III
Elle a dormi quinze ans dans sa couche d'argile,
Et rien ne pleure plus sur son dernier asile;
Et le rapide oubli , second linceul des morts ,
A couvert le sentier qui menait vers ces bords;
Nul ne visite plus cette pierre effacée ,
Nul n'y songe et n'y prie!... excepté ma pensée,
Quand, remontant le flot de mes jours jévotus,
Je demande à mon cceur tous ceux qui n'y sont plus !
Et que , les yeux flottants sur de chères empreintes ,
Je pleure dans mqn ciel tant d'étoiles éteintes!
Elle fut la première , et sa douce lueur
D'un jour pieux et tendre éclaire encor mon cœur !
Mais pourquoi m'entrainer vers ces scènes passées? Laissez le vent gémir et le flot murmurer; Revenez , revenez , ô mes tristes pensées !
Je veux rêver et non pleurer 1
Un arbuste épineux , à la pâle verdure , Est le seul monument que lui fît la nature; Rattu des vents de mer, du soleil calciné , Comme un regret funèbre au cœur enraciné, Il vit dans le rocher sans lui donner d'ombrage; La poudre du chemin y blanchit son feuillage; Il rampe près de terre , où ses rameaux penchés Par la dent des chevreaux sont toujours retranchés; Une fleur, au printemps, comme un flocon de neige, Y flotte un jour ou deux ; mais le vent qui l'assiège L'effeuille avant qu'elle ait répandu son odeur, Comme la vie , avant qu'elle ait charmé le cœur !
ET ItËLIGtEUSËS. S79
Un oiseau de tendresse et de mélancotie S'y pose pour chanter sur le rameau qui plie! Oh ! dis , fleur que la vie a fait si tôt flétrir, N'est-il pas une terre où tout doit refleurir?
Remontez, remontez à ces heures passées!
Vos tristes souvenirs m'aident à soupirer !
Allez où va mon âmel allez, ô mes pensées, Mon cœur est plein , je veux pleurer î
xt.