‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 5)Chapitre 27 sur 88 · DÉSIR · texte numérisé non relu

DÉSIR

Ah ! si j'avais des paroles , Des images , des symboles , Pour peindre ce que je sens !

Si ma langue embarrassée Pour révéler ma pensée , Pouvait créer des accents!

Loi sainte et mystérieuse 1 Une âme mélodieuse Anime tout l'univers ; Chaque être a son harmonie, Chaque étoile son génie , Chaque élément ses concerts.

Ils n*ont qu'une voix, mais pure, Forte comme la nature , Sublime comme son Dieu ; Et'quoique toujours la même , Seigneur ! cette voix suprême Se fait entendre en tout lieu.

Quand les vents sifflent sur Tonde , Quand ia mer gémit ou gronde , Quand la foudre retentit , Tout ignorants que nous sommes, Qui de nous , enfants des hommes , Demande ce qu'ils ont dit?

L'un a dit : Magnificence I L'autre : Immensité! Puissance!

L'autre : Terreur et Èourroux!

L'un a fui devant sa face, L'autre a dit : Son ombre passe :

Cieux et terre, taisez-vous!

Mais l'homme, ta créature , Lui qui comprend la nature , Pour parler n'a que des mots , Des mots sans vie et sans aile , De sa pensée immortelle Trop périssables échos!

Son âme est comme l'orage Qui gronde dans le nuage Et qui ne peut éclater, Comme la vague captive Qui bat et blanchit sa rive Et ne peut la surmonter.

Elle s'use et se consume, Comme un aiglon dont la plume

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N'aurait pas encor grandi , Dont l'œil aspire à sa sphère , Et qui rampe sur la terre Gomme un reptile engourdi.

Ahl ce qu'aux anges j'envie N'est pas l'éternelle vie , Ni leur glorieux destin , C'est la lyre 1 c'est l'organe Par qui même un cœur profane Peut chanter l'hymne sans fin.

Quelque chose en moi soupire , Aussi doux que le zéphyre Que la nuit laisse exhaler, Aussi sublime que l'onde , Ou que la foudre qui gronde ; Et mon cœur ne peut parler !

Océan , qui sur tes rives Épands tes vagues plaintives, Rameaux murmurants des bois , Foudre dont la nue est pleine , Ruisseaux à là molle haleine , Ah I si j'avais votre voix 1

Si seulement , 6 moii âme I Ce Dieu dont l'amour t'enflamme , Comme le feu , l'aquilon , Au zèle ardent qui t'embrase

Accordait , dans une extase , Un mot pour dire son nom !

Son nom , tel que la nature Sans paroles le murmure , Tel que le savent les cieux ; Ce nom que Taurore voile , Et dont Fétoile à rétoile Est l'écho mélodieux.

Les ouragans , le tonnerre , Les mers , les feux et la terre , Se tairaient pour Técouler ; Les airs ravis de Tentendre S'arrêteraient pour l'apprendre , Les cieux pour le répéter.

Ce nom seul , redit sans cesse , Soulèverait ma tristesse Dans ce vallon de douleurs , Et je dirais sans me plaindre :

Mon dernier jour peut s'éteindre, J'ai dit sa gloire, et je meurs!

HARMONIES

POÉTIQUES ET RELIGIEUSES

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