VII. *s
us VOYAGB
Tout le monde esl couché sur les barres ou sur les cordages, sans parole, sans mouvement, le front ruisselant de sueur. L'air manque à la respiration j c'est un véritable tiinioun sur la mer. Il semble qu'on respire d'avance la moite et brûlante réverbération des sables du désert, dont nous sommes encore à cent cinquante lieues. Les journées se passent ainsi. On n'a pas la force de parler, pas même la force de lire. J'entr'ouvre quelquefois la Bible pour y chercher ce qui concerne le Liban, premières cimes qui doivent bientôt frapper nos yeus. Je lis l'histoire d'Hérode dans rhiBU)rien Josèphe.
Hème absence du vent : mËme incendie du ciel. La mer fume de chaleur; et ses eaux mortes sont voilées d'un brouillard qu'aucun souffle ne soulève. Nous épions à perte de vue les légères rides que quelques brises perdues tracent à sa surface : nous voyons l'une d'elles lentement s'approcher du brick en rendant un peu de couleur vive à la mer; elle donne une légère enflure à nos grandes voiles : le navire craque et soulève un peu d'écume à sa proue. Les poitrines se dilatent; on s'approche du bord où la brise est venue. On sent un peu de fraîcheur glisser sur son front, sous les boucles humides de cheveux ; et puis tout rentre dans le calme et dans la maise accoutumée. L'eau que nous buvons est tiède; sonne n'a la force de manger. Si cet état se prolonlit, l'homme ne vivrait pas longtemps. Heureusement iB n'avons que six semaines de ces chaleurs à crain- I, elles finissent au milieu d'octobre.
EN ORIENT. Ii7
4 septembre, an soir.
De cinq à huit heures, un vent frais, venu du golfe d'Alexandrette, nous a fait faire quelques lieues. Nous devons être à peu pressa moitié du chemin entre Chypre et les côtes de Syrie; peut-être demain, à notre réveil, serons-nous en vue des côtes.
5 leptembre 4851.
J'ai entendu en me réveillant le léger murmure produit par le sillage du vaisseau quand il marche. Je me suis hâté de monter sur le pont pour voir les côtes ; mais on ne voyait rien encore. Les courants fréquents dans cette mer pouvaient nous avoir emportés bien loin de notre estime ; peut-être étions-nous à la hauteur des côtes basses de ridumée ou de l'Egypte. L'impatience nous gagnait tous.
Même date , à deux beares.
Le capitaine du brick a reconnu les cimes du mont Liban. Il m'appelle pour me les montrer; je les cherche en vain dans la brume enflammée où son doigt me les indique. Je ne vois rien que le brouillard transparent que la chaleur élève, et au-dessus, quelques couches de nuages d'un blanc mat. Il insiste, je regarde encore, mais en vain; tous les matelots me montrent en souriant le Liban ; le capitaine ne comprend pas comment je ne le vois pas comme lui. — Mais où le cherchez-vous donc?
me dit-il ; vous regardez trop loin. — Ici, plus près, sur nos têtes. En effet, je levai les yeux alors vers le ciel, et je vis la crête blanche et dorée du Sannin, qui planait dans le firmament au-dessus de nous. — La brume de la mer m'empêchait de voir sa base et ses flancs. — Sa tète seule apparaissait rayonnante et« sereine dans le bleu du ciel. C'est une des plus magnifiques et des plus douces impressions que j*aie ressenties dans mes longs voyages. C'était la terre où tendaient toutes mes pensées du moment, comme homme et comme voyageur; c'était la terre sacrée, la terre où j'allais de si loin chercher les souvenirs de Thumanité primitive ; et puis c'était la terre où j'allais enfin faire reposer dans un climat délicieux, à l'ombre des orangers et des palmiers, au bord des torrents de neige, sur quelque colline fraîche et verdoyante, tout ce que j'avais de plus cher au monde, ma femme et Julia. Je ne doute pas qu'un an ou deux passés sous ce beau ciel ne fortifie la santé de Julia, qui, depuis six mois, me donne quelquefois des pressentiments funestes. Je salue ces montagnes de l'Asie comme un asile où Dieu la mène pour la guérir ; une joie secrète et profonde remplit mon cœur ; je ne puis plus détacher mes yeux du mont Liban.
