‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 4)Chapitre 45 sur 85 · CANTIQUE · texte numérisé non relu

CANTIQUE

Roulesç dans vos sentiers de flamme, Astres y rois de Timmensité !

Insultez, écrasez mon âme Par votre presque éternité !

Et vous, comètes vagabondes, Du divin océan des mondes Débordement prodigieux , Sortez des limites tracées , Et révélez d'autres pensées De Celui qui pensa les cieux !

Triomphe , immortelle nature , A qui la main pleine de jours Prête des forces sans mesure , Des temps qui renaissent toujours !

La mort retrempe ta puissance ; Donne, ravis, rends l'existence A tout ce qui la puise en toi ; Insecte éclos de ton sourire,

Je nais, je regarde et j'expire , Marche et ne pense plus à moi !

Vieil ocëan , dans tes rivages Flotte comme un ciel ëcumant y Plus orageux que les nuages , Plus lumineux qu'un firmament!

Pendant que les empires naissent , Grandissent, tombent, disparaissent Avec leurs générations , Dresse tes bouillonnantes crêtes , Bats ta rive , et dis aux tempêtes :

Où sont les nids des nations ?

Toi qui n'es pas lasse d'éclore Depuis la naissance des jours, Lève-toi, rayonnante aurore, Ck>uche-toi; lève-toi toujours!

Réfléchissez ses feux sublimes , Neige éclatante de ces cimes , Où le jour descend comme un roi !

Brillez , brillez pour me confondre ; Vous qu'un rayon du jour peut fondre , Vous subsisterez plus que moi !

Et toi qui t'abaisse et t'élève Comme la poudre des chemins , Comme les vagues sur la grève , Race innombrable des humains, Survis au temps qui me consume ,

Engloutis-moi dans ton écume , Je sens moi-même moq néant ; Dans ton sein qu'est-ce qu'une vie ?

Ce qu'est une goutta de pluie Dans les bassins de l'Océan !

Vous mourez pour renaître encore^ Vous fourmillez dans vos sillons !

Un souHIe du soir à l'aurore Renouvelle vos tourbillons!

Une existence évanouie Ne fait pas baisser d'une vie Le flot de l'être toujours jidein ; Il ne vous manque quand j'expire , Pas plus qu'à l'homme qui respire Ne manque un souffle de son sein !

Vous allez balayer ma cendre } L'homme ou l'insecte en renaîtra 1 Mon nom brûlant de se répandre Dans le nom commun se perdra ; Il fut ! voilà tout ! bientôt même L'oubli couvre ce mot suprême , Un siècle ou deux l'auront vaincu !

Mais vous ne pouvez , 6 nature !

Effacer une créature ; Je meurs ! qu'importe ? j'ai vécu !

Dieu m'a vu ! le regard de vie S'est abaissé sur mon néant ,

Votre existence rajeunie A des siècles , j'eus mon iqstant !

Mais dans la minute qui passe li'infini de temps et d'espace Dans mon regard s'est répété I Et j'ai vu dans ce point de ^ctre La même image m'ai4)araitre Que vous dans votre immensité !

Distances incommensurables , Abtmes des monts et des cieux , Vos mystères inépuisables Se sont révélés à mes yeux !

J'ai roulé dans mes vœux sublimes Plus de vagues que tes abimes N'en roulent , 6 mer en courroux !

Et vous y soleils aux yeux de flamme , Le regard brûlant de mon âme S'est élevé plus haut que vous !

De l'Être universel , unique ,

La splendeur dans mon ombre a lui ,

Et j'ai bourdonné mon cantique

De joie et d'amour devant lui !

Et sa rayonnante pensée

Dans la mienne s'est retracée ,

Et sa parole m'a connu !

£t j'ai monté devant sa face ,

Et la nature m'a dit : Passe ;

Ton sort est sublime , il t'a vu !

Vivez donc vos jours sans mesure !

Terre et ciel ! céleste flambeau !

Montagnes, mers, et toi, nature , Souris longtemps sur mon toinbeau !

EfFacë du livre de vie , Que le néant même m'oublie !

J'admire et ne suis point jaloux !

Ma pensée a vécu d'avance.

Et meurt avec une espérance Plus impérissable que vous !

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