‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 5)Chapitre 47 sur 88 · AU ROSSIGNOL · texte numérisé non relu

AU ROSSIGNOL

Quand ta voix céleste prélude Aux silences des belles nuits , Barde ailé de ma solitude , Tu ne sais pas que je te suis!

Tu ne sais pas que mon oreille , Suspendue à ta douce voix, De l'harmonieuse merveille S*enivre longtemps sous les boîsi^

Tu ne sais pas que mon haleine Sur mes lèvres n'ose passer, Que mon pied muet foule à peine La feuille qu'il craint de froisser!

Et qu'enfin un autre poëte Dont la lyre a moins de secrets, Dans son âme envie et répète Ton hymne nocturne aux forêts !

Mais si l'astre des nuits se penche Aux bords des monts pour t'écouter, Tu te caches de branche en branche Au rayon qui vient y flotter.

Et si la source, qui repousse L'humble caillou qui l'arrêtait, Élève une voix sous la mousse , La tienne se trouble et se tait !

Ah ! ta voix touchante ou sublime Est trop pure pour ce bas lieu !

Cette musique qui t'anime Est un instinct qui m^nte à Dieu !

Tes gazouillements, ton murmure, Sont un mélange harmonieux Des plus doux bruits de la nature , Des plus vagues soupirs des cieux !

Ta voix , qui peut-être s'ignore , Est la voix du bleu firmament , De Farbre , de Tantre sonore , Du vallon sous l'ombre dormant!

Tu prends les sons que tu recueilles Dans les gazouillements des flots , Dans les frémissements des feuilles, Dans les bruits mourants des échos ,.

Dans l'eau qui filtre goutte à goutte Du rocher nu dans le bassin, Et qui résonne sous sa voûte En ridant Tazur de son sein ;

Dans les voluptueuses plaintes Qui sortent la nuit des rameaux , Dans les voix des vagues éteintes, Sur le sable ou dans les roseaux !

Et de ces doux sons où se mêle L'instinct céleste qui t'instruit , Dieu fit ta voix , ô Phiiomèle !

Et tu fais ton hymne à la nuit !

Ah 1 ces douces scènes nocturnes , Ces pieux mystères du soir, Et ces fleurs qui penchent leurs urnes Comme l'urne d'un encensoir, •

Ces feuilles où tremblent des larmes, Ces fraîches haleines des bois , nature î avaient trop de charmes Pour n'avoir pas aussi leur voix !

Et celte voix mystérieuse , Qu'écoutent les anges et mo! , Ce soupir de la nuit pieuse , Oiseau mélodieux , c'est toi !

Oh ! mêle ta voix à la mienne !

La même oreille nous entend , Mais ta prière aérienne Monte mieux au ciel qui l'attend !

Elle est l'écho d'une nature Qui n'est qu'amour et pureté, Le brûlant et divin murmure , L'hymne flottant des nuits d'été !

Et nous , dans cette voix sans charmes , Qui gémit en sortant du coeur, On sent toujours trembler des larmes , Ou retentir une douleur !

ss.

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