Nous dînons à l'ombre de la tente étendue sur le pont. La brise continue et se ranime à mesure que le soleil descend. A chaque instant, nous courons à la proue pour mesurer la marche du navire au bruit qu'il fait en creusant la mer; enfin le vent devient frais; les vagues moutonnent ; nous filons cinq nœuds d'heure en heure ; les flancs des hautes montagnes percent le brouillard et s'a-
vancent comme des caps aériens devant nous; nous commençons à distinguer les profondes et noires vallées qui s'ouvrent sur les côtes ; les ravins blanchissent, les rochers des crêtes se dressent et s'articulent , les premières collines qui partent du voisinage de la mer s'arrondissent ; peu à peu nous croyons reconnaître des villages jetés au penchant des collines, et de grands monastères qui couronnent, comme des châteaux gothiques, les sommets des montagnes intermédiaires. Chaque objet que nous saisissons du regard est une joie dans le cœur ; tout le monde est sur le pont. Chacun fait remarquer à son voisin un objet qui lui était échappé; Tun voit les cèdres du Liban comme une tache noire sur les flancs d^une montagne, l'autre comme un donjon au sommet des monts de Tripoli; quelques-uns croient distinguer l'écume des cascades sur les déclivités des précipices. — On voudrait pouvoir, avant la nuit, toucher à ce rivage tant rêvé, tant désiré ; on tremble qu'au moment d'y atteindre, un calme nouveau n'endorme le navire pendant de longues journées sur ces flots qui nous impatientent, ou qu'un vent contraire ne vienne de la côte et ne nous repousse sur la mer de Candie : cette mer de Syrie, golfe immense, entouré des hautes cimes du Liban et du Taurus, est perfide pour les marins ; tout ce qui n'y est pas tempête, y est calme ou courant; ces courants entraînent invinciblement les navires bien loin de leur route ; et puis il n'y a pas de ports sur les côtes ; il faut mouiller dans des rades dangereuses, à une grande distance du rivage; une houle presque constante laboure ces rades et coupe les ancres : nous ne serons tranquilles et sûrs
d*étre arrivés qu'après être descendus à terre. Pendant que nous faisions tous ces raisonnements, et que nous flottions entre l'espoir et la crainte, la nuit tombe tout à coup, non pas comme dans nos climats, avec la lenteur et la gradation d'un crépuscule, mais comme un rideau qu'on tire sur le ciel et sur la terre. Tout s'éteint, tout s'efface sur les flancs noircis du Liban, et nous ne voyons plus que les étoiles entre lesquelles nos mâts se balancent. Le vent tombe aussi ; la mer dort, et nous descen* dons chacun dans nos cabines, dans l'incertitude du lendemain.
Je ne dormais pas ; mon esprit était trop agité : j'entendais, à travers les planches mal jointes qui séparaient ma chambre de celle de Julia , le souffle de mon enfont endormie, et tout mon cœur reposait sur elle. Je pensais que demain, peut-être, je dormirais à mon tour plus tranquille sur cette vie si chère que je me repentais d'avoir hasardée ainsi sur la mer, — qu'une tempête pouvait enlever dans sa fleur. Je priais Dieu dans ma pensée de me pardonner cette imprudence, de ne pas me punir de m'être confié trop en lui, de lui avoir demandé plus que je n'avais eu droit de le faire. Je me rassurais; je me disais : C'est un ange visible qui protège à la fois sa propre destinée et toutes les nôtres. Le ciel nous comptera son innocence et sa pureté pour rançon ; il nous mènera, il nous ramènera à cause d'elle. Elle aura vu, au plus bel âge de la vie, à cet âge où toutes les impressions s'incorporent, pour ainsi dire, avec nous, et deviennent les éléments mêmes de notre existence, elle aura vu tout ce qu'il y a de beau dans la nature , dans la création ; les souve-
nirs de son enfiince seront les monuments merveilleux, les chefs^l'oBUvre des arts en Italie; Athènes et le Parthénon seront gravés dans sa mémoire , comme des sites paternels ; les belles Iles de T Archipel, le mont Taurus, les montagnes du Liban, Jérusalem, les Pyramides, le désert, les tentes de 1* Arabe , les palmiers de la Mésopotamie, seront les récits de son âge avancé; Dieu lui a donné la beauté, Tinnocence, le génie et un coeur où tout s'allume en sentiments généreux et sublimes ; je lui aurai donné, moi, ce que je pouvais ajouter à ces dons célestes, le spectacle des scènes les plus merveilleuses, les plus enchantées de la terre ! Quel être ce sera à vingt ans ! Tout aura été bonheur, piété , amour et merveilles dans sa vie ! Oh ! qui sera digne de la compléter par Tâmour? Je pleurais et je priais avec ferveur et confiance , car je ne puis jamais avoir un sentiment fort dans le cœur, sans qu'il tende à l'infini, sans qu'il se résolve en un hymne ou en une invocation à celui qui est la fin de tous nos sentiments, à celui qui les produit et qui les absorbe tous; à Dieu.
Gomme j'allais m'endormir, j'entendis sur le pont quelques pas précipités, comme pour une manœuvre ; je fus étonné, car le silence était complet depuis longtemps, et la mer ne rendait qu'un petit frémissement de lame , qui m'annonçait que le brick marchait encore. Bientôt j'entendis les anneaux sonores de la chaîne de l'ancre se dérouler pesamment du cabestan ; puis je sentis ce coup sec qui fait vibrer tout le navire quand l'ancre a roulé jusqu'au fond solide et mord enfin le sable ou l'herbe marine. Je me levai, j'ouvris mon étroite fenêtre. Nous
i5i VOYAGE
étions arrivés ; nous étions en rade devant Bayruth ; j'apercevais quelques lumières disséminées sur un rivage éloigné ; j'entendais les aboiements des chiens sur la plage. Ce fut le premier bruit qui m'arriva de la. côte d'Asie ; il me réjouit le cœur. Il était minuit. Je rendis grâce à Dieu, et je m'endormis d'un profond et paisible sommeil : personne n'avait été réveillé que moi sous le pont.
