ÉPILOGUE
Je reviens sur sa vie, et j'ai peine à comprendre Comment il a vécu comme un autre ses jours, Après avoir noyé tant d'âme dans leur cours?
J'aurais cru qu'une mort précoce et volontaire Aurait déraciné cet homme de la terre, Ou que son front, chargé de mystère et d'ennui, Aurait jeté toujours une ombre devant lui !
Il n'en Tut pas ainsi, j'en bénis Dieu ; sa vie, Quoique troublée au fond, ne parut point tarie ; Elle continua de couler doucement, Sans devancer jamais sa pente d'un moment.
Et sans rendre son eau plus trouble ou plus amère Pour celui qui regarde ou qui s'y désaltère ; La douleur qu'elle roule était tombée au fond ; Je ne soupçonnais pas même un lit si profond : Nul signe de fatigue ou d'une âme blessée Ne trahissait en lui la mort de la pensée ; Son front, quoique un peu grave, était toujours serein; On n'y pouvait rêver la trace d'un chagrin Qu'au pli que la douleur laisse dans le sourire, A la compassion plus tendre qu'il respire, Au timbre de sa voix ferme dans sa langueur.
Qui répondait si juste aux fêlures du cœur.
Il se fit de la vie une plus mâle idée :
Sa douleur d'un seul trait ne l'avait pas vidée ; Mais, adorant de Dieu le sévère dessein, Il sut la porter pleine et pure dans son sein , Et ne se hâtant pas de la répandre toute.
Sa résignation l'épancha goutte à goutte, rv. »
3» JOCELYIt.
Selon la circonstance et It besoin d'autrai, Pour tout vivifier sur terre autour dé liri !
S'il poursuivit ainsi son chemin jusqu'au terme. C'est qu'en ses saintes mains le bâton était ferme; C'est que sa tendre foi, qui n'était plus qu'espoir, Dorait le but d'avance et le lui faisait voir : T/heure dont on est sur de tant de confiance S'attend sans amertume et sans impatience; Dans les chemins connus on marche à petits pas ; Et quand on sait le terme, on est moins vite las.
Et puis les demi-cœurs et les faibles natures Meurent du premier coup et des moindres blessure^; Mais les âmes que Dieu fit d'un acier plus fort, De l'ardeur du combat vivent jusqu'à la mort ; De leur sein déchiré leur sang eh vain ruisselle. Plus il en a coulé^ plus il s'en renouvelle.
Et souvent leur blessure est la source de pleurs D'où le baume et l'encens distillent mieux qu'ailleurs!
J'ai trouvé quelquefois, parmi les plus beaux arbres De ces monts, où le bois est dur comme les marbrés. De grands chênes blessés, mais où les bûcherons. Vaincus, avaient laissé leur hache dans les troncs : Le chêne dans soti nœUd la retenant de force, Et recouvrant le fer de ton bouiiet d'écorce, Grandissait, élevant vers le ciel) dans son cœur, L'instrument de sa mort, dont il vivait vainqueur! C'est ainsi que ce Juste élevait dans son àme^