‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 2)Chapitre 41 sur 49 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Comme une hache au cœur, ce souvenir dé femme !

Lorsque après cette fin que je n'avais pu voir. J'eus accompli pour lui le funèbre devoir , De tout ce qu'il laissait me faisant ma famille, Je voulus emmener Marthe, la pauvre fille ! Elle me répondit, en me montrant du doigt L'arbuste enraciné dans les fentes du toit :

c A ces murs, comme lui, ma vie a pris racines; a On me laissera bien vieillir sous ces ruines, a Qu'est-ce qui soignerait le chien abandonné? a On m'y rapportera le pain que j'ai donné ! » Je sifflai vainement le chien du pauvre prêtre; U s'émut à la voix de l'ami de son maître, Mais flairant le sentier qui menait au cercueil. Sans faire un pas plus loin, il me suivit de l'œil ; Les oiseaux affranchis revinrent à leur cage; Et je n'emportai rien de son cher héritage.

Que son saint crucifix de buis et de laiton.

Ces feuillets déchirés, sa bible et son bâton.

Depuis ce jour, au mois où l'on coupe les seigles, Je monte tous les ans la montagne des Aigles, Et, de mon pauvre ami le récit à la main.

De la grotte, en lisant, je refais le chemin ; Du drame de ses jours j'explore le théâtre.

Et j'y trouve souvent son vieil ami le pâtre. Qui, laissant ruminer à l'ombre son troupeau. Rêve des deux amans, assis sur leur tombeau ; Car, malgré le mystère et malgré la distance,

356 JOGELYN,

Jocelyn dort aussi près du corps de Laurence. Lorsque daos la montagne on sut par mes discours Jje secret divulgué de ces saintes amours, Ses pauvres paroissiens, par pitié pour son âme, Rapportèrent sa cendre au tombeau de la daine^ £t depuis sept printemps ils sont couchés tous trois Aux lieux qu'ils ont aimés, et sous la même croix. Souvent, des jours entiers, j'y rêve ou j'y médite. Car on aime ce sol qu'une dépouille habite, Comme on aime à s'asseoir sur le banc de gazon, Où, loi*sque le soleil a quitté l'horizon, Ija brume du couchant que l'heure en paix déplie, Vous enveloppe d'ombre et de mélancolie.

Mais où le rayon mort, qui voile sa splendeur, Laisse longtemps sur Therbe un reste de tiédeur!

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