‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 5)Chapitre 28 sur 88 · ENCORE UN HYMNE · texte numérisé non relu

ENCORE UN HYMNE

Encore un hymne , ô ma lyre !

Un hymne pour le Seigneur, Un hymne dans mon délire , Un hymne dans mon bonheur !

Oh ! qui me prêtera le regard de Taurore , Les ailes de l'oiseau , le vol de l'aquilon?

Pourquoi? — Pour te trouver, toi que mon âme adore, Toi qui n*as ni séjour, ni symbole , ni nom !

Qu'ils sont heureux les sons qui partent de ma lyre 1

D'un vol mélodieux ils s'élèvent vers toi ;

Ils remontent d'eux-méme au Dieu qui les inspire!

Et moi , Seigneur, et moi , Je reste où je languis , je reste où je soupire !

Encore un hymme , ô ma lyre !

Un hymne pour le Seigneur, Un hymne dans mon délire, Un hymne dans mon Ijonheur !

Esprits qui balancez les astres sur nos têtes. Vous qui vivez de feu comme nous vivons d'air, Anges qui respirez le tonnerre et Téclair, Soleil, foudres y rayons, cieux étoiles, tempêtes!

Parlez, esiril où vous êtes?

Dans tes abîmes, ô mer?

J'étais né pour briller où vous brillez vous-même , Pour respirer là-haut ce que vous respirez , Pour m'enivrer du jour dont vous vous enivrez, Pour voir et réfléchir cette beauté suprême Dont les yeux ici-bas sont en vain altérés !

Mon âme a l'œil de l'aigle, et mes fortes pensées. Au but de leurs désirs volant comme des traits, Chaque fois que mon sein respire , plus pressées

Que les colombes des forêts , Montent , montent toujours par d'autres remplacées ,

Et ne redescendent jamais!

Les reverrai-je un jour? mon Dieu 1 reviendront-elles, / Ainsi que le ramier qui traversa les flots , M'apporter un rameau des palmes immortelles

Et me dire ; Là-haut est un nid pour nos ailes. Une terre , un lieu de repos?

Encore un hymne , ô ma lyre !

Un hymne pour le Seigneur, Un hymne dans mon délire , Un hymne dans mon bonheur!

Mon âme est un torrent qui descend des montagnes

Et qui roule sans fin ses vagues sans repos

A travers les vallons , les plaines , les campagnes,

Où leur pente entraine ses flots ; Il fuit quand le jour meurt, il fuit quand naît l'aurore; La nuit revient , il fuit ; le jour, il fuit encore ; Rien ne peut ni tarir ni suspendre son cours, Jusqu'à ce qu'à la mer, où ses ondes sont nées, Il rende en murmurant ses vagues déchaînées , Et se repose enfin en elle , et pour toujours !

Mon âme est un vent de l'aurore

Qui s'élève avec le matin ,

Qui brûle , renverse , dévore

Tout ce qu'il trouve en son chemin ;

Rien n'entrave son vol rapide , Il fait trembler la tour comme la feuille aride Et le mât du vaisseau comme un roseau pliant; Il roule en plis de feu le tonnerre et la nue Et , quand il a passé , laisse la terre nue ,

Comme la main du mendiant ; Jusqu'à ce qu'épuisé de sa fuite éternelle ,

Et cx)mme un doux ramier de sa course lassé , Il vienne fermer son aile Dans la main qui Ta lancé.

Toi qui donnes sa pente au torrent des collines , Toi qui prêtes son aile au vent pour s'exhaler, Où donc es-tu, Seigneur? Parle, où faut-il aller?

N*est-il pas des ailes divines, Pour que mon âme aussi puisse enfin s*envoler?

Encore un hymne , ô ma lyre !

Un hymne pour le Seigneur, Un hymne dans mon délire , Un hymne dans mon bonheur !

Je voudrais être la poussière

Que le vent dérobe au sillon , La feuille que l'automne enlève en tourbillon ,

L'atome flottant de lumière Qui remonte le soir aux bords de l'horizon ;

Le son lointain qui s'évapore,

L'éclair, le regard , le rayon , L'étoile qui se perd dans ce ciel diaphane ,

Ou l'aigle qui va le braver.

Tout ce qui monte , enfin , ou vole , ou flotte , ou plane , Pour me perdre , Seigneur ! me perdre ou te trouver I

Encore un hymne , ô ma lyre 1 Encore un hymne au Seigneur, Un hymno dans mon délire, Un hymne dans mon bonheur !

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