‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 5)Chapitre 37 sur 88 · LA RETRAITE · texte numérisé non relu

LA RETRAITE

BÉPONSB à M. VICTOR HUGO*.

Je sommeiliaîs sans rêve, Comme Écho dans mes bois ; ^ Mais qu*une voix s'élève , Soudain la mienne achève ; Un son me rend la voix.

Ou© celle qui m*éveille A de touchants concerts!

Jamais à mon oreille Harpe ou lyre pareille N*enchanta ces déserts,

Depuis l'heure charmante Où le servant d'amour, Sa harpe sous sa mante , Venait pour une amante Soupirer sous la tour.

* Voir, à la fin du yolome , les vers àt M. Victor «ago. III. 19

C'est la voix fraîche et pure D*un enfant des cités , Qui , las de leut murmure , Demande à la nature Des jours plus abrités ;

Un toit où se repose L'ombre des bois épais, Un ruisseau qui Tarrose Et le buisson de rose Où roiseau chante auprès !

L'uniforme habitude Qui lie au jour le jour, Point de gloire ou d*étude , Rien que la solitude , La prière et Tamour!

'^ Ah ! ton rêve est un rêve , Ami, ce rien est tout!

Ta vie a trop de sève ; Mais attends, Tâge enlève L'ivresse et le dégoût I

Plus, hélas! sur la terre L'homme compte de jours , Plus la route est sévère , Et plus le cœur resserre Sa vie et ses amours !

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Fuis ces champs de bataille Où l'insecte pensant S'agite et se travaille Autour d'un brin de paille Qu'écrase le passant!

Je sais sur la colline Une blanche maison ; Un rocher la domine , Un buisson d'aubépine Est tout son horizon.

Là jamais ne s'élève Bruit qui fasse penser; Jusqu'à ce qu'il s'achève , On peut mener son rêve Et le recommencer.

Le clocher du village Surmonte ce séjour ; Sa voix comme un hommage Monte au premier nuage Que colore le jour !

Signal de la prière , Elle part du saint lieu, Appelant la première L'enfant de la chaumière A la maison de Dieu.

%%0 HARMONIES POÉTIO^BS

Aux soniî que l'écho roule Le long des églantiers, Vous voyez l'humble foule Oui serpente et s'écoule Dans les pieux sentiers;

C'est la pauvre orpheline Pour qui le jour est court , Qui déroule et termine Pendant qu'elle chemine Son fuseau déjà lourd;

C'est l'aveugle que guide Le mur accoutumé, Le mendiant timide Et dont la main dévide Son rosaire enfumé;

C'est l'enfant qui caresse En passant chaque fleur, Le vieillard qui se presse :

L'enfance et la vieillesse Sont amis du Seigneur!

La fenêtre est tournée Vers le champ des tombeaux , Où l'herbe moutonnée Couvre après la journée Le sommeil des hameaux.

Plus d'une fleur nuance Ce voile du sommeil ; Là tout fut innocence , Là tout dit : Espérance !

Tout parle de réveil 1

Mon œil , quand il y tombe , Voit l'amoureux oiseau Voler de tombe en tombe , Ainsi que la colombe Qui porta le rameau ; >

Ou quelque pauvre veuve Aux longs rayons du soir Sur une pierre neuve , Signe de son épreuve , S'agenouiller, s'asseoir ;

Et , l'espoir sur la bouche , Contempler du tombeau , Sous les cyprès qu'il touche, Le soleil qui se couche Pour se lever plus beau.

Paix et mélancclie Veillent là près des morts , Et l'âme recueillie Des vagues de la vie Croit y toucher les bords !

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