II. S
C'est que la mort n'est pas ce que la foule en pense ! C'est l'instant où notre âme obtient sa récompense ^ Où le fils exilé rentre au sein paternel.
Quand nous penchons près d'elle une oreille inquiète , La voix du trépassé, que nous croyons muette , A commencé l'hymne éternel !
Plus tôt que je n'ai dû , je reviens dans la lice ; Mais tu le veux , ami ! ta muse est ma complice ; Ton bras m'a réveillé ; c'est toi qui m'as dit : « Va ! a Dans la mêlée encor jetons ensemble un gage.
a De plus en plus elle s'engage, ce Marchons y et confessons le nom de Jéhova ! »
J'unis donc à tes chants quelques chants téméraires. Prends ton luth immortel : nous combattrons en frères Pour les mêmes autels et les mêmes foyers.
Montés au même char , comme un couple homérique , Nous tiendrons , pour lutter dans l'arène lyrique , Toi la lance , moi les coursiers.
Puis y pour faire une part à la faiblesse humaine , Je ne sais quelle pente au combat me ramène.
J'ai besoin de revoir ce que j'ai combattu , De jeter sur l'impie un dernier anathème ^
De te dire, à toi, que je t'aime, Et de chanter encore un hymne à la vertu !
Ah! nous ne sommes plus au temps où le poète Parlait au ciel en prêtre , à la terre en prophète ! Que Moïse , Isaîe , apparaisse en nos champs , Les peuples qu'ils viendront juger , punir , absoudre , Dans leursyeux pleins d'éclairs méconnaitrontlafoudre Qui tonne en éclats dans leurs chants.
Vainement ils iront s'écriant dans les villes :
« Plus de rébellions ! plus de guerres civiles !
ce Aux autels du Veau d'or pourquoi danser toujours?
« Dagon va s'écrouler ; Baal va disparaître.
€< Le Seigneur a dit à son prêtre :
a — Pour faire pénitence ) ils n'ont que peu de jours!
« Rois, peuples, couvrez-vousd'un sac souillé de cendre! ce Bientôt sur la nuée un juge doit descendre, ce Vous dormez ! que vos yeux daignent enfin s'ouvrir. « Tyr appartient aux flots , Gomorrhe à l'incendie , ce Secouez le sommeil de votre âme engourdie , a Et réveillez-vous pour mourir !
« Ah ! malheur au puissant qui s'enivre en des fêtes , ce Riant de l'opprimé qui pleure , et des prophètes ! « Ainsi que Balthazar ignorant ses malheurs, ce II ne voit pas , aux mui*s de sa salle bi'uyante , « Les mots qu'une main flamboyante
« Trace en lettres de feu parmi les nœuds de fleurs !
« U sera rejeté comme ce noir Génie , c Effrayant par sa gloire et par son agonie, « Qui tomba jeune encor, dont ce siècle est rempli. « Pourtant Napoléon du monde était le faite, ce Ses pieds éperonnés des rois pliaient la tête, <c Et leur tête gardait le pli.
ce Malheur donc! — Malheur même au mendiant qui frappe, a Hypocrite et jaloux , aux portes du satrape ! « A l'esclave en ses fers! au maître en son château ! a A qui, voyant marcher l'innocent aux supplices,
ce Entre deux meurtriers complices , a N'étend point sous ses pas son plus riche manteau !
«t Malheur à qui dira : — Ma mère est adultère ! « A qui voile un cœur vil sous un langage austère ! ce A qui change en blasphème un serment effacé ! « Au flatteur médisant , reptile à deux visages ! a A qui s'annoncera sage entre tous les sages ! « Oui j malheur à cet insensé !
ce Peuples , vous ignorez le Dieu qui vous fît nattre ; ce Et pourtant vos regards le peuvent reconnaître ctDansvosbiens,dansvosmaux,àtouteheure,entoutlieu! a UnDieucomptevosjours, unDieurègneen vos fêtes.
a Lorsqu'un chef vous mène aux conquêtes , a I^ bras qui vous entraine est poussé par un Dieu!
« A sa voix y en vo6 tempi de folie et de ciime , «r Les révoluttûns ont ouvert leur abime.
« Les justes ont versé tout leur sang précieux; <r Et les peuples, troupeau qui dormait sous le glaive, « Ont vu , comme Jacob , dans un étrange rêve, « Des anges remonter aux cieux !
a Frémissez donc ! Bientôt , annonçant sa venue , ic Le clairon de TArchange entr'ouvrira la nue. tt Jour d'éternels tourmens ! jour d'éternel bonheur 1 a Resplendissant d'éclairs , de rayons , d'auréoles ,
a Dieu vous montrera vos idoles, ce Et vol» demandera : -*- Qui donc est le Seigneur?