BAYRUTH.
6 septembre 4832 , neuf lieares da matin.
Nous étions devant Bayruth , une des villes les plus peuplées de la côte de Syrie, anciennement Beryte, devenue colonie romaine sous Auguste, qui lui donna le nom de Félix Julia. Cette épithète d'heureuse lui fut attribuée à cause de la fertilité de ses environs, de son incomparable climat et de la magnificence de sa situation. La ville occupe une gracieuse colline qui descend en pente douce vers la mer ; quelques bras de terre ou de rochers s'avancent dans les flots, et portent des fortifications turques de l'effet le plus pittoresque ; la rade est fermée par une langue de terre, qui défend la mer des vents d'est ; toute cette langue de terre, ainsi que les collines environnantes, sont couvertes de la plus riche végétation ; les mûriers à soie sont plantés partout et élevés d'étage en étage sur des terrasses artificielles ; les caroubiers à la sombre verdure et au dôme majestueux , les figuiers , les platanes ,
les orangers, les grenadiers, et une quantité d'qutres arbres ou arbustes étrangers à nos climats, étendent sur toutes les parties du rivage voisines de la mer le voile harmonieux de leurs divers feuillages; plus loin , sur les premières pentes des montagnes, les forêts d'oliviers touchent le paysage de leur verdure grise et cendrée ; à une lieue environ de la ville , les hautes montagnes des chaînes du Liban commencent à se dresser ; elles y ouvrent leurs gorges profondes oii Fœil se perd dans les ténèbres du lointain ; elles y versent leurs larges torrents devenus des fleuves; elles y prennent des directions diverses , les unes du côté de Tyr et de Sidon , les autres vers Tripoli et Latakie, et leurs sommets inégaux, perdus dans les nuages ou blanchis par la répercussion du soleil, ressemblent à nos Alpes couvertes de neiges éternelles. Le quai de Bayruth , que la vague lave sans cesse et couvre quelquefois d'écume , était peuplé d'une foule d'Arabes, dans toute la splendeur de leurs costumes éclatants et de leurs armes. On y voyait un mouvement aussi actif que sur le quai de nos grandes villes maritimes; plusieurs navires européens étaient mouillés près de nous dans la rade , et les chaloupes , chargées des marchandises de Damas et de Bagdad , allaient et venaient sans cesse de la rive aux vaisseaux ; les maisons de la ville s'élevaient confusément groupées , les toits des unes servant de terrasses aux autres; ces maisons à toits plats, et quelques-unes à balustrades crénelées , ces fenêtres à ogives 'multipliées, ces grilles de bois peint qui les fermaient hermétiquement comme un voile de la jalousie orientale, ces têtes de palmiers qui semblaient germer
15i VOYAGE
dans la pierre, et qui se dressaient jusqu'au-dessus des toits , comme pour porter un peu de verdure à l'œil des femmes prisonnières dans les barems, tout cela captivait nos yeux et nous annonçait l'Orient; nous entendions le cri aigu des Arabes du désert qui se disputaient sur les quais, et les âpres et lugubres gémissements des chameaux qui poussent des cris de douleur quand on leur fait plier les genoux pour recevoir leurs charges. Occupés de ce spectacle si nouveau et si saisissant pour nos yeux, nous ne songions pas à descendre dans notre patrie nouvelle. Le pavillon de France flottait cependant au sommet d'un mât sur une des maisons les plus élevées de la ville, et semblait nous inviter à aller nous reposer, sous son ombre, de notre longue et pénible navigation.
Mais nous avions trop de monde et trop de bagages pour risquer le débarquement avant d'avoir reconnu le pays et choisi une maison si nous pouvions en trouver une. Je laissai ma femme, Julia et deux de mes compagnons sur le brick, et je fis mettre le canot à la mer pour aller en reconnaissance.
