[ On en remarque encore d'une autre sorte, qui consistent en des épithètes appliquées aux choses avec justesse, comme quand on dit que la jeunesse est légère et imprudente; que la vieillesse est chagrine et difficile ;'ique la volupté est l'appas des vices; (que l'amour est aveugle, ou, comme dit un poëte latin, « un feu secret qui dévore le cœur -^ ; » ou , comme l'explique un autre, « un feu qui s'embrase d'autant plus, qu'il est caché au dedans^; «"jque l'histoire est la vie des choses passées, et la règle de la nôtre ; que la comédie est le miroir de la vie humaine.

Qui veut orner ses discours de ces sortes de sentences doit avoir soin d'examiner avec une prudente attention la nature des choses, et d'exposer ensuite en peu de mots ce qu'il y découvrira de propre et d'avantageux pour régler les mœurs et la conduite de chacun; car, comme nous l'avons déjà dit, toute sentence doit exprimer d'une manière courte et abrégée ce qui est, ou ce qui doit être dans la vie. Elles naissent et se tirent quelquefois des choses mêmes que nous disons, et quelquefois aussi elles sont employées dans nos discours comme preuves. Cela se voit clairement dans (une homélie du grand saint Grégoire, où, faisant remarquer le reproche que les pharisiens faisaient à notre Sauveur, de ce qu'il recevait les pécheurs et mangeait avec eux , il dit : « Nous concluons de là que le propre de la vraie justice est d'être portée à la compassion , et que la fausse justice n'a que du dédain pour les pécheurs \ » On peut quelquefois d'une seule raison, tirer plusieurs sentences. C'est ce que fait Sénèque dans une lettre de consolation qu'il adresse à Polibius sur la mort de son frère : « Soulenez-vous, dit-il, contre la douleur, en pensant que Dieu ne vous a point fait d'injustice en vous enlevant votre frère ; mais que c'est un

' Invidia ipsa sui suppliciutn est.

2 Ira, brevis ad tempus stultilia.

3 Et caeco carpitur igui. Virgil.

* Tectus inagis œstuat ignis. Ovid.

•s Ex quà re colligite, quia vera justilia corapassioneiii habet, falsa justitia dediguationem. S. Greg., tom. I; p. 1600. Hoiu, in cap. xv Luc.

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