‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 4)Chapitre 65 sur 85 · MADEMOISELLE ËLI3Ë MOR^AU · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE ËLI3Ë MOR^AU

BU« aTiilteln an*l...e*ett bien lAl pour mourir..^

LAMâBTiin.

Lorsque le crépuscule abandonnant la terre , Jette un dernier reflet sur la voûte deâ cieux , Aux lueurs du flambei^u de rasti?ci du mystère » Seule j'aipie k fipra.Yir les ipoij^t^. ^}^ocieux.

Comme un ange qui vole aux plaines immortelles , Mon àme , recouvrant toute sa pureté.

S'élance d'ici-bas, et , déployant ses ailes y Se ploQge 4ans l'immeipisité.

* Cette pièce de yen est extraite d*uii recueil de poésies publiées par mademoiselle ÉHse Moveaii sous le titre de Mêoêê d'unt jmtnê flUê.

Là , voguant au travers de ces inondes sans nombre Que n'entrevit jamais un profane mortel , Au temple de Tagneau se glissant comme une ombre , Elle vient s'incliner aux pieds de l'Étemel.

Palais du Roi des rois, régions fortunées ,

Qu'en songe le poète aime à vous parcourir !

Heureux ! il n'entend plus le torrent des années

Qui murmure aux humains : «Vous naissez pour souffrir. »

Digne objet de mes chants , 6 vous dont le génie Inventa des accords si magiques y si doux , N'est-ce pas, la douleur du poète est bénie?

Chantre du Tout-Puissant , qui le sait mieux que vous !

Quelle ardeur vous guida vers ces cités antiques Que le Christ arrosa de son sang précieux ; Où de Jérusalem les vallons romantiques Comme un songe d'amour éblouirent vos yeux?

Ah ! sans doute , le soir, dans ces vastes prairies Que baigne le Jourdain avec ses flots dorés.

Vous veniez égarer vos saintes rêveries, Et chanter de David les cantiques sacrés ?• • .

Puis un ange était là ! ... L'étoile qui scintille Quand la nuit sur le ciel fait flotter ses cheveux , Est moins douce aux regards que cette jeune fille Qui vousnommaitson père, et comblait tous vosvœux

Combien ces tendres soins parfumaient votre vie ! Vos jours coulaient près d'elle inondés de bonheur; Tout à coup , 6 destin ! elle vous est ravie ! Morte!!!morteàdouzeans!...TurasvouluySeigneur!...

Moi je sais la douleur, inconsolable père.

Je suis jeune, et pourtant j'ai déjà bien pleuré ;

Et j'ai compris vos maux , quand votre enfant si chère,

S'enfuit comme une sainte au palais éthéré.

Il est cruel , poignant , de perdre ceux qu'on aime ; C'est un énorme poids qui tombe sur le cœur.

La mort , monstre inhumain , qui fit pâlir Dieu même , Enveloppe nos jours d'un réseau de douleur.

Qui vous eût dit , hélas ! que la vierge naïve Que vous veniez baiser au front chaque matin , Serait comme la fleur dans les déserts captive , Qu'un soufHe du Simoun finirait son destin !

Mais sur ce globe sombre où toujours le génie A chacun de ses pas brise une illusion , Et ne trouve en passant dans les champs de la vie Que chagrins et déception ;

Ah ! dites , qu'aurait fait votre fille , ô poète ? Si dès le frais matin de ses joyeux quinze ans, Émue au bruit des vents jouant dans la tempéle , Elle avait essayé de timides accens ?

Ah ! ce qu'elle aurait fait ?• . . Dans un jour de délire , Au livre de la gloire elle aurait voulu lire ! ^ Sous ses doigts délicats votre harpe eût vibré ; Sa belle âme eût plané loin , bien loin de la terre ; Elle eût voulu des cieux sonder le grand mystère y Et triste , ainsi que moi | peut-être elle eût pleuré ! • • •

Elle ne pleura point... De son jeune visage

Le soleil d'Orient dévorait les couleurs (

Dieu lui dit : « Viens, enfant , fuis cette aride plage ,

a Viens , dirige tes pas vers le sacré rivage ;

a D'une gloire immortelle on y cueille les fleurs. •• »

Loin d'un père adoré si l'on peut être heureuse. Elle l'est au séjour du bonheur étemel ; Mais de ce lieu d'exil , son ombre vaporeuse Sans doute quelquefois descend toute rêveuse. Et vient errer le soir près du toit paternel ?...

