‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 4)Chapitre 27 sur 85 · LE CRI DE L^AME · texte numérisé non relu

LE CRI DE L^AME

Quand le souffle divin qui flotte sur le monde S'arrête sur mon àme ouverte au moindre vent , Et la fait tout à coup frissonner comme une onde Où le cygne s'abat dans un cercle mouvant ;

Quand mon regard se plonge au rayonnant abime Où luisent ces trésors du riche firmament , Ces perles de la nuit que son souffle ranime , Des sentiers du Seigneur innombrable ornement ;

Quand d'un ciel de printemps l'aurore qui ruisselle , Se brise et rejaillit en gerbes de chaleur , Que chaque atome d'air roule son étincelle , Et que tout sous mes pas devient lumière ou fleur ;

Quand tout chan teou gazouille, ou roucoule oubourdonne y Que dlmmortalité tout semble se nourrir , Et que l'homme ébloui de cet air qui rayonne , Croit qu'un jour si vivant ne pourra plus mourir ;

Que je roule en mon sein mille pensers sublimes, Et que mon faible esprit ne pouvant les porter S'arrête en frissonnant sur les derniers abîmes, Et , faute d'un appui , va s'y précipiter ;

Quand , dans le ciel d'amour où mon âme est ravie, Je presse sur mon cœur un fantôme adoré , Et que je cherche en vain des paroles de vie Pour l'embraser du feu dont je suis dévoré ;

Quand je sens qu'un soupir de mon âme oppressée Pourrait créer un monde en son brûlant essor. Que ma vie userait le temps , que ma pensée En remplissant le ciel déborderait encor :

Jéhova ! Jéhova ! ton nom seul me soulage !

Il est le seul écho qui réponde à mon cœur !

Ou plutôt ces élans , ces transports sans langage , Sont eux-méme un écho de ta propre grandeur !

Tu ne dors pas souvent dans mon sein , nom sublime! Tu ne dors pas souvent sur mes lèvres de feu : , Mais chaque impression t'y trouve et t'y ranime. Et le cri de mon âme est toujours toi , mon Dieu!

Page 1