« La trompette , sept fois sonnant dans les nuées , « Pouasera jusqu'à lui, pâles, exténuées, a Les races à grands flots sa heurtant dans la nuit ; ce Jésus appellera sa mère virginale ; a Et la porte céleste^ et la porte infernale « S'ouvriront ensemble avec bruit !
« Dieu vous dénombrera d'une voix solennelle. « Les rois se courberont sous le vent de son aile. « Chacun lui portera son espoir ^ ses remords. u Souslesmers, sur lesmonts, au fond des catacombes,
« A travers le marbre des tombes , a Son souffle remura la pdusaière des motts!
« O siècle! arrache-toi de tes pensers frivoles, «r L'air va bientôt manquer dans l'espace où tu voles 1
<r Mortels! gloire, plaisirs, bi^is, tout est vanité! « AquoipeDsez-vousdoncyVousquidansvosdemeures « Voulez voir en riant entrer toutes les heures ?.«• < L'Éternité! l'Éternité ! »
Nos sages répondront : — « Que nous veulent ceshommes? a Ilsnesontpasdumondeetdutempsdontnous sommes. « Ces poètes sont-ils nés au sacré vallon ?
a Où donc est leur Olympe ? où donc est leur Parnasse?
<c Quel est leur dieu qui nous menace ?
« A-t-il le char de Mars? a-t-il l'arc d'Apollon ?
a S'ils veulent emboucher le clairon de Pindare, « N'ont-ils pas Hiéron , la fille de Tindare , « Castor, Pollux, l'Élide et les Jeux des vieux temps, « L'arène où l'encens roule en longs flots de fumée, cr La roue aux rayons d'or de clous d'airain semée, a Et les quadriges éclatans?
« Pourquoi nous effrayer de clartés symboliques ?
a Nousaimonsqu'on nouscharmeen des chantsbucoliques,
a Qu'on y fasse lutter Ménalque et Palémon*
« Pour dire l'avenir à notre âme débile,
tf On a l'écumante Sibylle, ce Que bat à coups pressés l'aile d'un noir démon.
a Pourquoi dans nosplaisirsnoussuivrecommeuneombre?
oc Pourquoi nous dévoiler dans sa nudité sombré ce L'affreux sépulcre, ouvertdevantnospastreniblans? a Anacréon , chargé du poids des ans moroses , ce Pour songer à la mort se comparait aux roses « Qui mouraient sur ses cheveux blancs.
« Yii^e n'a jamais laissé fuir de sa lyre
« Des vers qu'à Lycoris son Gallus ne pût lire^
« Toujours l'hymne d'Horace au sein dés ris est né;
a Jamais il n'a versé de larmes immortelles :
a La poussière des cascatelles « Seule a mouillé son luth de myrtes couronné ! »
Voilà de quels dédains leurs âmes satis&ites Accueilleraient, ami , Dieu même et ses prophètes! Et puis 9 tu les verrais, vainement irrité.
Continuer, joyeux, quelque festin folâtre, Ou pour dormir aux sons d'une lyre idolâtre Se tourner de l'autre côté»
Mais qu'importe? accomplis ta mission sacrée. Chante , juge , bénis ; ta bouche est inspirée ! Le Seigneur en passant t'a touché de sa main ; Et pareil au rocher qu'avait frappé Moise,
Pour la foule au désert assise , I^ poésie en flols s'échappe de ton sein !
Moi , fussé-je vaincu , j'aimerai ta victoire. Tu le sais, pour mon cœur, ami de toute gloire, Les triomphes d'autrui ne sont pas un affront. Poète, j'eus toujours un chant pour les poètes ; Et jamais le laurier qui pare d'autres têtes ^ Ne jeta d'ombre sur mon front !
Souris même à l'envie amère et discordante.
Elle outrageait Homère ; elle attaquait le Dante. Sous l'arche triomphale elle insulte au guerrier. Il faut bien que ton nom dans ses cris retentisse ;
Le temps amène la justice :
laisse tomber l'orage et grandir ton laurier !
Telle est la majesté de tes concerts suprêmes , Que tu semblés savoir comment les anges mêmes Sur les harpes du ciel laissent errer leurs doigts ! On dirait que Dieu même , inspirant ton audace , Parfois dans le désert t'apparalt iace à faoe , Et qu'il te parle avec la voix !
VIH DU TOHB •■DXlfem.