En peu de minutes, une belle lame plane et argentée me jeta sur le sable, et quelques Arabes, les jambes nues, m'emportèrent dans leurs bras jusqu'à l'entrée d'une rue sombre et rapide qui conduisait au consulat de France. Le consul , M. Guys , pour qui j'avais des lettres, et que j'avais même déjà vu à Marseille , n'était pas arrivé. Je trouvai à sa place M. Jorelle , gérant du consulat et drogman de France en Syrie , jeune homme dont la physionomie gracieuse et bienveillante nous prévint en sa faveur, et dont toutes les bontés, pendant
notre long séjour en Syrie, justifièrent cette première impression. Il nous offrit une partie de la maison du consulat pour premier asile , et nous promit de nous faire chercher une maison dans les environs de la ville, où nous pourrions établir notre campement. En peu d'heures, les chaloupes de plusieurs navires et les portefaix de Bayruth, sous la surveillance des janissaires du consulat, eurent opéré le débarquement de notre monde et de nos provisions de tous genres, et avant la nuit nous étions tous à terre, logés provisoirement et comblés de soins et d'égards par M. et madame Jorelle. C'est un moment délicieux que celui où , après une longue et orageuse traversée, arrivés à peine dans un pays inconnu, vous jetez les yeux du haut d'une terrasse parfumée et riante sur l'élément que vous quittez enfin pour longtemps, sur le brick qui vous a apportés à travers les tempêtes et qui danse encore dans une rade houleuse , sur la campagne ombragée et paisible qui vous entoure, sur toutes ces scènes de la vie de terre qui semblent si douces quand on en a été longtemps sevré : il y a quelque chose du sentiment de la convalescence après une longue maladie, dans l'impression des premières heures, des premières journées passées à terre après une navigation. Nous en avons joui toute la soirée. Madame Jorelle, jeune et charmante fenune née à Alep, a conservé le riche et noble costume des femmes arabes : le turban , la veste brodée, le poignard à la ceinture ; nous ne nous lassions pas d'admirer ce magnifique costume qui relevait encore sa beauté tout orientale.
Quand la nuit fut venue , on nous servit un souper à
Teuropéenne, dans un kiosque dont les larges fenêtres grillées ouvraient sur le port, et où le vent rafraîchissant du soir jouait dans la flamme des bougies ; je fis défoncer une caisse de vins de France que j'ajoutai à ce festin de l'hospitalité, et* nous passâmes ainsi notre première soirée à causer des deux patries que nous quittions et que nous venions chercher; une question sur la France répondait à une question sur TAsie. Julia jouait avec les longues tresses de quelques femmes arabes ou de quelques esclaves noires qui vinrent nous visiter ; elle admirait ces costumes nouveaux pour elle; sa mère tressait les longues boucles de ses cheveux blonds, à l'imitation de celles des dames de Bayrulh, ou lui arrangeait son châle en turban sur la tête. Je n'ai rien vu de plus ravissant, parmi tous les visages de femmes qui sont gravés dans ma mémoire, que la figure de Julia coiffée ainsi du turban d'Alep, avec la calotte d'or ciselé, d'où tombaient des franges de perles et des chaînes de sequins d'or, avec les tresses de ses cheveux pendantes sur ses deux épaules, et avec ce regard étonné , levé sur sa mère et sur moi , et ce sourire qui semblait dire : — Jouissez et voyez comme je suis belle aussi I
Après avoir parlé cent fois de la patrie et nommé tous les noms des lieux et des personnes qu'un souvenir commun pouvait nous rappeler ; après que nous nous fûmes donné tous les renseignements mutuels qui pouvaient nous intéresser, on parla de poésie ; madame Jorelle me pria de lui faire entendre quelques morceaux de poésie française et nous traduisit elle-même quelques fragments de poésie d'Alep. Je lui dis que la nature était toujours
plus complètement poétique que les poètes, et qu'ellemême en ce moment, à cette heure, dans ce beau site, à ce clair de lune, dans ce costume étranger, avec cette pipe orientale à la main, et ce poignard à manche de diamant à sa ceinture, était un plus beau sujet de poésie que tous ceux que nous avions parcourus par la seule pensée. Et comme elle me répondit qu'il lui serait très-agréable d'avoir un souvenir de notre voyage à envoyer à son père à Alep, dans quelques vers faits pour elle, je me retirai un moment et je lui rapportai les vers suivants , qui n'ont de mérite que le lieu où ils. furent écrits et le sentiment de reconnaissance qui me les inspira.
Qui ? toi ? me demander Tencens de poésie I Toi, fille d'Orient, née aux vents du désert! Fleur des jardins d'Alep , que Bulbul ' eût choisie Pour languir et chanter sur son calice ouvert I
Rapporte-t-on Todeur au baume qui Fexhale? Aux rameaux d'oranger raltache-t-on leurs fruits? Va-t-on prêter des feux à Taube orientale , Ou des étoiles d'or au ciel brillant des nuiis?
Non , plus de vers ici ! Mais si ton regard aime Ce que la poésie a de plus enchanté, Dans Teau de ce bassin * conlemple-toi toi-même ; Les vers n'ont point d'image égale à ta beauté !
Quand le soir, dans le kiosque à l'ogive grillée, Qui laisse entrer la lune et la brise des mers, Tu t'assieds sur la natte , à Paimyre é mai liée , Où du moka brûlant fument les flots amers;
\, Nom du rossignol en Orient.
a. Toutes les cours des maisons en Orient ont un jet d'eau au milieu et un bassin de marbre.
