VII
chevaux; quelques cavaliers arabes courant le dgérid autour de nous sur des chevaux dont la crinière balaie littéralement le sable; quelques groupes de Turcs assis devant un café bâti en feuillage et fumant la pipe ou faisant la prière; un peu plus loin les collines désertes de sable sans fin, qui se teignent d'or aux rayons du soleil du soir, et où le vent soulève des nuages de poussière enflammée ; enfin le sourd mugissement de la mer qui se mêle au bruit musical du vent dans les tètes de sapins et au chant de milliers d'oiseaux inconnus; tout cela offre à l'œil et à la pensée du promeneur le mélange le plus sublime, le plus doux, et à la fois le plus mélancolique, qui ait jamais enivré mon âme : c'est le site dé mes rêves, j'y reviendrai tous les jours.
46 septembre 4SSa.
Nous avons passé tous ces jours dans le plaisir de la connaissance générale que nous avions à faire des hommes, des mœurs, des lieux, et dans les détails amusants d'un établissement au sein d'un pays entièrement nouveau. Nos cinq maisons sont devenues, avec l'assistance de nos amis et des ouvriers arabes , une espèce de villa italienne comme celles que nous avions si délicieusement habitées sur les montagnes de Lucques ou sur les côtes de Livourne, en d'autres temps. Chacun de nous a son appartement , et un salon , précédé d'une terrasse ornée de fleurs, est le centre de réunion. Nous y avons établi des divans; nous y avons rangé sur des tablettes notre bibliothèque du vaisseau ; ma femme et Julia ont
peiat les murs à fresque , ont étalé , sur une table de cèdre , leurs livres , leurs nécessaires , et tous ces petits objets de femme qui ornent, à Londres et à Paris, les tables de marbre et d'acajou ; c'est là que nous nous rassemblons dans les heures brûlantes du jour, car le soir notre salon est en plein air, sur la terrasse même ; c'est là que nous recevons les visites de tous les Européens que le commerce avec Damas, dont Bayruth est l'échelle, fixe dans ce beau pays. Le gouverneur égyptien pour Ibrahim-Pacha est venu nous offrir, avec une grâce et une cordialité plus qu'européennes, sa protection et ses services pour le séjour et pour les voyages que nous voudrions tenter. Je lui ai donné à dîner aujourd'hui ; c'est un homme qui ne déparerait aucune réunion d'hommes nulle part. Vieux soldat du pacha d'Egypte, il a pour son maître, et surtout pour Ibrahim, ce dévouement aveugle et confiant dans la fortune que je me souviens d^avoir vu jadis dans les généraux de l'empereur ; mais ce dévouement turc a quelque chose de plus touchant et de plus Doble, parce qu'il tient à un sentiment religieux et non à un intérêt personnel. Ibrahim-Pacha , c'est Jajlâstijiée ,
r/fts^Allah pmi^ ftpa nfR^iAra j Napnl<$nn, r,ft fl'était que la
gloire et l'ambition pour les siens. Il a bu avec plaisir du vin de Champagne et s'est prêté à tous nos usages comme s*il n'en avait jamais connu d'autres ; les pipes et le café, pris à plusieurs reprises, ont rempli l'après-dînée. Je lui ai remis une lettre pour Ibrahim-Pacha, lettre dans laquelle je lui annonce l'arrivée d'un voyageur européen dans le pays soumis à ses armes, et lui demande la protection que l'on doit attendre d'un homme qui combat
pour la cause de la civilisation européenne. Ibrahim a passé il y a peu de temps avec son armée ; il est maintenant du côté de Homs, grande ville entre Âlep et Damas, dans le désert; il a laissé peu de troupes en Syrie; les principales villes , comme Bayrulh , Saïde , Jaffa , Acre , Tripoli, sont occupées d'accord avec Ibrahim par les soldats de rémir Beschir, ou grand prince des Druzes, qui règne sur le Liban. Ce prince n'a pas résisté à Ibrahim ; il a abandonné la cause des Turcs , en apparence au moins, après la prise de Saint-Jean-d'Acre par Ibrahim, et il confond ses troupes avec celles du pacha. L'émir Beschir, si Ibrahim venait à être battu à Homs, pourrait lui fermer la retraite et anéantir les débris des Égyptiens. Ce prince , habile et guerrier , règne depuis quarante années sur toutes les montagnes du Liban. Il a fondu en un seul peuple les Druzes, les Métualis, les Maronites, les Syriens et les Arabes, qui vivent sous sa domination; il a des fils, guerriers comme lui, qu'il envoie gouverner les villes qu'Ibrahim lui confie : un de ses fils est campé à un quart de mille d'ici, dans la plaine qui touche au Liban, avec cinq ou six cents cavaliers arabes. Nous devons le voir ; il nous a envoyé complimenter.
