‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 4)Chapitre 59 sur 85 · DELPHINE GAY · texte numérisé non relu

DELPHINE GAY

Aubord de tesyeux bleus tremblaientdeuxlarmespures; La pervenche à ses fleurs ainsi voit s'étancher Deux perles de la nuit que des feuilles obscures Empêchent de sécher !

Sur tes lèvres collé , ton doigt disait : Silence! Car Tenfant de ta sœur dormait dans son berceau ^ Et ton pied suq)endu le barçait en cadence Sous son mobile arceau.

La mort avait jeté son ombre passagère Sur cette jeune couche ; et dans ton œil troublé , Dans ton sein virginal tout le cœur d'une mère D'avance avait parlé ,

Et tu pleurais de joie, et tu tremblais de crainte , Et quand un seul soupir trahissait le réveil , Tu chantais au berceau l'amoureuse complainte Qui le force au sommeil !

Ah ! qu'une autre te voie , enfant de lliarmonie j Trouvant que sur les cœurs un empire est trop peu f ^ Lancer d'un seul regard l'amour et le génie,. * La lumière et le feu !

Qu'il t'écoute chanter comme un autre respire/ Gomme le vent murmuré en s'exhalant des bois, Harpe! écho de nos cœurs ! et dont chaque vent tire Une seconde voix !

3i6 A MADEMOISELLE DELPHINE GAY.

Pour moi j quand la mémoire évoque ton image , Je te vois , Toeil éteint par la veille et les pleurs , Sans couronne et sans lyre , et penchant ton visage Sur un lit de douleurs!

Je t'entends murmurer ces simples mots de Vàmie Que la douleur enseigne à ce qui sait sentir ! Et ces chants enfantins que la f^us humble femme Fait le ftnenx retentir 1

Et je dis en moi-même : Oh ! périsse la lyre! De la gloire à son coeur le calice est amer ! Le génie est une âme : on l'oublie y on l'admire ; Elle savait aimer !

L'étoile de la gloire » astre dé sombre augure, Semblable à l'insensé qui secoue un flambeau , Éblouissant nos jours , les pousse à Taventure Vers un brillant tombeau.

L'étoile de la femme est la pUe lumière Qui se cache le jour dans l'azur étoile , Monde mystérieux que seule à la paupière La nuit a révélé !

Sur le front qui l'admire elle luit en silenee ; Elle illuaiine à peine un point du firmament y Et de ses doux rayons l'amoureuse influence N'enivre qu'un amant!

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