Vil. «4
Quand , ta main approchant de tes lèvres mi-closes Le tuyau de jasmin vêtu d'or effilé, Ta bouche , en aspirant le doux parfum des roses, Fait murmurer Teau tiède au fond du narguilé ;
Quand le nuage ailé qni flotte et te caresse D'odorantes vapeurs commence à t'enivrer; Que les songes lointains d'amour et de jeunesse Nagent pour nous dans Tair que tu fois respirer ;
Quand de TArabe errant tu dépeins la cavale Soumise au frein d'écvme entre tes mains d'enfant, Et que de ton regard Téclair oblique égale L'éclair brûlant et doux de son œil triomphant;
Quand ton bras , arrondi comme Tanse de l'urne , Sur le coude appuyé soutient ton front charmant , Et qu'un reflet soudain de ta lampe nocturne Fait briller ton poignard des feui du diamant;
Il n'est rien dans les sons que la langue murmure, Rien dans le front rêveur des bardes comme moi, Rien dans les doux soupirs d'une àme fraîche et pure, Rien d'aussi poétique et d'aussi frais que toi I
J'ai passé l'âge heureux où la fleur de la vie,
L'amour, s'épanouit et parfume le cœur ;
Et l'admiration , dans mon àme ravie,
N'a plus pour la beauté qu'un rayon sans chaleur.
De mon cœur attiédi la harpe est seule aimée ; Mais combien à seize ans j'aurais donné de vers Pour un de ces flocons d'odorante fumée Que ta lèvre distraite exhale dans les airs;
Ou pour tixer du doigt la forme enchanteresse Qu'une invisible main trace en contour obscur, Quand le rayon des nuits, dont le jour te caresse. Jette , en la dessinant , ton ombre sur le mur 1
Nous ne pouvions nous arracher à cette première scène de la vie arabe. Enfin nous allâmes , pour la première fois après trois mois, nous reposer dans des lits et dormir sans craindre la vague. Un vent impétueux mugissait sur la mer, ébranlait les murs de la haute terrasse sous laquelle nous étions couchés , et nous faisait sentir plus délicieusement le prix d'un séjour tranquille après tant de secousses. Je pensais que Julia et ma femme étaient enfin pour longtemps à Tabri de tous périls, et je combinais dans ma veille les moyens de leur préparer un séjour agréable et sûr pendant que je poursuivrais moi-même le cours de mon voyage dans ces lieux que mon pied touchait enfin.
7 septembre 4832.
Je me suis levé avec le jour, j'ai ouvert le volet de bois de cèdre, seule fermeture de la chambre où l'on dort dans ce beau climat. J'ai jeté mon premier regard sur la mer et sur la chaîne étincelante des côtes qui s'étendent en s'arrondissant depuis Bayruth jusqu'au cap Batroun , à moitié chemin de Tripoli.
Jamais spectacle de montagnes ne m'a fait une telle impression. Le Liban a un caractère que je n'ai vu ni aux Alpes ni au Taurus : c'est le mélange de la sublimité imposante des lignes et des cimes avec la grâce des détails et la variété des couleurs ; c'est une montagne solennelle comme son nom ; ce sont les Alpes sous le ciel de l'Asie , plongeant leurs cimes aériennes dans la profonde sérénité d'une éternelle splendeur. Il semble que le soleil repose éternellement sur les angles dorés de ces crêtes ;
la blancheur éblouissante dont il les imprime se laisse confondre avec celle des neiges qui restent jusqu'au milieu de Tété sur les sommets les plus élevés. La chaîne se développe à l'œil dans une longueur de soixante lieues au moins ,. depuis le cap de Saïde, l'antique Sidon , jusqu'aux environs de Latakie, où elle commence à décliner pour laisser le mont Taurus jeter ses racines dans les plaines d'Âlexandrette.