Un Arabe me contait aujourd'hui l'entrée d'Ibrahim dans la ville de Bayruth. A quelque distance de la porte , comme il traversait un chemin creux dont les douves sont couvertes de racines grimpantes et d'arbustes entrelacés , un énorme serpent est sorti des broussailles et s'est avancé lentement , en rampant sur le sable , jusque sous les pieds du cheval d'Ibrahim ; le cheval, épouvanté, s'est cabré ; et quelques esclaves qui suivaient à pied le
pacha se sont élancés pour tuer le serpent ; mais Ibrahim les a arrêtés d'un geste , et , tirant son sabre , il a coupé la tête du reptile qui se dressait devant lui et a foulé les tronçons sous les pieds de son cheval ; la foule a poussé un cri d'admiration, et Ibrahim, le sourire sur les lèvres, a continué sa route , enchanté de cette circonstance, qui est l'augure assuré de la victoire chez les Arabes. Ce peuple ne voit aucun incident de la vie, aucun phénomène naturel , sans y attacher un sens prophétique et moral ; est-ce un souvenir confus de cette première langue plus parfaite qu'entendaient jadis les hommes , langue dans laquelle toute la natufe s'expliquait par toute la nature? Est-ce une vivacité d'imagination plus grande qui cherche entre les choses des corrélations qu'il n'est pas donné à l'homme de saisir? Je ne sais, mais je penche pour la première interprétation; l'humanité n'a pas d'instincts sans motifs, sans but, sans cause ; l'instinct de la divination a tourmenté tous les âges et tous les peuples, surtout les peuples primitifs ; la divination a donc dû ou pourrait donc peut-être exister; mais c'est une langue dont l'homme aura perdu la clef en sortant de cet état supérieur, de cet Éden dont tous les peuples ont une confuse tradition; alors, sans doute, la nature parlait plus haut et plus clair à son esprit ; l'homme concevait la relation cachée de tous les faits naturels, et leur enchaînement pouvait le conduire à la perception de vérités ou d'événements futurs , [car le présent est toujours le germe générateur et infaillible de l'avenir ; il ne s'agit que de le voir et de le comprendre.
47 septembre 4852.
Toujours môme vie. La journée se passe à rendre et à recevoir des visites d'Arabes et de Francs, et à parcourir les délicieux environs de notre retraite. Nous avons trouvé autant d*obligeancê que de bonté parmi les consuls européens de Syrie, que la guerre a tous concentrés à Bayruth. Le consul de Sardaigne, M. Bianco; le consul d'Autriche , M. Laurella ; les consuls d'Angleterre , MM. Farren et Abost, nous ont mis en peu de temps en rapport avec tous les Arabes qui peuvent nous aider dans nos projets de voyage dans l'intérieur. Il est impossible de rencontrer plus d'accueil et plus d'hospitalité Quelques-uns de ces messieurs ont habité de longues années la Syrie, et sont en relation avec des familles arabes de Damas, d'Alep, de Jérusalem, lesquelles en ont ellesmêmes avec les principaux scheiks des Arabes des déserts que nous avons à parcourir. Nous formons ainsi d'avance une chaîne de recommandations, de relations et d'hospitalité, sur différentes lignes qui pourraient nous conduire jusqu'à Bagdad.