A l'heure où tout s'endort , lorsqu'une fraîche brise Passe comme un oiseau sur les bords de l'Autise*, Sous un bosquet ombreux , Lamartine , je fuis , Pour pleurer Julia dans lé cahne des nuits; Puis je crois voir un ange aux deux ailes de flamme, Qui me montre une étoile, en disant : C'est son âme! L'astre charmant sur moi jette un regard d'amour, Et son raycm se glisse au terrestre séjour ...

* Petite rifièie.

Écoutons : k Quit en silence Roule son char^vers le couchant ; La pâle lune se balance Entre des nuages d'ai^ent ) Oh ! qud charme dans la natui-e !

Le zéphyr BioUement murmure , La blanche colombe a gémi ; Le rossignol plaintif soupire Des airs doux comme le sourire D'un enfant qui dort à demi !

Combien d'images gracieuses , A mes regards viennent s'offrir !

Des ombres en robes soyeuses Autour de moi semblent courir!

Des voix qui n'ont rien de la terre Parlent tout bas avec mystère Près de moi ^ pauvre solitaire^ Qui rêve quand le jour a fui ; Qu'il est sublime I ce langage!

Le doux bruSt des flots sur la plage Est moins harmonieux que lui !

Vous dont la parole magiq[ue Semble un soupir du roi des cieux ; Poète à la voix sséraphique ,

Vous, rOvide des cœurs pieux, N'est-ce pas ? Oui , c'était bien Theure Où pensif au pied des autels , Comme un timide enfant qui pleure, Vous disiez vos vers immortds?

Oh! reprenez encor la lyre, Invoquez le grand Jéhova ; Comme un chérubin qui délire , Chantez... la terre applaudira...

Mais si vous gardez le silence , Si désormais l'on n'entend plus Cette harmonieuse cadence Qui vibrait aux cœurs des élus ;

Quel autre après vous, grand poète, Osera louer le Seigneur ?

Qui saisira cette palette , Éblouissante de fraîcheur ?

Qui serait assez téméraire ,

Pour vous suivre au plus haut des cieux ,

Et jusqu'au sacré sanctuaire

Poser un pied audacieux ?

Qui pourrait , planant dans l'espace , Comme l'aigle amant des déserts , Du Trè&-Haut contempler la face Que voile le feu des éclairs ?

Quel autre le soir, sur la grève , Modulerait des chants plaintife Au bruit de Tonde que soulève La rame des légers esquifs ?

Oh ! reprenez encor la lyre , Invoquez le grand Jéhova; Comme un chérubin qui délire, Chantez. . . la terre applaudira.

Hier , à l'heure où la nuit pâle Vient couvrir le vaste univers , Un fantôme en robe d'opale Glissa lentement sur les airs ; Puis une douce symphonie Roula des torrens d'harmonie Enivrans à faire mourir ; Et l'ombre au céleste visage Fit entendre au vallon sauvage , Sa voix faible comme un soupir. . .

« Chantre du Dieu puissant qui nous donna la vie, a Doux ami qui souvent m'endormis sur ton cœur ; « Mon père, entends la voix de ton enfant chérie : ce Oh ! célèbre encor le Seigneur !

« Et puis souris aux chants d'une humble jeune fille, a Pauvre fleur du désert , faible étoile qui brille, a Ou plutôt qui s'éteint sous un ciel tout en deuil ;

a A peine de la vie elle a touché le seuil , « Que la main du malheur pâlit eon front qui penche « Mon père , soaVien&*toi de cette roâé Uànche a Qu'elle jette sur mon cercueils • • »

RÉPONSE} DE M. h. DE LAMàHTINE

A MADEMOISELLB ÉLISE MOHBAU.

Que le ciel et mon cœur bénissent ta pensée ! Tu pleures avec moi ce qtie la mort m'a pris! Oh ! que par ta pitié cette larme versée Devienne une perlé sans prix ! . . .

Que l'ange de ton cœur devant Dieu la suspende Pour la faire briller de la splendeur des cieax ; Et qu'en larmes de joie un jour il te les rende, Ces pleurs, aumône de tes yeux!...

Page 1