LÀ RETRAITE
RÉPONSE A H VICTOR HUGOr
Je sommeillais sans rêve , 0>mme Écho dans mes bois ; Mais qu'une voix s'élève , Soudain la mienne achève ; Un son me rend la voix.
Que celle qui m'éveille A de touchans concerts !
Jamais à mon oreille Harpe ou lyre pareille N'enchanta ces déserts.
Depuis l'heure charmante Où le servant d'amour, Sa harpe sous sa mante , Venait pour une amante Soupirer sous la tour.
Voir, à la fln du volume, les vers de M. Victor Hugo.
C'est la voix fraîche et pure D'un enfant des cités y Qui y las de leur murmure , Demande à la nature Des jours plus abrités ;
Un toit où se repose L'ombre des bois épais, Un ruisseau qui l'arrose Et le buisson de rose Où l'oiseau chante auprès !
L'uniforme habitude Qui lie au jour le jour.
Point de gloire où d'étude , Rien que la solitude , La prière et l'amour !
Ah ! ton rêve est un rêve , Ami f ce rien est tout!
Ta vie a trop de sève ; Mais attends , l'âge enlève L'ivresse et le dégoût !
Plus, hélas! sur la terre L'homme compte de jours, Plus la route est sévère , Et plus le cœur resserre Sa vie et ses amours !
Fuis ces champs ^e baUiUe Où Tinsecte pensant S'agitç et se travaille Autour d'uQ Imn de paille Qu'écrase le passant !
Je sais sur )a colline Une blanche maison ; Un rocher la domine f Un buisson d'aubépine Est tout son horizon.
Là jamais ne s'élève Bruit qui fasse penser ; Jusqu'à ce qu'il s'achève , On peut mener son rêve Et le recommencer.
Le clocher du village Surmonte ce séjour ; Sa voix comme un hommage Monte au premier nuage Que colore le jour !
Signal de la prière , Elle part du saint lieu.
Appelant la première L'enfant de la chaumière A la maison de Dieu.
Aux sons que Tëcho roule Le long des églantiers , Vous voyez lliumble foule Qui serpente et s'écoule Dans les pieux sentiers ;
C'est la pauvre orpheline Pour qui le jour est court.
Qui déroule et termine Pendant qu'elle chemine Son fuseau déjà lourd ;
C'est l'aveugle que guide Le mur accoutumé , Le mendiant timide Et dont la main dévide Son rosaire enfumé ;
C'est l'enfant qui caresse En passant chaque fleur, Le vieillard qui se presse :
L'enfance et la vieillesse Sont amis du Seigneur !
La fenêtre est tournée Vers le champ des tombeaux , Où l'herbe moutonnée Couvre après la journée Le sommeil des hameaux.
ET religieuses; 221
Plus d'une fleur nuance Ce voile du sommeil ; Là tout fut innocence , Là tout dit : Espérance !
Tout parle de réveil !
Mon œil , quand il y tombe , Voit l'amoureux oiseau Voler de tombe en tombe , Ainsi que la colombe Qui porta le rameau ;
Ou quelque pauvre veuve Aux longs rayons du soir Sur une pierre neuve , Signe de son épreuve , S'agenouiller, s'asseoir ;
Et , l'espoir sur la bouche , Contempler du tombeau , Sous les cyprès qu'il touche , Le soleil qui se couche Pour se lever plus beau.
Paix et mélancolie Veillent là près des morts , Et l'âme recueillie Des vagues de la vie Croit y toucher les bords!