M. Jorelle m'a procuré un excellent drogman ou interprète dans la personne de M. Mazoyer, jeune Français d'origine , mais qui , né et élevé en Syrie , est très-versé dans la langue savante et dans les divers dialectes des régions que nous devons parcourir. Il est installé d'aujourd'hui chez moi , et je lui remets le gouvernement de toute la partie arabe de ma maison. Cette maison arabe se compose d'un cuisinier d'Alep, nommé Aboulias , d'un
jeune Syrien du pays , nommé Elias, qui , ayant déjà été au service des consuls, entend un peu d'italien et de français; d'une jeune fille syrienne, parlant français aussi, et qui servira d'interprète pour les femmes ; enfin de cinq ou six palefreniers grecs, arabes, syriens, des différentes parties de la Syrie , destinés à soigner nos chevaux, à planter les tentes et à nous servir d'escorte dans les voyages.
L'histoire de notre cuisinier arabe est trop singulière pour n'en pas conserver la mémoire.
Il était chrétien , jeune et intelligent; il avait établi à Alep un petit commerce d'étoffes du pays qu'il allait vendre lui-même, monté sur un âne, parmi les tribus d'Arabes errants qui viennent l'hiver camper dans les plaines des environs d'Ântioche. Son commerce prospérait; mais sa qualité d'infidèle lui donnant quelque inquiétude, il jugea à propos de s'associer à un Arabe mahométan d'Alep. Le commerce n'en alla que mieux , et Aboulias se trouva, au bout de quelques années, un des marchands les plus accrédités du pays. Mais il était épris d'une jeune Grecque-Syrienne ; on ne voulait la lui accorder qu'à condition de quitter Alep, et de venir s'établir dans les environs de Saïde, où demeurait la famille de sa belle fiancée. Il fallut liquider sa fortune : une querelle s'éleva entre les deux associés pour le partage des richesses acquises en commun. L'Arabe mahométan dressa une embûche au pauvre Aboulias : il aposta des témoins cachés qui, dans une dispute avec son associé, Tentendirent blasphémer Mahomet , crime mortel pour un infidèle. Aboulias fut mené au pacha et condamné à être pendu.
La sentence fut exécutée ; mais, la corde ayant cassé, le malheureux Âboulias tomba au pied de la potence, et fut laissé pour mort sur la place des exécutions. Cependant les parents de sa fiancée, ayant obtenu du pacha que son cadavre leur serait remis pour Tensevelir avec les formes de leur religion , emportèrent le corps dans leur maison, et, s'apercevant qu*Aboulias donnait encore des signes de vie , ils le ranimèrent , le cachèrent dans une cave pendant quelques jours, et enterrèrent un cercueil vide pour ne donner aucun soupçon aux Turcs. Mais ceux-ci avaient eu quelque vent de la supercherie , et Aboulias fut de nouveau arrêté , au moment où il s'échappait la nuit des portes de la ville. Conduit au pacha, il lui conta comment il avait été sauvé indépendamment de toute volonté de sa part. Le pacha, d*après un texte du Koran qui était favorable à Taccusé , lui donna Talternative ou d'être pendu une seconde fois, ou de se faire Turc. Aboulias préféra ce dernier parti, et pratiqua pendant quelque temps l'islamisme. Lorsque son aventure fut oubliée et sa conversion bien constatée , il trouva moyen de s'évader d'Alep et de s'embarquer pour l'île de Chypre, où il se fit de nouveau chrétien. Il épousa la femme qu'il aimait, se fit protéger des Français, et put reparaître impunément en Syrie , où il continuait son commerce de colporteur parmi les Druzes, les Maronites et les Arabes. Voilà l'homme qu'il nous fallait pour voyager dans ces contrées. Son talent en cuisine consiste à faire du feu en plein champ avec des arbustes épineux ou de la fiente de chameau desséchée ; à suspendre une marmite de cuivre sur deux bâtons qui se croisent à leur extrémité , et à
faire bouillir du riz et des poulets ou des morceaux de mouton dans cette marmite. Il chauffe aussi des cailloux arrondis dans le foyer, et, quand ils sont presque rouges, il les enduit d'une pâte de farine d*orge qu'il a pétrie, et c'est là notre pain.
