DES DEVOIRS CIVILS DU CURÉ
téme ont réuni les amis du pauvre , le curé peut-il s'asseoir un moment à la table du laboureur et manger le pain noir avec lui ; le reste de sa vie doit se passer à Tautel, au milieu des enfans auxquels il apprend à balbutier le catéchisme, ce code vulgaire de la plus haute philosophie, cet alphabet d'une sagesse divine. Dans les études sérieuses parmi les livres , société morte du solitaire , le soir , quand le marguillier a pris les clés de l'église, quand XAnge-lus a tinté dans le clocher du hameau, on peut voir quelquefois le curé , son bréviaire à la main , soit sous les pommiers de son verger, soit dans les sentiers élevés de la montagne, respirer l'air suave et religieux des champs et le repos acheté du jour , tantôt s'arrêter pour lire un verset des poésies sacrées, tantôt regarderie ciel ou l'horizon de sa vallée, et redescendre à pas lents dans la sainte et délicieuse contemplation de la nature et de son auteur.
Voilà sa vie et ses plaisirs; ses cheveux blanchis* sent , ses mains tremblent en élevant le calice, sa voix cassée ne remplit p^us le sanctuaire, mais retentit encore dans le cœur de son troupeau; il meurt ; une pierre sans nom marque sa place au cimetière, près de la porte de son église. Voilà une vie écoulée ! voilà un homme oublié à jamais ! Mais cet homme est allé se reposer dans l'éternité, où son âme vivait d'avance, et il a fait ici-bas ce qu'il y avait de mieux à y faire : il a continué un dogme immortel ; il a sei*vi d'anneau à une chaîne immense de foi et de vertu , et laisse aux générations qui vont nattre une croyance, une loi, un Dieu.