Tantôt les chaînes du Liban s'élèvent presque perpendiculairement sur la mer, avec des villages et de grands monastères suspendus à leurs précipices; tantôt elles s'écartent du rivage , forment d'immenses golfes , laissent des marques verdoyantes ou des lisières de sable doré entre elles et les flots. Des voiles sillonnent ces golfes et vont aborder dans les nombreuses rades dont la côte est dentelée. La mer y est de la teinte la plus bleue et la plus sombre , et , quoiqu'il y ait presque toujours de la houle , la vague , qui est grande et large, roule à vastes plis sur les sables et réfléchit les montagnes comme une glace sans tache. Ces vagues jettent partout sur la côte un murmure sourd , harmonieux , confus , qui monte jusque sous l'ombre des vignes et des caroubiers, et qui remplit les campagnes de vie et de sonorité. A ma gauche, la côte de Bayruth était basse ; c'était une continuité de petites langues de terre tapissées de verdure et garanties seulement du flot par une ligne de rochers et d'écueils couverts pour la plupart de ruines antiques. Plus loin , des collines de sable rouge comme celui des déserts d'Egypte s'avancent comme un cap , et servent de reconnaissance aux marins; au sommet de ce cap, on voit les larges
cimes en parasol d'une forêt de pins d'Italie , et l*œil , glissant entre leurs troncs disséminés , va se reposer sur le^ flancs d'une autre chaîne du Liban et jusque sur le promontoire avancé qui portait Tyr (aujourd'hui Sour). Quand je me retournais du côté opposé à la mer, je voyais les hauts minarets des mosquées, comme des colonnettes isolées, se dresser dans Tair bleu et ondoyant du matin ; les forteresses moresques qui dominent la ville et dont les murs lézardés donnent racine à une forêt de plantes grimpantes, de figuiers sauvages et de giroflées; puis les crénelures ovales des murs de défense; puis les cimes égales des campagnes plantées de mûriers ; çà et là les toits plats et les murailles blanches des maisons de campagne ou des chaumières des paysans syriens; et enfin au delà , les pelouses arrondies des collines de Bayrulh, portant toutes des édifices pittoresques, des couvents grecs, des couvents maronites, des mosquées ou des sanlons, et revêtims de feuillages et de culture comme les plus fertiles collines de Grenoble ou çle Chambéry. Pour fond à tout cela , toujours le Liban : le Liban prenant mille courbes , se groupant en gigantesques masses, et jetant ses grandes ombres , ou faisant étinceler ses hautes neiges sur toutes les scènes de cet horizon.
Même date.
J'ai passé la journée entière à parcourir les environs de Bayruth et à chercher un lieu de repos pour y établir une maison.
.rai loué cinq maisons qui forment un groupe , et que
16i VOYAGE
je réunirai par des escaliers de bois, des galeries et des ouvertures. Chaque maison ici n'est guère composée que d'un souterrain qui sert de cuisine, et d'une chambre où couche toute la famille, quelque nombreuse qu'elle soit. Dans un tel climat , la vraie maison , c'est le toit construit en terrasse. C'est là que les femmes et les enfants passent lesjournées et souvent les nuits. Devant les maisons, entre les troncs de quelques mûriers ou de quelques oliviers , l'Arabe construit un foyer avec trois pierres , et c'est là que sa femme lui prépare à manger. On jette une natte de paille sur un bâton qui va du mur aux branches de l'arbre. Sous cet abri se fait tout le ménage. Les femmes et les filles y sont tout le jour accroupies , occupées à peigner leurs longs cheveux , à les tresser, à blanchir leurs voiles , à tisser leurs soies , à nourrir leurs poules , ou à jouer et à causer entre elles, comme dans nos villages du midi de la France , le dimanche matin , les filles se rassemblent sur les portes des chaumières.
Même date , au soir.
Toute la journée a été employée à décharger le brick, et à porter de la ville à notre maison de campagne les bagages de notre caravane. Chacun de nous aura sa chambre. Un vaste champ de mûriers et d'orangers s'étend autour des cinq maisons réunies, et donne à chacun quelques pas à faire devant sa porte , et un peu d'ombre pour respirer. J ai acheté des nattes d'Egypte et des tapis de Damas, pour nous servir de lits et de divans. J'ai trouvé des charpentiers arabes très-actifs et très-intelli-
EN OEIBNT. 16d
gents qui sont déjà à l'ouvrage pour nou» faire des portes et des fenêtres, et ce soir nous irons coucher déjà dans notre nouvelle habitation.
s septembre 1852.
Rien de plus délicieux que notre réveil après la première nuit passée dans notre maison. Nous avons fait apporter le déjeuner sur la plus large de nos terrasses , et nous avons reconnu de Tœil tous les environs.
La maison est à dix minutes de la ville. On y arrive par des sentiers ombragés d'immenses aloès qui laissent pendre leurs figues épineuses sur la tète des passants. On longe quelques arches antiques et une immense tour carrée , bâtie par l'émir des Druzes y Fakardin , tour qui sert aujourd'hui d'observation à quelques sentinelles de l'armée d'Ibrahim-Pacha , qui observent de là toute la campagne. On se glisse ensuite entre les troncs de mûriers, et l'on arrive à un groupe de maisons basses cachées dans les arbres et flanquées d'un bois de citronniers et d*orangers. Ces maisons sont irrégulières, et celle du milieu s'élève comme une tour carrée et pyramide gracieusement sur les autres. Les toits de toutes ces maisonnettes communiquent au moyen de quelques degrés de bois , et forment ainsi un ensemble* asser commode pour des hôtes qui viennent de passer tant de jours sous l'entre-pont d'un navire marchand*
 quelques cents pas de nous la mer s'avance dans les terres ; et vue d'ici , au-dessus des tôles vertes des citronniers et des aloès , elle ressemble à un beau lac intérieur, ou à un large fleuve dont on n'aperçoit qu'un tronçon.