49 septembre 1832.
Aujourd'hui, ma femme et Julia ont été invitées, par la femme et la ûlle d'un chef arabe des environs, à passer la journée au bain ; c'est le divertissement des femmes de rOrient entre elles. Un bain est annoncé quinze jours d'avance, comme un bal en Europe. Voici la description de cette fête , telle qu'elle nous a été donnée le soir par ma femme.
Les salles de bain sont un lieu public dont on interdit l'approche aux hommes, tous les jours jusqu'à une certaine heure, pour les réserver aux femmes; et la journée tout entière lorsqu'il s'agit d'un bain pour une fiancée, comme celui dont il est question. Les salles sont éclairées d'un faible jour par de petits dômes à vitraux peints. Elles sont pavées de marbre à compartiments de diverses couleurs , travaillés avec beaucoup d'art. Les murailles sont revêtues aussi de marbre et de mosaïque, ou sculptées en moulures ou en colonnettes moresques. Ces salles sont graduées de chaleur : les premières à la température de l'air extérieur , les secondes tièdes , les autres successivement plus chaudes , jusqu'à la dernière où la vapeur de l'eau presque bouillante s'élève des bassins et remplit l'air de sa chaleur étouffante. En général, il n'y a pas de bassin creusé au milieu des salles ; il y a seulement des
robinets coulant toujours, qui versent sur le plancher de marbre environ un demi-pouce d'eau. Cette eau s'écoule ensuite par des rigoles et est sans cesse renouvelée. Ce qu'on appelle bains dans TOrient n'est pas une immersion complète, mais une aspersion successive, plus ou moins chaude, et l'impression de la vapeur sur la peau.
Deux cents femmes de la ville et des environs étaient invitées ce jour-là au bain , et dans le nombre plusieurs jeunes femmes européennes ; chacune y arriva enveloppée dans l'immense drap de toile blanche qui recouvre en entier le superbe costume des femmes, quand elles sortent. Elles étaient toutes accompagnées de leurs esclaves noires , ou de leurs servantes libres ; à mesure qu'elles arrivaient , elles se réunissaient en groupes , s'asseyaient sur des nattes et des coussins préparés dans le premier vestibule ; leurs suivantes leur ôtaient le drap qui les enveloppait , et elles apparaissaient dans toute la riche et pittoresque magnificence de leurs habits et de leurs bijoux. Ces costumes sont très-variés pour la couleur des étoffes et le nombre et l'éclat des joyaux ; mais ils sont informes dans la coupe des vêtements.
Ces vêtements consistent en un pantalon à larges plis de satin rayé , noué à la ceinture par un tissu de soie rouge, et fermé au-dessus de la cheville du pied par un bracelet d'or ou d'argent ; une robe brochée en or , ouverte sur le devant et nouée sous le sein qu'elle laisse à découvert ; les manches sont serrées au-dessous de l'aisselle, et ouvertes ensuite depuis le coude jusqu'au poignet ; elles laissent passer une chemise de gaze de soie qui couvre la poitrine. Elles portent par-dessus cette robe
une veste de velours de couleur éclatante, doublée d'hermine ou de martre, et brodée en or sur toutes les cou» tures; manches également ouvertes. Les cheveux sont partagés au-dessus de la tête ; une partie retombe sur le cou, le reste est tressé en nattes et descend jusqu'aux pieds , allongé par des tresses de soie noire qui imitent les cheveux. De petites torsades d'or ou d'argent pendent à l'extrémité de ces tresses, et par leur poids les font flotter le long de la taille ; la tète des femmes est en outre semée de petites chaînes de perles, de sequins d*or enfilés, de fleurs naturelles, le tout mêlé et répandu avec une incroyable profusion. C'est comme si Ton avait versé pêle-mêle un écrin sur ces chevelures toutes brillantées, toutes parfumées de bijoux et de fleurs. Ce luxe barbare est de l'effet le plus pittoresque sur les jeunes figures de quinze à vingt ans. Au sommet de la tête, quelques femmes portent encore une calotte d'or ciselé en forme de coupe renversée ; du milieu de cette calotte sort un gland d'or qui porte une houppe de perles et qui flotte sur le derrière de la tête.
