‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 5)Chapitre 5 sur 88 · LA LAMPE DU TEMPLE · texte numérisé non relu

LA LAMPE DU TEMPLE

l'ame présente a dieu.

Pâle lampe du sanctuaire ,

Pourquoi , dans l'ombre du saint lieu ,

Inaperçue et solitaire ,

Te consumes-tu devant Dieu?

Ce n*est pas pour diriger Taile De la prière ou de l'amour, Pour éclairer, faible étincelle , L'œil de Celui qui fit le jour.

Ce n'est pas pour écarter l'ombre Des pas de ses adorateurs ; La vaste nef n'est que plus sombre Devant tes lointaines lueurs.

Ce n'est pas pour lui faire hommage Des feux qui sous ses pas ont lui ; Les cieux lui rendent témoignage , Les soleils brûlent devant lui.

Et pourtant , lampes symbolique^; , Vous gardez vos feux immortels , Et la brise des basiliques Vous berce sur tous les autels.

Et mon œil aime à se suspendre A ce foyer aérien , Et je leur dis sans les comprendre :

Flambeaux pieux , vous faites bien.

Peut-être , brillantes parcelles De rimmense création , Devant son trône imitent-elles L'étemelle adoration.

Et c'est ainsi , dis-je à mon âme , Que de l'ombre de ce bas lieu , Tu brûles , invisible flamme , En la présence de ton Dieu.

Et jamais , jamais tu n'oublies De diriger vers lui mon cœur, Pas plus que ces lampes remplies De flotter devant le Seigneur.

Quel que soit le vent , tu regardes Ce pôle , objet de tous tes vœux , Et comme un nuage tu gardes Toujours ton côté lumineux.

Dans la nuit du monde sensible Je sens avec sérénité Qu'il est un point inaccessible A la terrestre obscurité ;

Une lueur sur la colline , Qui veillera toute la nuit, Une étoile qui s'illumine Au seul astre qui toujours luit ;

Un feu qui dans l'urne demeure Sans s'éteindre çt se consumer, Où l'on peut jeter à toute heure Un grain d'encens pour l'allumer.

Et quand sous Toeil qui te contemple , mon âme, tu t'éteindras, Sur le pavé fumant du temple , Son pied ne te foulera pas.

Mais vivante au foyer suprême , Au disque du jour sans sommeil , Il te réunira lui-même Gomme un rayon à son soleil.

Et tu luiras de sa lumière , De la lup[iière de Celui Dont les astres sont la poussière Qui monte et tombe devant lui.

Page 1