I6i VOYAGE
Quelques barques arabes y sont à Tancre et se balancent mollement sur ses ondulations insensibles. Si nous montons sur la terrasse supérieure , ce beau lac se change en un immense golfe , clos d'un côté par le château moresque de Bayruth, et de l'autre par les immenses murailles sombres de la chaîne de montagnes qui court vers Tripoli. Mais en face de nous l'horizon s'étend davantage : il conmience par courir sur une plaine de champs admirablement cultivés y jalonnés d'arbres qui cachent entièrement le sol , semés çà et là de maisons semblables à la nôtre , et qui élèvent leurs toits comme autant de voiles blanches sur un océan de verdure ; il se rétrécit ensuite entre une longue et gracieuse colline au sommet de laquelle un couvent grec montre ses murailles blanches et ses dômes bleus ; quelques cimes de pins parasols planent, un peu plus haut , sur les dômes mêmes du couvent. La colline descend par gradins soutenus de murailles de pierre , et portant des forêts d'oliviers et de mûriers. La mer vient baigner les derniers gradins ; elle s'écarte ensuite, et une seconde plaine plus éloignée s'arrondit et se creuse pour laisser passer un fleuve qui serpente longtemps parmi des bois de chênes verts, et va se jeter dans le golfe que ses eaux jaunissent sur les bords. Cette plaine ne se termine qn'aux flancs dorés des montagnes. Ces montagnes ne s'élèvent pas d'un seul jet ; elles commencent par d'énormes collines semblables à des blocs immenses , les uns arrondis , les autres presque carrés : un peu de végétation couvre les sommets de ces collines , et chacune d'elles porte ou un monastère ou un village qui réfléchit la lueur du soleil et attire les regards. Les pans
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des collines brillent comme de Tor : ce sont des murailles de grès jaunâtre, concassées par les tremblements de terre, et dont chaque parcelle réfléchit et darde la lumière. Au-dessus de ces premiers monticules, les degrés du Liban s*élargissent; il y a des plateaux d'une ou deux lieues : plateaux inégaux, creusés, sillonnés, labourés de ravins, de lits profonds des torrents, de gorges obscures où le regard se perd. Après ces plateaux , les hautes montagnes recommencent à se dresser presque perpendiculairement ; cependant on voit les taches noires des cèdres et des sapins qui les garnissent , et quelques couvents inaccessibles, quelques villages inconnus qui semblent penchés sur leurs précipices. Au sommet le plus aigu de cette seconde chaîne , des arbres qui semblent gigantesques forment comme une chevelure rare sur un front chauve. On distingue d'ici leurs cimes inégales et dentelées qui ressemblent à des créneaux sur la crête d'une citadelle.
Derrière ces secondes chaînes, le vrai Liban s'élève enfin ; on ne peut distinguer si ses flancs sont rapides et adoucis, s'ils sont nus ou couverts de végétation : la distance est trop grande. Ses flancs se confondent, dans la transparence de l'air, avec l'air même dont ils semblent faire partie ; on ne voit que la réverbération ambiante de la lumière du soleil qui les enveloppe, et leurs crêtes enflammées qui se confondent avec les nuages pourpres du matin, et qui planent comme des îles inaccessibles dans les vagues du firmament.
Si nos regards redescendent de ce sublime horizon des montagnes, ils ne trouvent piartout à se poser que sur
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des gerbes majestueuses de palmiers plantés ça et là dans la campagne auprès des maisons des Arabes , sur les vertes ondulations des têtes de pins laryx, semés par petits bouquets dans la plaine ou sur les revers des collines, sur les haies de nopal , ou d'autres plantes grasses dont les lourdes feuilles retombent comme des décorations de pierre sur les petits murs à hauteur d'appui qui soutiennent les terrasses. Ces murs eux-mêmes sont tellement revêtus de lichens en fleurs, de lierres terrestres, de vignes sauvages, de plantes bulbeuses à fleurs de toutes les nuances, à grappes de toutes les formes, qu'on ne peut distinguer les pierres dont ces murs sont bâtis : ce ne sont que des remparts de verdure et de fleurs.
Enfin, tout près de nous , là , sous nos yeux , deux ou trois maisons semblables aux nôtres , et à demi voilées par les dômes des orangers en fleurs et en fruits, nous offrent ces scènes animées et pittoresques qui sont la vie de tout paysage. Des Arabes assis sur des nattes fument sur les toits des maisons. Quelques femmes se penchent aux fenêtres pour nous voir, et se cachent quand elles s'aperçoivent que nous les regardons. Sous notre terrasse même , deux familles arabes , pères , frères , femmes et enfants, prennent leur repas à l'ombre d'un petit platane sur le seuil de leurs maisons ; et à quelques pas de là , sous un autre arbre , deux jeunes filles syriennes , d'une beauté incomparable, s'habillent en plein air, et couvrent leurs cheveux de fleurs blanches et rouges. Il y en a une dont les cheveux sont si longs et si touffus qu'ils la couvrent entièrement, comme les rameaux d'un saule pleureur recouvrent le tronc de toutes parts; on aperçoit
seulement, quand elle secoue cette ondoyante crinière, son beau front et ses yeux rayonnants do gaieté naïve qui percent un moment ce voile naturel. Elle semble jouir de notre admiration ; je lui jette une poignée de ghazis, petites pièces d'or dont les Syriennes se font des colliers et des bracelets en les enfilant avec un brin de soie. Elle joint ses mains et les porte sur sa tête pour me remercier, et rentre dans la chambre basse pour les montrer à sa mère et à sa sœur.