Les jambes sont nues, et les pieds ont pour chaussure des pantoufles de maroquin jaune que les femmes traînent en marchant.
Les bras sont couverts de bracelets d'or, d'argent, de perles; la poitrine, de plusieurs colliers qui forment une natte d'or ou de perles sur le sein découvert.
Quand toutes les femmes furent réunies, une musique sauvage se fit entendre ; des femmes, dont le haut du corps était enveloppé d'une simple gaze rouge, poussaient des cris aigus et lamentables et jouaient du fifre et
du tambourin ; celle musique ne cessa pas de toute la journée, et donnait à celte scène de plaisir et 'de fêle un caractère de tumulte et de frénésie tout à fait barbare.
Lorsque la fiancée parut, accompagnée de sa mère et de ses jeunes amies, et revêtue d'un costume si magnifique , que ses cheveux , son cou , ses bras et sa poitrine, disparaissaient entièrement sous un voile flottant de guirlandes de pièces d'or et de perles, les baigneuses s'emparèrent d'elle et la dépouillèrent, pièce à pièce, de tous ses vêtements : pendant ce temps-là, toutes les autres femmes étaient déshabillées par leurs esclaves, et les différentes cérémonies du bain commencèrent. On passa, toujours aux sons de la même musique , toujours avec des cérémonies et des paroles plus bizarres , d'une salle dans une autre; on prit les bains de vapeur, puis les bains d'ablution, puis on fit couler sur les femmes les eaux parfumées et savonneuses ; puis enfin les jeux commencèrent, et toutes ces femmes firent, avec des gestes et des cris divers, ce que fait une troupe d'écoliers que l'on mène nager dans un fleuve, s'éclaboussant, se plongeant la tête dans l'eau , se jetant l'eau à la figure ; et la musique retentissait plus fort et plus hurlante, chaque fois qu'un de ces tours d'enfantillage excitait le rire bruyant des jeunes filles arabes. Enfin on sortit du bain ; les esclaves et les suivantes tressèrent de nouveau les cheveux humides de leurs maîtresses, renouèrent les colliers et les bracelets, passèrent les robes de soie et les vestes de velours, étendirent des coussins sur des nattes, dans les salles dont on avait essuyé le plancher, et tirèrent , des paniers et des enveloppes de soie , les provi-
' EN ORIENT. 18t
sions apportées pour la coUalion; c'étaient des pâtisseries et des confitures de toute espèce, dans lesquelles les Turcs et les Arabes excellent; des sorbets, des fleurs d'orange , et toutes ces boissons glacées dont les Orientaux font usage à tous les moments du jour. Les pipes et les narguilés furent apportés aussi pour les femmes plus âgées ; un nuage de fumée odorante remplit et obscurcit l'atmosphère; le café, servi dans de petites tasses renfermées elles-mêmes dans de petits vases à jour en fil d'or et d'argent , ne cessa de circuler , et les conversations s'animèrent ; puis vinrent les danseuses, qui exécutèrent, aux sons de cette même musique, les danses égyptiennes et les évolutions monotones de l'Arabie. La journée tout entière se passa ainsi, et ce ne fut qu'à la tombée de la nuit que ce cortège de femmes reconduisit la jeune fiancée chez sa mère. Cette cérémonie du bain a lieu ordinairement quelques jours avant le mariage.
20 septembre 4832.
Notre établissement étant complet, je m'occupe d'organiser ma caravane pour le voyage de l'intérieur de la Syrie et de la Palestine. J'ai acheté quatorze chevaux arabes, les uns du Liban, les autres d'Alep et du désert; j'ai fait faire les selles et les brides à la mode du pays, riches et ornées de franges de soie et de fil d'or et d'argent. Le respect qu'on obtient des Arabes est en raison du luxe qu'on étale; il faut les éblouir, pour frapper leur imagination et pour voyager avec une pleine sécurité parmi leurs tribus; je fais mettre nos armes en état et