III
soi HARMONIES POÉTIQUES
Et toute notre vie était un seul aimer !
Et notre âme , limpide et calme comme rondo ,
Dans la joie et la paix réfléclûssait le monde ;
Et les traits concentrés dans ce brillant milieu
Y formaient une image, et Tinuige était... Dieu !
El cette idée , ainsi dans nos cœurs imprimée ,
N'en jaillissait point tiède, inerte , inanimée,
Comme Torbe éclatant du céleste soleil ,
Qui flotte terne et froid dans l'océan vermeil ,
Mais vivante et brûlante, et consumant notre âme ,
Comme sort d'un bûcher une odorante flamme !
Et nos cœurs embrasés en soupirs s'exhalaient ,
Et nous voulions lui dire... et nos cœurs seuls parlaient;
Et qui m'eût dit alors qu'un jour la grande image
De ce Dieu pâlirait sous l'ombre du nuage ,
Qu'il faudrait le chercher en moi , comme aujourd'hui ,
Et que le désespoir pouvait douter de lui?
J'aurais ri dans mon cœur de ma crainte insensée ,
Ou j'aurais eu pitié de ma propre pensée !
Et les jours ont passé courts comme le bonheur,
Et les ans ont brisé l'image de mon cœur.
Tout s'est évanoui !... mais le souvenir reste
De l'apparition matinale et céleste ,
Et comme ces mortels des temps mystérieux
Que visitaient jadis des envoyés des cieux ,
Qujand leurs yeux avaient vu la divine lumière,
S'attendaient à la mort et fermaient leur paupière,
Au rayon pâlissant de mon soir obscurci ,
Je dis : J'ai vu mon Dieu ; je puis mourir aussi !
Mais celui dont la vie et l'amour sont l'ouvrage
ET RËLÎGtEUâES. 30â
N'a pas fait le miroir pour y briser l'image !
Et , sûr de Tavenir, je rmnonte au passé ;
Quel est sur ce coteau du matin caressé ,
Aux bords de C4)s flots bleus qu*un jour du matin dore,
Ce toit champêtre et seul d*où rejaillit l*auror€?
La fleur du citronnier l'embaume, et le cyprès
L'enveloppe au couchant d'un rempart sombre et frais ,
Et la vigne y couvrant de blanches colonnades
Court en festons joyeux d'arcades en arcades!
La colombe au col noir roucoule sur les toits,
Et sur les flots dormants se répand une voix ,
Une voix qui cadence une langue divine,
Et d'un accent si doux que l'amour s'y devine.
Le portique au soleil est ouvert : une enfant
Au front pur, aux yeux bleus , y guide en triomphant
Un lévrier folâtre aussi blanc que la neige ,
Dont le regard aimant la flatte et la protège ;
De la plage voisine ils prennent le sentier
Qui serpente à travers le myrte et Téglantier;
Une barque non loin , vide et légère encore ,
Ouvre déjà sa voile aux brises de l'aurore ,
Et berçant sur leurs bancs les oisifs matelots ,
Semble attendre son maître , et bondit sur les flots !
XIÏ.