‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 5)Chapitre 12 sur 88 · DANS LES APENNINS · texte numérisé non relu

DANS LES APENNINS

Esprit de l'homme , un jour sur ces cimes glacées Loin d'un monde odieux quel soulïle t'emporta? Tu fus jusqu'au sommet chassé par tes pensées; ' Quel charme ou quelle horreur à la fin t'arrêta?

Ce furent ces forêts , ces ténèbres , cette onde , Et ces arbres sans date, et ces rocs immortels, Et cet instinct sacré qui cherche un nouveau monde Loin des sentiers battus que foulent les mortels.

Tu n'y vécus pas seul ; soi^s des'iormes divines, Tes apparitions peuplèrent ce beau lieu ; Tu voyais tour à tour passer sur ces collines L'esprit de la tempête et le souffle de Dieu.

Sans doute ils t'enseignaient ce sublime langage Que parle la nature au cœur des malheureux ; Tu comprenais les vents, le tonnerre et l'orage, Gomme les éléments se comprennent entre eux.

L'esprit de la prière et de la solitude Qui plane sur les monts , les torrents et les bois, Dans ce qu'aux yeux mortels la terre a de plus rude , Appela de tout temps des âmes de son choix !

Venez, venez, dit-il à l'amour qui regrette.

Au génie opprimé sous un ingrat oubli , Au proscrit que son toit redemande et rejette, Au cœur qui goûta tout et que rien n'a rempli.

Venez, enfants du ciel , orphelins sur la terre , Il est encor pour vous un asile ici-bas !

Mes trésors sont cachés , ma joie est un mystère , Le vulgaire l'admire et ne la comprend pas !

Mais si votre œil pensif au ciel s'élève encore Pour contempler la nuit qui se fond dans les airs , Si vous aimez à voir les étoiles éclore , Ou la lune onduler dans la lame des mers ;

Si la voix du torrent, qui gémit dans l'abîme Et se brise en sanglots de rocher en rocher, A votre lèvre encore arrache un cri sublime, Et force malgré vous vos pas à s'approcher ;

Couché sous ces sapins aux feuilles dentelées, Si votre oreille écoute avec ravissement Glisser dans les rameaux ces brises modulées Comme les sons plaintifs d'un céleste instrument ;

7i HARMONIES POÉTIQUES.

Si ce germe arraché d*uDe plante divine , L*espéranoe , en vos cœurs malgré vous refleurit Et crott dans le désert, pareille à la racine Que sans terre et sans eau le rocher seul nourrit;

SI la prière enfin de ses pleurs vous inonde,

Et devant Flnfini fait fléchir vos genoux ;

Ah ! venez ; c'est trop peu pour vivre avec ce monde ,

Mais c*est assez pour vivre avec le ciel et vous 1

HARMONIES

POÉTIQUES ET RELIGIEUSES

L1VRK DEUXlÈmE.

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