‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 4)Chapitre 64 sur 85 · A MADAME TASTU · texte numérisé non relu

A MADAME TASTU

Dans le clocher de mon village Il est un sonore instrument , Que j'écoutais dans mon jeune âge Comme une voix du firmament.

Quand , après une longue absence, Je revenais au toit natal , J'ëpiais dans Tair , à distance.

Les doux sons du pieux métal.

Dans sa voix je croyais entendre La voix joyeuse du vallon ; La voix d'une sœur douce et tendre , D'une mère émue à mon nom !

Maintenant quand j'entends encore Ses sourds tintemens sur les flots, Chaque coup du battant sonore Me semble jeter des sanglots.

Pourquoi? Dans la tour isolée C'est le même timbre ai^entin ; Le même hymne sur la vallée , Le même salut au matin !

Ahl c'est que depuis le baptême La cloche au triste tintement A tant sonné pour ceux que j'aime L'agonie et l'enterrement !

C'est qu'au lieu des jeunes prières Ou du Te Deum triomphant , Il fait vibrer les froides pierres De ma mère et de mon enfant 1

Ainsi quand ta voix si connue Revint hier me visiter, Je crus que du haut de la nue L'ancienne joie allait chanter.

Mais y hélas! du divin volume Où tes doux chants m'étaient ouverts Je ne sais quel flot d'amertume Coulait en moi dans chaque vers !

C'est toujours le même génie y La même âme, instrument humain ; Mais avec la même harmonie , Comme tout pleure sous ta main !

kh ! pauvre mèro ! Àh ! pauvre fipmme !

On ne trompe pas le malheur ; Les vers sont le timbre de Y^me ; La voix se brise avec le cœuv.

Toujours ai) sort le cljiant s'accorde.

Tu veux sourire &i vain ; je voi Une larme sur chaque qorde Et des frissons sur chaque doigt.

A ces vains jeux de rhasmonie Disons ensemble un long adieu.

Pour sécher les pleurs du génie Que peut la lyve? Il faut un Dieu.

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