‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 4)Chapitre 44 sur 85 · HYMNE · texte numérisé non relu

HYMNE

L'aube sur le rocher lance un trait de lumière, L'oiseau chante avant moi : Béni soit le Seigneur ! Ce nom est plus tôt dans mon cœur Que le jour n'est dans ma paupière !

Je disais autrefois : Que ferai-je aujourd'hui? Et la gloire, et l'amour, et mes vaines pensées Disputaient au réveil mes heures insensées ; Mais le cœur me disait : Tous les jours sont à lui I

Tous mes jours maintenant sont à lui dès l'aurore,

Ils sont à lui jusqu'au sommeil , Celui dans qui mon cœur se lève à mon réveil , Mon cœur en s'endormant , en lui se couche encore ! Je ne me souviens plus quel sens avaient ces mots : Amour qu'use le temps , gloire qu'un jour efface, Espoir qui nous trahit , volupté qui nous lasse , Ils n'ont pas dans mon âme imprimé plus de trace

Que le nuage sur les flots !

Ils sont à mon oreille une langue étrangère

Qu'on entend résonner et qu'on ne comprend pas;

Et j'ai même oublié l'impression légère

Qu'ils faisaient sur mon cœur quand j'étais d'ici-bas !

Ah ! qu'une seule idée à sa source élancée

Fait franclûr de di&tatice à Pâme qui la suit !

Qu'un seul rayon d'en haut éclaire de pensée !

Le jour difTère moins des ombres de la nuit ,

Et le couchant, Seigneur, est moins loin de l'aurore,

Que l'âme qui t'adore

De l'âme qui te fuit !

Depuis que des mortels abandonnant la scène , J'ai rejeté le pain dont leurs cœurs sont nourris , Mes cheveux ont blanchi comme le tronc du chêne , En rides sur mon front mes jours se sont écrits ! Et les ans , lourds anneaux ajoutés à ma chaîne , Ont courbé sous leur poids mes membres amaigris. Mais je n'ai pas compté combien de fois la terre A respiré d'en haut le souffle du printemps !

Combien de fois sur mon roc solitaire L'aigle a changé sa plume et le chêne ses glands! A mon âme, 6 mon Dieu , de toi seul possédée, Que sert un temps écrit ? que sert un jour compté ? Tous les temps n'ont qu'un jour à qui n'a qu'une idée , Celui qui vit en toi date en éternité !

Le silence et la solitude De leur rouille ont usé mes sens , Mon oreille des sons a perdu l'habitude ,

Ma bouche pour parler cherche en vain des accens ;

Mon corps, courbe par la prière.

Insensible au soleil , aux hivers endurci ,

Est aussi rude que la pierre

Que mes pieds nus foulent ici !

Mais le sens qui t'adore a grandi dans mon âme , C'est le seul désormais dont ma vie ait besoin ; Il voit, il sent, il touche, il entend, il proclame Jjes choses de plus haut et son Dieu de plus loin ! Pour s'élever à toi mon aile est plus rapide , Mon esprit plus muet en toi s'anéantit ! Ainsi plus le temple est vide , Plus l'écho sacré retentit !

ÉTERNITÉ DE LA NATURE, BRIÈyETÉ DE L'HOMME.

Page 1