IS Mpttmbra 1851.
Habib-Barbara, Greo-Syrien établi à Bayrulh et dont la maison est voisine de la nôtre, nous sert de drogman, c'est-à-dire d'interprète. Attaché pendant vingt ans en cette qualité aux différents consulats de France, il parle français et italien ; c'est un des hommes les plus obligeants et les plus intelligents que j'aie rencontrés dans mes voyages : sans son assistance et celle de M. Jorelle, nous aurions eu des peines infinies à compléter notre établissement en Syrie ; il nous procure plusieurs domestiques, les uns grecs, les autres arabes ; j'achète d'abord six chevaux arabes de seconde race, et je les établis, comme font les gens du pays, au gros soleil, dans un champ devant la porte, les jambes entravées par des anneaux de fer, et attachés par un pieu fiché en terre. Je fais dresser une tente auprès des chevaux pour les sais ou palefreniers arabes. Ces hommes paraissent doux et intelligents ; quant aux animaux, en deux jours ils nous connaissent et nous flairent comme des chiens. Habib-
Barbara nous présente à sa femme et à sa fille, qu'il doit marier dans peu de jours : il nous invite à sa noce : curieux d'observer une noce syrienne, nous acceptons, et Julia prépare ses présents pour la fiancée. Je lui donne une petite montre d*or dont j'ai apporté provision pour les circonstances de ce genre; elle y joint une petite chaîne de perles. Nous montons à cheval pour reconnaître les environs de Bayruth ; superbe cheval arabe de madame Jorelle, harnais de velours bleu plaqué d*argent; l)oitrail de bosses du méine métal sculpté, qui flottent en guirlandes et résonnent sur le poitrail de ce bel animal. M. Jorelle me vend un de ses chevaux pour ma femme ; je fais faire des selles et des brides arabes pour quatorze chevaux.
À une demi-lieue environ de la ville, du côté du Levant, rémir Fakardin a planté une forêt de pins parasols sur un plateau sablonneux , qui s'étend entre la mer et la plaine de Bagdad, beau village arabe au pied du Liban : rémir planta, dit-on, cette magnifique forêt pour opposer un rempart à l'invasion des immenses collines de sable rouge qui s'élèvent un peu plus loin et qui menaçaient d'engloutir Bayruth et ses riches plantations. La forêt est devenue superbe ; les troncs des arbres ont soixante et quatre-vingts pieds de haut d'un seul jet , et ils étendent de l'un à l'autre leurs larges têtes immobiles qui couvrent d'ombre un espace immense ; des sentiers de sable glissent sous les troncs des pins et présentent le sol le plus doux aux pieds des chevaux. Le reste du terrain est couvert d'un léger duvet de gazon semé de fleurs du rouge le plus éclatant; les oignons de jacinthes sauvages sont
si gros, qu'ils ne s'écrasent pas sous le fer des chevaux. A travers les colonnades de ces troncs de sapin, on voit d'un côté les dunes blanches et rougeâtres de sable qui cachent la mer, de l'autre, la plaine de Bagdad et le cours du fleuve dans cette plaine, et un coin du golfe, semblable à un petit lac, tant il est encadré par l'horizon des terres , et les douze ou quinze villages arabes jetés sur les dernières pentes du Liban, et enfin les groupes du Liban même , qui font le rideau de cette scène. La lumière est si nette et l'air est si pur, qu'on distingue à plusieurs lieues d'élévation, les formes des cèdres ou des caroubiers sur les montagnes, ou les grands aigles qui nagent sans remuer leurs ailes dans l'océan de TÉther. Ce bois de pins est certainement le plus magnifique 4e tous les sites que j'ai vus dans ma vie. Le ciel, les montagnes, les neiges, l'horizon bleu de la mer, l'horizon rouge et funèbre du désert de sable ; les lignes serpentantes du fleuve ; les têtes isolées des cyprès ; les grappes des palmiers épars dans les campagnes ; l'aspect gracieux des chaumières couvertes d'orangers et de vignes retombant sur les toits ; l'aspect sévère des hauts monastères maronites faisant de larges taches d'ombre ou de larges jets de lumière sur les flancs ciselés du Liban , les caravanes de chameaux chargés de marchandises de Damas, qui passent silencieusement entre les troncs d'arbres; des bandes de pauvres Juifs montés sur des ânes, tenant deux enfants sur chaque bras; des femmes enveloppées de voiles blancs , à cheval , marchant au son du fifre et du tambourin, environnées d'une foule d'enfants vêtus d'étoffes rouges brodées d'or, et qui dansent devant leura