‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 2)Chapitre 46 sur 49 · DES DEVOIRS CIVILS · texte numérisé non relu

DES DEVOIRS CIVILS

connaitre ni saisons, ni distances, ni contagion, ni soleil, ni neiges, s'il s'agit de porter l'huile au blessé, le pardon au coupable, ou son Dieu au mourant. Il ne doit y avoir devant lui, comme devant Dieu, ni riche, ni pauvre, ni petit, ni grand, mais des hommes, c'est-à-dire des frères en misères et en espérances. Mais s'il ne doit refuser son ministère à personne, il ne doit pas l'offrir sans prudence à ceux qui le dédai* gnent ou le méconnaissent. L'import unité de la charité même aigrit et repousse plus qu'elle n'attire ; il doit souvent attendre qu'on vienne à lui ou qu'on l'appelle; il ne doit pas oublier que sous le régime de liberté absolue de tous les cultes, qui est la loi de notre état social, l'homme ne doit compte de sa religion qu'à Dieu et à sa conscience. Les droits et les devoirs civils du curé ne commencent que là où on' lui dit : Je suis chrétien.

Le curé a des rapports administratifs de plusieurs natures : avec le gouvernement, avec l'autorité municipale, avec sa fabrique.

Ses rapports avec le gouvernement sont simples : il lui doit ce que lui doit tout citoyen français , ni plus, ni moins, obéissance dans les choses justes. Il ne doit se passionner ni pour ni contre les formes ou les chefs des gouvernemens d'ici-bas ; les formes se modifient , les pouvoirs changent de noms et de mains, les hommes se précipitent tour à tour du trône : ce sont choses humaines, passagères, fugitives, instables de leur nature ; la religion , gouvernement éternel de Dieu sur la conscience, est au-dessus de cette sphère des vicissitudes, des versatilités politi-

ques; elle se dégrade en y descendant; son ministre doit s'en tenir soigneusement séparé. Le curé est le seul citoyen qui ait le droit et le devoir de rester neutre dans les causes, dans les haines, dans les luttes des partis qui divisent les opinions et les hommes; car il est avant tout citoyen du royaume étemel, père commun des vainqueurs et des vaincus, homme d'amour et de paix, ne pouvant prêcher que paix et qu'amour ; discipFe de celui qui a refusé de verser une goutte de sang pour sa défense, et qui a dit à Pierre : Remettez ce glaive dans le fourreau !

Avec son maire, le curé doit être dans des rapports de noble indépendance en ce qui concerne les choses de Dieu, de douceur et de conciliation dans tout le reste; il ne doit ni briguer l'influence, ni lutter d'autorité dans la commune; il ne doit oublier jamais que son autorité commence et finit au seuil de son église, au pied de son autel, dans la chaire de vérité, sur la porte de l'indigent et du malade , au chevet du mourant ; là il est l'homme de Dieu : partout ailleurs le plus humble, le plus inaperçu des hommes.

Avec sa fabrique, ses devoii*s se bornent à l'ordre et à l'économie que la pauvreté de la plupart des paroisses comporte. Plus nous avançons dans la civilisation et dans l'intelligence d'une religion tout immatérielle, moins le luxe extérieur devient nécescessaire à nos temples. Simplicité, propreté, décence dans les objets qui servent au culte, c'est tout ce que le curé doit demander à sa fabrique. Souvent même l'indigence de l'autel a quelque chose de vénérable,

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de toucham; et de poétique, qui frappe et attendrit Ip cœur par le contraste, plus que les omemens de soie et tes candélabnes d'or. Qu'est-<;e que pos dorures et nps grains de sable étincdans y devant celui qui a tendu le ciel et semé le$ étoiles? Le calice d'étaiq fait courber autant de fronts que les vases d'argent ou de vermeil. Xjeiuxe du christianisme est dans ses œuvres, et la yërit^ble parufe de l'autel, ce spnt les cheveux du prêtre blanchis dans la prière et dans 1^ vertu, e^ la foi et la piété des fidèles agenouillés devant le pieu de leurs pères.

Pour se nourrir et se vêtir, pour payer et nourrir rhupiUe femmç qui le sert, pour tenir sa porte ouverte à toutes les indigences des allans et des venans, le pure a d^ux rétributions : l'une de l'État, 73o fr.; Tfliltre autqrisée par l'usage, et qu'on appelle le cih suel. Cp ca^uel, assez élevé dans certaines villes où il sprt à payer les yicair^s, dans la plupart des villages produit peu pu rien aq curé. A peipe donc a-t-îl rétrpit nécessaire, le re^ angu^fft clumij et cependant PQus lui dirons epcore, d^ps Tîntéret de la rdigion comme dans celui de sa considération locale : (f Ou* ce bliez le pasuel ; recev/ez-le du riche qui insiste pour <f vous faire appepter ; refusez4edu pauvre qui rougit ce de ne pas vous l'offrir, ou che? quf se mêle à la qc joie du mariage , au bonheur de la paternité , au ce deuil des funérailles, la pensée importune de cber- « chpr 9u fond de s^ boui^ quelques rares pièces de a p])onn^ie pour paypr vos bénédictions , vos larmes « QU vos prières; spuven^z-vous que si nous nous ce devons gratis les uns aux au tries le paip de ^ vie

« matérielle , ^ pluç fprle raiçoQ nouç devonsrQous ^gratis ]fi p^^p /séle^tp; et neje|:^ loin (Je vous le « reproche ()e faire p^yer au^ epfi^s )es grâces sans a pjri]j^ du père cpoimpn , pt de p^ettre un t^rif à la f prierai p lV|ai? nous disons aux fidèles : « Le sa- % l^inç de l'autej e^ insuffisant ! i^

Comfpe boQ^pip, le iJijré ^ wcQriÇ quelqu.es devoirs pjif rpmeut hufuaips , qiiû Juj §on|: imppsqs seuleqient

par 1^ soii;i dp ^ bQQQ^ f^QQPfP?^^ i P&^ cette grâce de la vie civile et dQrpi^s^qiiequf est comme la bonnç odeur d? (a yfsrtu. fletir/â d^ps spn humble près? bytère, ^ Vpmbfe de ^n église, il doit en sortir rarement II lui pst permis d'avoir une vigne , un jardin 9 un Vjsrgiery quelquefois UP petit champ, et de les cult;iver d^ ses prppre^s m^ins ; d'y nourrir quelques ^xi\jmdii\si domestiques, d/e plaisir ou d'utilité, la vache, la ph^yr^, des h^^is» If P^S^ûn , d^ oiseaux chantans, le ç\\[fsfk §urtout, çp meuMe vivant; ^\k foy^, P^tauii de c^Vjn^ qui j^opt oubljés du mqpde, et qui pourt^nf: ont h^pip d'étf^ aimés par quelqu'un ! D^ ce|: ^U? de travail, d^ silepcp et de paix, le curé dpît peu ^'éloigfipf* ppur se mélpi* ^ux sociétés bruyaplesdu voisinsige; il pe dpit quf d^n^ quelques Qpça^iops ^olepnelle.^ tromper sçtf lèyres avec Iç^ h^ureixiL du siècle dap^ la coupe d'uP^ hospitalité somptu^u^; Iç pauvre ^\ ombrag^u^l^ et j^lou^ , il accuse promptem^Ut d'aduljiUpp ou dp s^nsu^ljté l'hpmme qu'il voit ^uvept à {9 pQrtp ^v^ riphp k l'heure où la fumée de son loit s'plèvp et lui annonce une table mieux servie que la sieune. Plus souvent j au rptpur de ses courses pieuses, ou quand la noce ou le bap-

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