PROLOGUE. S
Et dans son tablier le visage caché.
Elle ne proférait ni plainte ni murmure ;
Seulement du drap noir qui couvrait sa figure
Un mouvement léger , convulsif, continu ,
Trahissait le sanglot dans son sein retenu ;
Je devinai la mort à ce muet emblème :
La servante pleurait le vieux maître qu'elle aime.
— -«Marthe! dis-je; est-il vrai?.. • » Se levant à ma voix
Et s'essuyant les yeux du revers de ses doigts ,
— «Trop vrai ! Montez, Monsieur, on peu tle voir encore f
« On ne doit Tenterrer que demain à l'aurore ;
c Sa pauvre âme du moins s'en ira plus en paix
<x Si vous l'accompagnez de vos derniers souhaits.
c II a parlé de vous jusqu'à sa dernière heure :
c — Marthe , me disait-il , si Dieu veut que je meure,
« Dis-lui que son ami lui laisse tout son bien
a Pour avoir soin de toi , des oiseaux et du chien.-—
c Son bien? n'en point garder était toute sa gloire,
a II ne remplirait pas le rayon d'une armoire.
a Le peu qui lui restait a passé sou par sou
«En linge, en alimens, ici, là. Dieu sait où.
« Tout le temps qu'a duré la grande maladie ,
c II leur a tout donné , monsieur, jusqu'à sa vie ,
c Car c'est en confessant, jour et nuit , tel et tel ,
« Qu'il a gagné la mort. » — «Oui, lui dis-je, et le ciel U
Et je montai. La chambre était déserte et sombre,
Deux ciei^es seulement en éclaircissaient l'ombre.
Et mêlaient sur son front les funèbres reflets
Aux rayons d'or du soir qui perçaient les volets ,
Gomme luttent entre eux dans la sainte agonie ,