‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 5)Chapitre 43 sur 88 · INVOCATION POUR LES GRECS · texte numérisé non relu

INVOCATION POUR LES GRECS

N'es-tu plus le Dieu des armées,

N'es-tu plus le Dieu des combats?

Ils périssent , Seigneur, si tu ne réponds pas ! L'ombre du cimeterre est déjà sur leurs pasi Aux livides lueurs des cités enflammées,

Vois-tu ces bandes désarmées , Ces enfants, ces vieillards, ces vierges alarmées"^ Ils flottent au hasard de Toutrage au trépas ; Ils regardant la mer, ils te tendent les bras :

N'es-tu plus le Dieu des armées?

N'es-tu plus le Dieu des combats?

Jadis tu te levais ! tes tribus palpitantes

Criaient : Seigneur ! Seigneur I ou jamais , ou demain !

Tu sortais tout armé, tu combattais 1 soudain

L'Assyrien frappé tombait sans voir la main ;

D'un souffle de ta peur lu balayais ses tentes,

SiO HARMONIES POÉTIQUES

Ses ossements blaacbis nous traçaient le chemin ! Où sont-ils? où sont-ils ces sublimes spectacles Qu'ont vus les Qots de Gad et les monts de Séirs?

Eh quoi ! la terre a des martyrs,

Et le ciel n*a plus de miracles?

Cependant tout un peuple a crié : Sauve-moi ; Nous tombons en ton nom , nous périssons pour toi !

Les monts l'ont entendu ! les échos de TAttique De caverne en caverne ont répété ses cris ; Athène a tressailli sous sa poussière antique , Sparte les a roulés de débris en débris I Les mers Font entendu 1 les vagues sur leurs plages , Les vaisseaux qui passaient, les mâts Font entendu ! Les lions sur l'CEta , Taigle au sein des nuages ; Et toi seul, ô mon Dieu , tu n'as pas répondu !

Ils t'ont prié , Seigneur, de la nuit à l'aurore. Sous tous les noms divins où l'univers t'adore ; Ils ont brisé pour toi leurs dieux , ces dieux mortels ; Ils ont pétri , Seigneur, avec l'eau des collines > La poudre des tombeaux , les cendres des ruines , Pour te fabriquer des autels !

Des autels à DélosI des autels sur Égine I Des autels à Platée, à Leuctre , à Marathon ! Des autels sur la grève où pleure Salamine !

Des autels sur le cap où méditait Platon !

Les prêtres ont conduit le long de leurs rivages

ET RELIGIEUSES. 2il

Des femmes, des vieillards qui ^invoquaient en chœur,

Des enfants jetant des fleurs

Devant les saintes images , Et dès veuves en deuil qui cachaient leurs visages Dans leurs mains pleines de pleurs !

Le bois de leurs vaisseaux, leurs rochers, leurs murailles Les ont livrés vivants à leurs persécuteurs , Leurs têtes ont roulé sous les pieds des vainqueurs, Comme des boulets morts sur les champs de batailles, Les bourreaux ont plongé la main dans leurs entrailles; Mais ni le fer brûlant, Seigneur, ni les tenailles, N'ont pu t'arracher de leurs cœurs !

Et que disent , Seigneur, ces nations armées

Contre ce nom sacré que tu ne venges pas : •

Tu n*es plus le Dieu des armées ! |

Tu n'es plus le Dieu des combats ! i

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